DzActiviste.info Publié le jeu 22 Mai 2014

   Bouteflika: on espérait Washington, on a eu Napoléon

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napoleon-bonaparte-quotes-3 Rachid KIHEL

Dans l’histoire de l’humanité, il y a des chefs qui, avec leurs talents et leurs bonnes volontés, ont œuvré à la prospérité et à l’émancipation de leurs peuples. D’autres, avec leurs ambitions démesurées et leurs génies infâmes, les ont  hélas privés d’une réelle occasion d’aller de l’avant. Des deux bords, il y a des qualités intellectuelles, du charisme, du caractère, du courage, etc. Certains les ont mis au service de leurs peuples alors que d’autres, aveuglés par leurs égos, ont préféré satisfaire leur insatiable soif du pouvoir. Je cite deux exemples qui résument bien la situation. Le premier est George Washington le père fondateur des États-Unis d’Amérique et le symbole de leur puissance. Le second est Napoléon Bonaparte le héros de la campagne d’Italie, le vainqueur d’Austerlitz, le maitre de l’Europe qui, finalement a détruit son pays la France et une partie du monde, pour finir sa vie ulcéré et perdu sur une petite ile au milieu de nulle part. Entre les deux personnages, ou peut-on placer Bouteflika et son bilan? Commençons par les connaitre pour mieux les comparer.

George Washington s’est engagé dans la révolution américaine et a grandement contribué à la victoire finale. Pendant ses deux mandats de président, et malgré les difficultés héritées de la guerre, il a montré de grandes qualités de chef et d’administrateur. Loin de vouloir utiliser son prestige pour se maintenir au pouvoir, il a passé le flambeau à son successeur lui laissant un pays sur une bonne lancée, et s’est retiré sur ses terres pour finir sa vie discrètement. Il a marqué de son empreinte l’histoire des États-Unis et ses institutions. Il est considéré comme une icône de la nation américaine. Reconnaissant ses mérites, les Américains lui ont rendu de nombreux hommages. Son nom a été donné à la capitale fédérale, à un état du nord-ouest ainsi qu’à plusieurs monuments.

Napoléon Bonaparte a commencé par se distinguer au siège de Toulon. Alors, il était un jeune capitaine de 24 ans appelé à embrasser une obscure carrière d’artilleur. D’ailleurs, que pouvait espérait de plus, un corse de son état, à peine français. La providence lui a permis de briller dans une bataille contre les anglais, de montrer des vertus militaires qu’on ne lui connaissait pas. C’était la révélation. Rien ne pouvait l’arrêter. Sa bonne étoile l’accompagnait partout. Il volait de victoire en victoire, l’Italie, l’Égypte, Austerlitz, Wagram, etc. Il a même envahi la grande Russie des Tzars et s’est offert Moscou (un joli trophée qui lui coûtera cher). Il a conquis une grande partie de l’Europe et a fait trembler plusieurs couronnes. Les membres de sa famille sont devenus les monarques du continent. Il paraissait tellement puissant que beaucoup souffraient sa domination sans broncher et que d’autres courbaient l’échine en espérant quelques gratifications. Aveuglé par l’ambition, Napoléon aimait trop la guerre. C’est elle qui l’a porté au pouvoir et c’est elle qui devait l’y maintenir. Au départ, les français ont cru en lui. Fatigués de plusieurs années de terreur, de guerre civile et de lutte contre l’invasion étrangère, et en quête de stabilité et de paix, ils se sont jetés dans ses bras. Ils voyaient en lui le brillant général qui a sauvé la république et a permis à la France révolutionnaire de s’affirmer en Europe. Un Robespierre à cheval, disait-on. Utilisant son prestige personnel, Napoléon, en bon stratège, n’a pas révélé ces projets à long terme. Petit à petit, le jeune républicain s’est métamorphosé en un empereur absolu pire que tous les rois qui ont dirigé la France et pire que les  monarques européens que cette même révolution française combattait. Les français ont vite déchanté. Ce brillant génie militaire qui a soumis l’Europe à ses bottes, les a, en fin de compte, laissés défaits et ruinés. Les français ont mis plusieurs générations pour se remettre des guerres napoléoniennes. Après avoir détruit son pays et une partie du monde, Napoléon a préparé le terrain au retour de la monarchie. Il a réduit à néant les efforts et les sacrifices de millions de français. D’ailleurs, « tout peuple qui aspire à la paix, à tout prix, aura la dictature et la misère» comme l’a bien pensé le célèbre Tocqueville.

Lequel des deux grands personnages historiques a inspiré Bouteflika? Washington le héros de l’indépendance américaine ou Napoléon le grand responsable du déclin de la France des lumières et des idées nouvelles et l’étrangleur de la révolution de 1789? Manifestement,  Bouteflika a opté pour le deuxième, le despote parfait. Notre président ne possède pas les talents de Napoléon. Sur ce plan, il n’y a pas lieu de comparer. Je ne compte pas aborder cette question. Je dirai simplement que Bouteflika a mimé Napoléon son opportunisme, son ambition démesurée et son mépris du peuple.

Bouteflika a utilisé la légitimité révolutionnaire (beaucoup d’Illégitimité et peu de révolution!) et le souvenir de Houari Boumediene (un mauvais souvenir qu’on aimerait bien oublier). Le peuple algérien, fatigué de plusieurs années de violence terroriste et déçu par les gouvernements qui se sont succédés à la tête du pays, s’est tourné vers Bouteflika voyant en lui un sauveur, celui qui apportera la paix et la réconciliation, assurera le décollage économique du pays et jettera les bases d’une réelle démocratie. Bouteflika, malin comme il est, sachant manier le verbe et le geste, caressait dans le sens du poil. Il en mettait plein les yeux et les oreilles à un peuple qui n’en demandait pas tant. Il a suscité un enthousiasme populaire inégalé. L’argent du pétrole coulant à flot représentait une chance inespérée pour amorcer le grand projet de reconstruction du pays. Même le contexte international lui était favorable car les événements du 11 Septembre 2001 ont fait de la lutte anti-terroriste une cause mondiale et ont permis à l’Algérie de se trouver une niche sur la scène internationale. Hélas, Bouteflika n’a pas su exploiter ces avantages. Dévoré par son ambition, considérant son retour au pouvoir comme une revanche sur l’histoire, le peuple, l’armée, etc., son mépris de ses concitoyens était clairement affiché. Au lieu de s’attaquer aux problèmes de fond et de manière frontale, il a préféré l’apparat et le trompe-œil. C’est définitivement son style. Au lieu de restaurer la paix par une politique transparente et courageuse, il l’a acheté à coup de milliards et en usant de mensonges et de duperies. Il a reculé dans la lutte anti-terroriste, faisant du pays le maillon faible du Maghreb où plusieurs groupes terroristes qui, après quelques incursions sans succès dans les pays voisins, se sont repliés en Algérie pour pouvoir jouir du laxisme et de l’insécurité qui y règnent. Au lieu de garantir le décollage économique du pays, il l’a enfoncé davantage dans l’économie de la rente et dans la corruption. Sa politique des grands chantiers économiques s’avère être la politique des grands scandales. Santé, éducation, industrie, agriculture, sécurité, etc., tout va mal au pays. La déception du peuple algérien se mua en désillusion généralisée. Certains ont choisi l’exil ou la Haragua. Quant à la masse, elle se défoule par les matchs de football et les longues et interminables parties de Dominos.

En abolissant la limitation des mandats, son excellence s’est transformée en un monarque républicain absolu. Sur le plan de la dictature et de l’égo surdimensionné, le parallèle entre Napoléon et Bouteflika est frappant. La couronne de l’empereur pour le premier, la présidence à vie pour le deuxième. Napoléon a fait venir le pape à paris pour son sacre, Bouteflika construit la plus grande mosquée du monde à sa gloire.

Bouteflika a fait rater à l’Algérie une rare occasion d’amorcer sa véritable réhabilitation dans l’histoire. Les années Bouteflika sont des années perdues qui laisseront de dures séquelles pour les générations à venir. La facture sera salée! Le peuple algérien espérait en lui un George Washington rebâtissant le pays après une période difficile de son histoire, a découvert, à son grand dam, un Napoléon Bonaparte, sacrifiant son pays pour assouvir sa folle ambition. Quelle triste fin pour un homme qui avait tout pour entrer dans l’histoire par la grande porte mais a préféré figurer sur le panthéon des tordus et des ratés de l’humanité. Quel dommage Bouteflika.  Quel malheur pour l’Algérie.

 

 


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