DzActiviste.info Publié le lun 15 Juil 2013

Bouteflika absent depuis près de 80 jours : l’Algérie, un pays bloqué

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bouteflika22Riad Mustapha Fassi
TSA 14/07/2013

L’Algérie est bloquée. Le faire semblant a remplacé la prise de décision réelle. Le pire est que les officiels disent à voix haute que le pays « fonctionne normalement », malgré l’absence prolongée du président de la République. Abdelaziz Bouteflika est en France depuis bientôt 80 jours pour des soins, après un AVC mineur.
Il serait en convalescence dans le centre militaire des Invalides à Paris.

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui a promis de faire des déclarations lors de sa prochaine « visite » dans la wilaya de Tizi Ouzou, n’a pas cessé de le répéter. Et puis, Sellal a bien soutenu qu’il n’était pas le médecin de Bouteflika. Pourtant, le Conseil des ministres ne s’est pas réuni depuis décembre 2012. Autrement dit, depuis sept mois, aucune loi n’a été examinée, adoptée et envoyée au Parlement. Un Parlement réduit à jouer les temps morts. Deux lois à peine ont été discutées et adoptées, durant… quatre mois. L’Assemblée populaire nationale (APN) n’a pas l’habitude d’initier des lois et de contraindre le gouvernement à les accepter.

Pendant plus de 120 jours, les députés étaient payés presque à ne rien faire, si ce n’est à se battre pour des postes, comme c’est le cas actuellement des « élus » du FLN. Il en est de même pour les membres du Conseil de la Nation, très à l’aise dans leur silence. Mais qui peut donc demander des comptes à des députés et à des sénateurs ? Qui peut les obliger à travailler, à mériter les salaires et les primes qu’ils perçoivent, à faire des propositions concrètes au pays ? Visiblement, personne.

La non réunion du Conseil des ministres a entraîné le gel inévitable de plusieurs projets de loi. Il s’agit, entre autres, de la loi sur l’ouverture du secteur audiovisuel, du texte portant amendement du code pénal et, bien sûr, de la Loi de finances complémentaire 2013. Cette loi doit être votée avant la fin du mois juillet. Or, ce n’est plus possible. Pour être adopté par ordonnance présidentielle, il faut que ce texte soit examiné et adopté par le Conseil des ministres, puis avalisé par le Parlement. Comment le gouvernement va-t-il agir pour couvrir les nouvelles dépenses non prévues dans la Loi de finances 2013 et les réaffectations budgétaires ? Mystère.

Parmi ces dépenses, les crédits que le gouvernement a promis aux jeunes chômeurs du Sud pour créer des micro entreprises. Faut-il parler de promesse non tenue ? Les jeunes de Ouargla, Laghouat, Illizi et El Oued ont organisé plusieurs manifestations pacifiques, pour dénoncer la marginalisation et l’oubli dont ils ont été victimes en matière de recrutement par les firmes pétrolières et gazières. Le gouvernement a annoncé des mesures pour les calmer. La paix sociale n’a pas de prix ! La Loi de finances complémentaire 2013 devait-elle prendre en charge ces « mesures » ? Les chômeurs doivent donc attendre d’autres promesses, d’autres lois.

Les projets de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe 2015 » sont également compromis, en raison justement de la non-adoption de la Loi de finance complémentaire 2013. La plupart des crédits retenus pour cette manifestation sont inscrits dans cette loi. Que fera le gouvernement pour rattraper le retard ? « Constantine, capitale de la culture arabe 2015 » est un engagement international que l’Algérie doit respecter.

La bureaucratie financière algérienne est telle qu’il sera presque impossible de livrer les projets nécessaires à cet événement à temps, c’est-à-dire à la fin 2014. Le projet de révision de la Constitution connaît, lui aussi, un grand retard. Dès la rentrée sociale, les regards vont se braquer sur les préparatifs de l’élection présidentielle d’avril 2014. Il y aura peu de temps à consacrer à un éventuel référendum sur la Constitution dont la mouture a été préparée à huis clos, sans débat public ouvert.

Une révision qui a perdu d’ailleurs tout son intérêt avec « l’inconnue» introduite par la maladie prolongée du chef de l’État. Dans le cas d’élection présidentielle anticipée, les choses risquent de changer de fond en comble. Le pays tourne en rond. Bouteflika, en concentrant la plupart des pouvoirs entre ses mains après la révision constitutionnelle de 2008, a, en fait, piégé l’État et ses institutions.

Plus rien ne bouge sans son aval, sa signature. La nomination des nouveaux ambassadeurs et le mouvement dans le corps des magistrats sont bloqués. Des centaines de fonctionnaires de l’État et leurs familles sont dans l’expectative. Faut-il alors attendre le retour du président de la République pour reprendre ses fonctions ? Ou faut-il engager en urgence le processus prévu dans l’article 88 de la Constitution sur la vacance au pouvoir. Même dans le cas de l’engagement de cette destitution constitutionnelle pour raison de santé, la procédure durera au moins 105 jours. Le pays restera presque suspendu durant cette période. Les partis se taisent. Certains d’entre eux avaient réclamé l’application de l’article 88 de la Constitution pendant un moment, puis plus rien.

Sellal a-t-il été convaincant pour que le silence se généralise ? Ahmed Gaid Salah, chef d’état-major de l’armée, solide soutien de Bouteflika, a vite tenté de fermer le débat sur la destitution constitutionnelle avec une mise garde sous forme de menace exprimée à travers un communiqué écrit au nom de l’ANP. Autrement dit, l’armée empêche clairement l’application d’une disposition constitutionnelle. Jusqu’à quand ? En tous les cas, le président Bouteflika doit rentrer obligatoirement avant le 30 septembre 2013, limite légale pour l’envoi au Parlement de la Loi de finances 2014, après examen et adoption en Conseil des ministres. Dans le cas contraire, l’Algérie sera complètement plombée, à l’arrêt. A ce moment-là, la destitution de Bouteflika sera inévitable. Si l’armée persiste à refuser la mise en application de la Constitution dans pareilles situations, elle aura pris la lourde responsabilité d’avoir poussé l’Algérie vers la dérive.


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