DzActiviste.info Publié le dim 7 Fév 2016

Saïd Mekbel : UNE MORT À LA LETTRE

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Sortie en janvier 2008. Par Monika Borgmann
140 pages - 15 euro

« Lorsque je suis arrivée en Algérie, la peur, les menaces et la violence avaient déjà poussé de nombreux intellectuels à
l’exil. Je voulais comprendre pourquoi certains ne cédaient pas à cette peur, à ces menaces, à cette violence, pourquoi ils
restaient en Algérie alors que d’autres quittaient leur pays.

Lors de mon premier rendez-vous, en novembre 1993, avec Saïd Mekbel, directeur et chroniqueur du quotidien francophone
Le Matin, celui-ci évoqua ses liens d’amitié avec le journaliste et écrivain Tahar Djaout et le sentiment d’impuissance
absolue qui l’avait envahi lorsque ce dernier avait été assassiné. Il parla des métamorphoses de sa peur et de ses tentatives pour comprendre les raisons secrètes du meurtre de Djaout et des autres. Il plongea dans le passé et se remémora sa vie clandestine sous Boumediene, la torture, et cette absurde relation de pouvoir qu’il avait alors entretenue avec ses bourreaux. Puis il revint au présent et développa dans les grandes lignes sa théorie des «meurtres pédagogiques». Il réitéra plusieurs fois son désir désespéré de vivre assez longtemps pour pouvoir transmuer son vécu en œuvre littéraire.

À la suite de cette première rencontre, trois autres entretiens eurent lieu. Je découvris alors un homme qui mettait à nu
l’effrayante logique du meurtre des journalistes et des intellectuels et qui se sentait, du fait même de sa découverte,
encore plus menacé, encore plus seul. Les interviews elles-mêmes, où se mêlaient le politique et le personnel, cessèrent
pour moi – et peut-être pour lui aussi – d’être de simples entretiens journalistiques pour devenir des sortes de « confessions », faisant de moi le témoin de ses pensées. Je ne sais pas et ne saurai jamais pourquoi il s’est prêté à ces aveux.

Le 3 décembre 1994 à midi, dans la pizzeria Errahma, Saïd Mekbel fut atteint de deux balles dans la tête et succomba
à ses blessures après un combat de plusieurs heures contre la mort. Un an auparavant, nous avions déjeuné dans ce
restaurant, tout proche du Matin, et j’avais pu remarquer les coups d’œil incessants et nerveux qu’il jetait derrière lui,
conscient que lui aussi pouvait un jour devenir une victime. » [extrait de l’avant-propos]

Monika Borgmann, née en Allemagne, a étudié la philologie arabe et les sciences politiques à Bonn et à Damas.

De 1990 à 2001, elle a travaillé en tant que journaliste indépendante pour la radio et la presse au Caire, tout en voyageant
à travers le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. Elle est également co-auteure et co-réalisatrice du film Massaker,
documentaire dressant le portrait de six hommes impliqués dans le massacre de Sabra et Chatila en 1982 durant la guerre civile libanaise. Elle est aussi co-réalisatrice du film Le Balcon, court-métrage tourné lors de la guerre de l’été
2006 au Liban. en coédition avec Dar al-Jadeed (beyrouth)

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