DzActiviste.info Publié le mer 27 Fév 2013

Bribes de Vie.

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Par Amokrane Nourdine

Image par Anne Brunet

Image par Anne Brunet

Je me ramasse et me questionne sur ma « vie » par ici en Kabylie, où je « vis » maintenant, depuis environ trois décennies. Je crois que je m’étais habitué, à cet exercice depuis ce jour, où j’avais quitté ce pays de suisse où je n’avais pas les moyens d’y vivre, n’ayant été ni malin, ni ne sachant me tenir coi. Je me souviens de mes égarements à Lausanne, où, ne pouvant plus subvenir à mes besoins, je restais désemparé mais assez fier pour supplier de l’aide, auprès d’amis si généreux et compréhensifs. Mais si impuissants face à mes révoltes, mes maladies. J’exécrais toute dépendance, alors que je manquais de moyens pour tout. Je ne faisais que m’enrager et criais, décervelé, à tue tête à cause, me semblait-il, de la perte des moyens, qui permettraient mon indépendance à exceller à un poste de travail, m’affranchir de tous et vivre à ma guise…les plus proches étaient impuissants à mon désarroi.

Au bercail donc, je ne cesse pas, encore aujourd’hui, comme jadis, durant mon adolescence, de critiquer notre mode de vie. Y a-t-il moindre satisfaction en cette « vie » d’ici maintenant que les joies du mariage, ont cédé quelques peu à la routine des journées semblables ? Les choses se sont elles améliorées ?

Et même si certaines libertés seraient permises, comme si par un coup de magie et de grande lucidité, on décrète par exemple que l’islam ne sera plus religion d’Etat, rien ne permet, que moi et mes compatriotes accepteront de modifier nos comportements et tolérer tant de choses. Nous avons déjà été contaminés disent beaucoup, incapables de toute innovation « C’est dans la tête… » Disent-ils ; « c’est dans les gênes… » Insistent ceux qui n’en peuvent plus de chercher toujours des raisons qui font notre retard et, celles qui nous font enfoncer dans la non –vie.

« Oui, disent ils, s’il y avait eu quelques satisfactions de notre mode de vie, nous aurions cessé depuis longtemps d’être fascinés par ceux que la majorité ne cesse pas encore aujourd’hui de qualifier d’impies »

Des interdits ! Que d’interdits…Nous pataugeons toujours plein dedans.

Je me demande encore ce qui m’avait empêché ce jour de sourire à cette belle femme rencontrée inopinément, tant la beauté naturelle, sa silhouette, son corps superbe moulé dans ce jean, l’éclat de ses dents par ce sourire généreux me troublèrent profondément. Sa présence quelques instants m’arrachèrent à mon désespoir de devoir toujours subir cette vie d’ici toujours similaire…

Je crois, que je reste toujours, ici, fasciné par l’Ailleurs. Et, je réalise souvent mon ingratitude face à l’amour simple de ceux qui m’entourent, mes difficultés d’enfant capricieux, jamais satisfait alors que j’entends toujours les cris de douleur, sensible aux sans-abris et de tous les plus démunis que moi mais courageux face à l’existence. Toute ma honte quand je pense à Ahmed B , seul sans toit, sans travail et jamais marié face à l’insensibilité de tous ceux qui l’entourent et celle des autorités locales qui ne font aucun geste pour les arracher, lui et les autres à cette cité délabrée datant des temps de la colonisation, afin de les reloger. Ce qui leur revient de droit est accaparé par des riches qui ne crachent même pas sur des logements sociaux destinés aux plus pauvres !

Si je vis quelques peu mieux, j’étouffe souvent en cette étroitesse de vie, en cette cage dorée ; j’ai besoin de plus d’espace, de plus de gens à aimer même si subsiste la peur de me disperser de nouveau comme par le passé et risquer encore de sombrer dans les grandes dépressions d’où l’on ne revient jamais vraiment sain et dénué de peurs…

Et, longtemps pour moi, l’inconvénient du mariage restait cette interdiction de voltiger de fleur en fleur. Et cela me rendait, ne pouvant pas mentir, hargneux, à en vouloir à ma compagne, cette femme moderne et satisfaite de son travail d’enseignante « qu’elle n’abandonnerait nullement, pour tout l’or du monde.. » s’amuse t elle à me le préciser en me narguant. Son gagne-pain, lui permettant son indépendance. J’adorai tant ses capacités à se passer de moi !

En y songeant assez souvent, je m’étais répété durant de longues journées de conscience, que j’aurai pu aussi, m’accrocher à un petit boulot ne nécessitant pas de grandes formations, comme celui dont se satisfont beaucoup, comme moi, sans grandes ambitions. Mais j’étais si exigeant de moi, ne pouvant m’accommoder juste, à l’époque d’un travail alimentaire ; ce qui pourtant m’aurait aussi tant contenté aujourd’hui quelques peu rétabli de mes déboires, de mes souffrances. De mon manque de réadaptation, à mon milieu d’origine !

Personne autour de moi, de ceux qui louent leurs bras, ne m’a encouragé. C’est pas le Pérou de vendre sa force de travail dans ce petit patelin ; surtout qu’on gagne la considération des braves gens, octroyant ce petit pouvoir dont jouissent les bureaucrates, qui finalement pour l’observateur attentif, ne font que distribuer d’inutiles papiers. Chacun sait ma « maladie des contrastes des mondes », ma misanthropie, mon asociabilité, méfiant des gens quelques peu « instruits » comme moi. J’avais, avec quelques rares amis, passé mon temps à tort, à raser les murs, craintif de notre ombre et des misères d’un milieu impitoyable, surtout avec ceux, rejetés des bancs d’école.

J’excellais dans l’enseignement des mathématiques. J’aurais pu m’améliorer, toujours plus, pour moi, pour ma famille, pour les élèves. C’était sans compter sur les décisions des autorités de tout arabiser, accentuant la pénibilité de l’effort pour gagner sa vie…Je me souviens de mes premières années d’école, je les avais passées avec des enseignants en langue française, des coopérants techniques qui étaient des plus affables et qui avaient fini par tous partir…Je ne m’étais jamais fais à la langue arabe. Mon milieu avait tant de préjugés envers les « envahisseurs ».

Avec ma femme, nos disputes étaient souvent violentes. Et le plus souvent sans savoir ce que je lui reprochais. Je crois que j’étais très jaloux de son équilibre, sa sagesse, son sens de la vie qu’elle semblait beaucoup aimer. Je la croyais sotte, elle n’a jamais cessé de m’étonner, de « m’aimer » alors que je perdais beaucoup de cette estime pour moi, lorsque je réalisais mes bêtises d’homme encore inconscient. Je n’aimais pas ses insultes dans nos moments de folie, lorsqu’on n’en pouvait plus de cette sorte de prison, en cette maison paternelle, qui ne nous appartient pas. A chaque dispute, Je me consolais en reconnaissant que j’avais trop joué avec le feu, d’avoir commencé les hostilités au lieu de me corriger, au lieu comme disait, cet employé de la mairie « de trop manquer d’ambition…. »Mais j’ai aussi compris, que c’est lorsque, j’essaie à mon tour de m’affranchir d’elle, qu’elle redouble de férocités…

A vrai dire, ma vieille mère ne nous a jamais facilité l’existence. Et ma femme, cela je le savais et le comprenais, n’était nullement tenu à aucune obligation de la servir tout le temps.

Je sais au moins aujourd’hui les limites de la vie en communauté algérienne. Aurons-nous une fois le choix et les moyens de la modernité ?

Boghni le 30/10/2012 revu le 27/02/2013 A revoir encore

Amokrane Nourdine


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