DzActiviste.info Publié le mer 19 Mar 2014

Bouteflika et ses cinq adversaires ignorent la révision de la Constitution (source LJI)

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Bouteflika et ses cinq adversaires ignorent la révision de la Constitution (source LJI)

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les six candidats à la présidentielle n’évoquent presque rien sur la révision de la Constitution dans leurs programmes électoraux, alors que le débat politique, même sommaire, tourne depuis des mois autour de cette modification de la Loi fondamentale, jugée vitale.

Plus grave encore, c’est le candidat Bouteflika qui étonne ses propres partisans, en ne citant que laconiquement, dans son document électoral, une possible révision de la Constitution. Tout le monde savait que ce chantier était une promesse, devenue vieille puisqu’elle fut prononcée lors de son fameux discours du 17 avril 2011, dans lequel il annonçait des réformes multiples pour contrer le vent des changements qui s’opéraient dans le monde arabe. Il y a bien eu la création d’une commission d’experts et de constitutionnalistes, comme il y a bien eu une large consultation avec des forces politiques sur cette question, dirigée par Bensalah. Il y a eu des bribes de débats entre certains milieux, mais juste pour ergoter sur ce fameux poste de vice-président. En dehors de cette confusion et de ces omissions, la révision de la Constitution est restée un projet virtuel, un souhait ou un espoir qui n’engageait la responsabilité de personne, pas même de ses auteurs politiques. Que Bouteflika n’en fasse aucune référence dans son programme, on peut se poser beaucoup de questions. A-t-il changé d’avis ? Lui a-t-on suggéré qu’il serait inutile et que cette révision n’aura aucune valeur dans son prochain mandat ? Pourquoi Bouteflika a occulté cette révision de la Constitution dans sa campagne électorale qui s’annonce, alors qu’elle constituait presque son cheval de bataille, pour ne pas dire sa priorité avant son AVC? Dans l’imbroglio, seul Belkhadem évoque cette éventualité dès la fin des élections. Dans son interview à une chaîne de télévision privée, il estime que l’avant-projet existe et qu’il pourrait se concrétiser rapidement. Par contre, dans sa réponse évasive, il ne donne aucun détail ni ne parle des grandes modifications des dispositifs constitutionnels, des changements dans les fonctionnements des différents pouvoirs, leurs équilibres ou des nouveautés susceptibles de renforcer le jeu démocratique et la promotion du droit et des libertés. Rien de tout cela. La seule boutade de Belkhadem en forme de lapalissade est que la révision est une nécessité absolue… Pour les analystes, la direction de campagne de Bouteflika aurait pu investir largement dans ce créneau, pour expliciter ses intentions et convaincre du bien-fondé du projet. A moins de considérer que la révision mériterait à elle seule une campagne et que la présidentielle est faite uniquement pour des promesses d’augmenter les salaires, de diminuer les impôts des patrons, de distribuer encore plus de logements, d’accorder des crédits bonifiés aux chômeurs et de promettre une vie meilleure et décente aux populations. Dans les autres camps, c’est le même constat. Plus personne ne pense qu’il s’agit, avec ce chantier, d’une priorité ou d’un passage obligé pour engager les réformes politiques, administratives et socioéconomiques. Aucun candidat parmi les Hanoune, Benflis, Touati, Rébaïne ou Belaïd n’a mis en avant la révision de la Constitution comme un projet fondamental du renouveau du pays et de son système politique. Aucun parmi ces ambitieux n’a inscrit dans sa feuille de route la possibilité de revoir la copie de 1996, revue et corrigée en 2008. Benflis a bien évoqué dans son manifeste de campagne le retour à deux mandats présidentiels, sans plus. Bien peu pour tenter de contrer son adversaire Bouteflika, alors que Benflis s’habille depuis des mois avec des armatures juridiques en rappelant à chaque occasion qu’il fut avocat et militant des droits de l’homme. Pour les analystes, un vrai changement du système politique et une vraie transition des pouvoirs décisionnels entre la génération «tab djnanha» et celle de l’indépendance passeraient inéluctablement par une révision profonde et stratégique de la Constitution. Le fait que les six candidats, et à leur tête l’homme qui clamait depuis trois ans cette révision, Bouteflika en l’occurrence, n’aient pas daigné mettre en avant cette nécessité «systémique et macro-institutionnelle» de revoir la charpente constitutionnelle de la République algérienne, qu’on traîne depuis 1963, est un signe inquiétant de la médiocrité générale et de la défaillance de nos «élites» politiques, celles-là mêmes qui nous promettent un Etat moderne, souverain et un pays prospère et stable.


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