DzActiviste.info Publié le mar 20 Mai 2014

Cannes : Le retour de Lakhdar Hamina et la colère de Liès Salem

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«Le retour» remarqué de Lakhdar Hamina au Festival de Cannes, le coup de gueule de Lies Salem quant à la non-sélection de son film ou encore la promotion faite par le ministre tunisien de la Culture pour son pays… sont les principaux axes autour desquels El Watan Week-end vous fera découvrir les coulisses de Cannes.

Mohamed Lakhdar Hamina revient à Cannes. Pas en compétition officielle, mais pour présenter son nouveau film Le Crépuscule des ombres. Celui qui a donné la première palme d’or au cinéma africain et arabe, en 1975, avec Chronique des années de braises, marque également un retour au septième art après une longue absence. Son dernier film, La dernière image, remonte à 1986. Cette fiction a été sélectionnée au Festival de Cannes et aux Oscars du meilleur film étranger à Hollywood en 1987. Ghrouroub Edhilal (Le Crépuscule des ombres) est un projet que Lakhdar Hamina, grand adepte du cinéma lyrique, traîne depuis plusieurs années.

Le film évoque l’histoire de Khaled (Samir Boitard), un intellectuel nationaliste, de Saintenac (Laurent Hannequin), un commandant français et de Lambert (Nicolas Bridet), un soldat français qui refuse la guerre. Une histoire bouleversante, selon des indiscrétions. Le film a été en grande partie tourné, au printemps 2013, entre Batna, Biskra, El Oued, El Tarf et Tipaza. Théoriquement, le film devrait être présenté au pavillon algérien au n°107, Village international Riviera à Cannes, tenu par l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC). L’avant-première de cette fiction n’a pas encore été organisée. Il n’existe aucune date sur la présentation du film en Algérie.

Le comité du Festival de Cannes a refusé Le Crépuscule des ombres. Le dernier film de Liès Salem El Wahrani n’a pas été retenu dans la sélection officielle également ni par les sections parallèles (La Semaine de la critique et la Quinzaine des réalisateurs). «Je crois savoir que la sélection officielle a marqué un intérêt pour le film. Je n’ai pas réellement cherché à en savoir plus. C’est compliqué, ce sont des gens qui regardent beaucoup de films, ils en pensent ce qu’ils veulent. Je refuse encore une fois de considérer la réponse de la sélection (aujourd’hui négative, mais je crois même si elle avait été positive) comme un signal, une appréciation juste sur la qualité de mon film. Ils ont leur ligne éditoriale et mon film s’en écartait, point», a déclaré Liès Salem au Quotidien d’Oran.

Démons

A Cannes, les films maghrébins sont réduits, selon lui, à une seule forme de cinéma : le film social. «J’ai la sensation qu’on attend de ce cinéma qu’il exorcise les démons de la rive nord. Les thèmes sont récurrents : terrorisme, clandestins, révolution arabe, la place de la femme…, le tout vu par le prisme d’un cinéma qui flirte avec le documentaire», a appuyé le réalisateur de Mascarades. Comme à chaque édition, le cinéma des pays arabes et de l’Afrique est peu présent à Cannes. Cette année, la dernière fiction du Mauritanien Abderahmane Sissako, Timbuktu, les oiseaux du chagrin, est le seul film venant de cette région à être pris en sélection officielle (le film a été présenté hier soir au Grand Palais à Cannes).

Le film, une coproduction franco-mauritano-malienne, narre l’histoire de Satima, son époux Kidane et leurs enfants Toya et Issan, qui seront pris dans la tourmente provoquée par l’arrivée des islamistes armés au nord du Mali. Abderrahmane Sissako évoque la tentative des djihadistes, sortis des dunes, d’imposer un ordre moral à Tombouctou, la cité millénaire. Les principaux rôles sont tenus par Abel Jafri, Hichem Yacoubi, Fatoumata Diawara et Ibrahim Ahmed. Timbuktu est donc lié à « l’actualité chaude » du Sahel, région d’importance stratégique pour l’Europe occidentale.

Terre de tournages

Le ministre tunisien Mourad Sakli s’est déplacé à Cannes pour promouvoir le cinéma tunisien, qui se recherche encore après la chute de la dictature de Zine Al Abidine Ben Ali, et pour convaincre l’industrie cinématographique mondiale de choisir les décors tunisiens sous le slogan «La Tunisie, terre de tournage». Une manière de relancer le tourisme dans ce pays, un secteur en crise depuis trois ans. En Tunisie, on rappelle la présence de Georges Lucas dans le désert pour le tournage de La guerre des étoiles. Le challat de Tunis, le docu-fiction de la jeune Kaouther Ben Hania a été choisi par l’Association française du cinéma indépendant pour être projeté à Cannes.

Le documentaire revient sur un fait divers qui a marqué la rue tunisoise à l’époque de Ben Ali, un psychopathe s’attaquait aux filles en ciblant les muscles fessiers avec un couteau. Le documentaire s’intéresse au statut de la femme dans la société tunisienne après la révolte contre la dictature. Le challat de Tunis sera présenté lors du 2e Festival culturel maghrébin du cinéma d’Alger, prévu du 5 au 11 juin. La femme est la thématique d’un autre film, Mères invisibles, qui représentera le Maroc à Cannes. Il s’agit d’un documentaire sur le calvaire des mères célibataires, réalisé par l’Espagnol Lorenzo Benitez. Le drame syrien n’a, bien entendu, pas été oublié par Cannes.

Concurrentiel

Le documentaire Eau argentée, de Mohammed Oussama, fera l’objet d’une projection spéciale. Le film, coproduit par la chaîne franco-allemande Arte, revient sur les images filmées par les jeunes internautes syriens qui permettent d’avoir une certaine idée sur les massacres commis par le régime d’Al Assad contre la population civile et les dérives des rebelles. Au pavillon algérien, seront présentées les dernières productions du cinéma avec notamment les documentaires Abdelkader de Salem Brahimi, de Histoire de la zone 8 de Larbi Lekhal ainsi que Fadhma n’Soumer, le dernier long métrage de Belkacem Hadjadj et Le puits de Lotfi Bouchouchi.

La fiction Eyes of thief de la Palestinienne Najwa Najjar, coproduite par l’Algérie, Qatar et la Jordanie, sera également présentée en présence de la cinéaste au pavillon algérien. La chanteuse algérienne, Souad Massi, interprète le rôle principal dans ce film dont l’histoire se déroule au moment de la seconde Intifadha (2002) en Cisjordanie. Une journée sera consacrée aux courts métrages réalisés par des jeunes cinéastes au pavillon algérien. Un débat sur la distribution des films est également prévu. Et, pour la première fois, l’Algérie, à travers l’AARC, s’installe dans le marché du film à Cannes (Stand A 11), après l’avoir fait au Festival de Dubaï 2013. Il est peut-être temps que les films algériens explorent, malgré toutes les difficultés, le très concurrentiel marché mondial, à commencer par l’Afrique, la région arabe et l’Asie.


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