DzActiviste.info Publié le dim 25 Août 2013

CE BAZAR QU’ON NOMME L’UNIVERSITÉ

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Amphi piscineJe ne vais pas traiter ici les causes de l’échec de la politique menée par les responsables algériens en matière de la recherche supérieure, ni vous donner des stratégies à suivre pour espérer un jour voir, ou moins,  une  université algérienne classée à la tête des universités du tiers monde ou des universités africaines. Dans le présent article je vais tenter juste de vous livrer ma petite expérience et le calvaire que j’ai subis pour faire les inscriptions en première année doctorat.

Cela fait maintenant trois ans que j’ai soutenu mon mémoire de magistère à l’université d’Alger,  après avoir effectué cinq  années d’études à l’Institut National de la Planification et de la Statistique l’INPS, actuelle École Nationale Supérieure des Statistiques et d’Economie Appliquées (E.N.S.S.E.A) Alger, et deux  années d’études en post graduation à l’université d’Alger.

Avant d’aborder l’inscription en première année doctorat, j’aimerai revenir sur les circonstances de la soutenance de mon mémoire de magistère. J’ai terminé la rédaction et l’impression de mon mémoire  et  j’ai procédé à son dépôt le 21 Janvier 2010, après la désignation des membres de jury début mars 2010, en me rapprochant du service chargé de la post graduation, on m’a fait observer que ce n’est pas eux qui vont se charger de remettre les copies du mémoire aux membres de jury désignés pour ma soutenance, mais qu’il m’appartenait de les remettre personnellement. En d’autres termes, il me fallait les chercher individuellement- voir un par un, sachant que  j’étais étranger à la faculté et que donc je ne connaissais pas les noms  et les visages des profs concernés.

Bien plus, venant de l’INPS je ne connais même pas la structure de l’université.  Alors ? Trouver des enseignants qui me sont complètement étrangers ! C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin.

Bref, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai commencé à les chercher individuellement, ce qui n’est pas pour arranger les choses, c’est qu’à cette époque je venais juste de prendre mes fonctions  au sein d’une administration,  dans une wilaya qui se situe à  plus de 250 Km d’Alger. Il me fallait  donc,  non seulement avoir les autorisations d’absence requises, mais aussi trouver une chambre où passer la nuit,  car j’étais convaincu qu’il était fort improbable que je puisse trouver les quatre enseignants pendant la même journée, en particulier et renseignements recueillis, il s’est avéré que  deux enseignent à la faculté de KHAROUBA et deux autres enseignent à Dely Brahim.

Bon gré, mal gré, je suis quand même parvenu à trouver les quatre profs au bout d’une énième tentative, après  plusieurs aller-retour sur Alger. J’ai naturellement remis une copie du mémoire à chacun des profs désignés en leur  demandant successivement et respectivement de m’accuser réception. Nom, prénom et signature bien évidemment, ce qui a rajouté à mon embarras.

En retrouvant le dernier membre de jury, une dame enseignante en langue française, j’ai instamment lu sur son visage un vif mécontentement, comme si c’était  de ma faute si on l’a désigné comme membre de jury pour ma soutenance !

J’ai attendu près de deux  mois et demi, soit le 16 juin 2010,  et je me suis présenté auprès du service chargé de la post graduation pour confirmer  si tous les membres de jury désignés à ma soutenance ont déposé leurs rapports. J’ai eu l’amère déception de constater qu’un membre de jury  n’a  en effet pas encore déposé son rapport, vous l’aurez certainement deviné, il s’agit bien de l’enseignante de français.

Pourtant, conformément à la réglementation et au règlement interne de l’université algérienne, le membre de jury désigné pour prendre part à une soutenance de magistère, dispose d’un  mois (30 jours) à compter de la date de réception de la copie du mémoire du candidat, de la part de l’administration, pour  remettre son rapport sur la soutenabilité ou non du travail présenté par le prétendant.

 

Les deux dames qui travaillent dans le service chargé de la post graduation ont tenté de me rassurer que l’enseignante suscitée était malade et qu’elles allaient la contacter bientôt pour lui demander de remettre son rapport.

En effet, l’enseignante en question a été contactée par l’administration au bout d’une semaine. Il faut que je souligne à ce titre que loin d’être rassuré par la promesse des deux dames citées ci-dessus, j’ai exigé de voir sans différer le responsable du service lequel a ordonné de suite de contacter ladite enseignante. La réponse de celle-ci  m’a glacé de froid en plein mois de juin, lorsqu’elle a affirmé qu’elle n’a pas reçu de copie de mon mémoire de ma part et qu’elle n’a jamais entendu parler ni de moi ni de mon mémoire (oubliant totalement qu’elle m’avait accusé réception).

Ayant déjà ma petite expérience dans l’administration, j’ai naturellement  conservé les accusés de réception de chacun des professeurs désignés à chaque remise d’une copie du mémoire. Aussi, dès que j’ai reçu cette information, et comble de l’ironie, non pas par l’administration de l’université,  mais  par l’intermédiaire d’un ami que j’avais chargé de vérifier à distance l’évolution de mon dossier ;  je me suis présenté auprès de l’administration et j’ai demandé de suite à voir le responsable du service chargé de la post graduation. Celui-ci m’a reçu dans son bureau et m’a expliqué qu’il a contacté l’enseignante concernée qui lui a confirmé que je ne lui ai pas remis de copie de mon mémoire.

À ce moment-là,  je lui ai tendu les quatre accusés de réception renseignés et signés par les quatre membres de jury, dont Madame l’enseignante de français, le responsable en  a eu un petit mouvement de recul, surpris par la preuve matérielle et irréfutable que je lui fournie. Il devait tout de même  me faire observer que je ne devais pas garder ces accusés de réception sur moi et que je devais plutôt les remettre à son service.

J’ai  répondu  que j’ignorais  la procédure suivie par son département, dans la mesure où j’ai été chargé personnellement de remettre copie de mon mémoire aux enseignants désignés membres de jury. C’était donc naturellement que je considérais que ces accusés constituaient  une preuve pour moi. L’administration  ayant ses propres moyens de notification et d’accusés de réception. Bref, pour mettre fin à la polémique née de la contestation opposée par l’enseignante en question, j’ai du remettre au responsable du service post graduation une  autre copie de mon mémoire pour la lui notifier réglementairement.

Le mal étant déjà fait, nous étions à la fin du mois de juin et qu’il était quasi impossible de programmer une soutenance en si peu de temps, sauf intervention, c’est-à-dire voir comme disait le professeur N.B quelqu’un qui connaît quelqu’un, qui connaît quelqu’un,  qui ….  Pour intervenir auprès de ce responsable afin d’accélérer les choses.

Cependant, je ne fais malheureusement  pas partie de ce  genre de personnes et  je ne suis pas allé là-bas pour demander l’aumône.

De  juillet 2010, il a fallu donc attendre la fin du  mois de février 2011 (après plusieurs aller-retour)  pour qu’on me contacte  (non pas par le canal officiel, mais par le canal d’un ami), pour m’annoncer que l’enseignante a  finalement daigné déposer son rapport et qu’il était devenu enfin possible de programmer ma soutenance. L’archange Gabriel a intercédé  en ma faveur  ou sans doute Dieu a  suscité en elle un sentiment de compassion à mon égard. Qu’elle soit tout de même remerciée.

La programmation de la soutenance est devenue,  elle aussi, un projet d’envergure planétaire, il fallait trouver une journée qui arrangerait l’ensemble des acteurs (étudiant, encadreur, le président les membres de jury, une salle libre).

On m’a présenté une personne chargée de cette opération, un jeune homme avec un costume et une cravate, avec qui j’ai échangé nos numéros de téléphone respectifs. Cela constitue déjà une avancée spectaculaire, au lieu de  faire un trajet de 250 Km pour voir s’il y a du nouveau me concernant,  je n’avais qu’à prendre mon téléphone et le contacter.

Une semaine plus tard, soit précisément le 24 février 2011, ce jeune homme costumé m’a appelé pour me dire qu’il a contacté tous les membres de jury ainsi que mon encadreur et qu’il avait réussi à programmer ma soutenance pour le jeudi 03 mars 2011 à dix heures du matin à la salle B au niveau de la faculté de KHAROUBA.

Six jours après, mon  encadreur m’a appelé  pour m’annoncer qu’il avait rencontré par pur hasard, le président du jury,  qui se trouvait être son voisin. Cependant, mon encadreur était pour le moins étonné et désarçonné. Il m’expliqua qu’après une courte discussion,  il aurait  dit au président du jury « … on se verra  à la soutenance de jeudi à KHAROUBA » (c’est-à-dire ma soutenance). Le président du jury lui aurait  répondu « quelle soutenance ? Je n’ai pas de soutenance ce jeudi !». Mon encadreur a répliqué en lui disant  affirmativement qu’il était bien désigné président dans une soutenance ayant pour thème …. ».  Après lui avoir donné les détails sur la soutenance dont il s’agit, le président du jury désigné  lui déclara alors,  qu’il n’ait jamais été contacté par l’administration et que comble du hasard il devait être en déplacement le jour coïncidant avec  la soutenance (un déplacement  qu’il aurait programmé depuis plus d’un mois).

Inquiet et totalement embarrassé par cette information, j’ai encore demandé une autorisation d’absence pour me déplacer à Alger et essayer de comprendre ce qui se passait.  J’avais tenté, par téléphone, de contacter les acteurs ci-dessus cités, en particulier le jeune homme costumé qui m’a confirmé avoir contacté toutes les personnes concernées, je n’étais tout de même pas rassuré. Visiblement agacé par mon inquiétude et mon insistance, ce jeune homme m’a lancé irrité qu’il utilisait  son propre téléphone et son propre argent  pour  régler les problèmes des gens (c’est-à-dire   moi), qu’en  plus il avait été désigné à tort et qu’à l’origine ce n’était même pas lui qui s’occupait de ce genre de problèmes, etc.

Arrivé à l’université de KHAROUBA,  j’ai demandé à voir le responsable du service post graduation lequel m’a reçu. Après près de deux heures d’attente, ce responsable m’a annoncé qu’il avait réussi à joindre tous les membres du jury ainsi que le président et que ma soutenance était désormais programmée pour le samedi 12 mars 2011. Un weekend !

En substance, des interrogations des membres du jury, j’ai surtout retenu l’observation de l’enseignante de français « …qu’il ne fallait pas utiliser le mot ‘’MÉDIOCRE’’  dans un mémoire de magistère », sachant que ce mot je l’ai utilisé avec une citation d’un éminent professeur d’économie de l’université d’Oran que j’ai cité dans les références et qu’il ne fallait pas faire la comparaison entre l’économie algérienne et l’économie tunisienne, parce que selon elle la première est incontestablement plus compétitive que la seconde ?!

À la fin de la soutenance, cette enseignante a eu l’outrecuidance de venir me demander 6 ou 7 gâteaux qu’elle a emportés dans une petite boite, une pratique devenue, semble t’il, généralisée au sein de l’université.

Autres périple et péripétie, j’ai effectué deux tentatives d’inscription en première année doctorat. La première tentative s’est soldée par un échec, en raison du dépassement de délai réglementaire d’inscription  (dépassement de délai généré par le retard observé pour la programmation de ma soutenance de magistère);   la seconde tentative s’est soldée également par un échec, en raison du retard observé par mon encadreur pour me confirmer s’il  acceptait ou non de m’encadrer (il s’agit du même encadreur de mon mémoire de magistère auquel je réitère, au passage, toute ma reconnaissance et toute ma gratitude).

Cette année, après plusieurs allers et retours sur Alger, je suis parvenu à me faire encadrer par un autre professeur, lequel a été intéressé et a accepté le thème de recherche que j’ai proposé. J’ai déposé une copie du dossier réglementaire complet auprès de l’E.N.S.S.E.A au mois de décembre 2012.

D’après un camarade à moi qui a fait le même parcours universitaire que moi, c’est-à-dire cinq années d’études à l’INPS (E.N.S.S.E.A) et deux années de magistère à l’université d’Alger, mon dossier n’est pas assujetti à la formalité ou à  l’aval du conseil scientifique, considérant que je suis étudiant issu de cet institut devenu école depuis.

Ce n’est malheureusement pas le cas, parce qu’au début du mois de juillet en cours, ce même camarade et ami m’a appelé pour m’annoncer que l’école en question s’est dotée enfin d’un conseil scientifique, ce qui signifie que mon dossier devait être soumis à son appréciation. (Inimaginable et inconcevable de penser,  que l’École Nationale Supérieure de Statistique et d’Économie appliquée est restée sans conseil scientifique depuis septembre 2012 jusqu’à juillet 2013, une année scolaire entière). Vous comprendrez mon dépit, car ce conseil a rejeté mon dossier au motif que je n’avais pas effectué  mon magistère dans cette école.

Voici donc la triste réalité de notre université ! On n’a même pas pris la peine de lire mon projet, ni de  vérifier mon cursus universitaire ou encore de m’inviter où me soumettre, le cas échéant,  à un entretien dirigé par le conseil lui-même ou par le conseil pédagogique de l’école.

Rien de tout cela,  je suis  étranger à l’école, je n’ouvre pas droit aux inscriptions, telle est la devise de ceux sensés dispenser et promouvoir le  savoir !

Je viens donc de perdre encore une année. Depuis je n’arrête pas de faire des cauchemars, j’appréhende le mois de septembre prochain ou je suis déterminé à entreprendre une troisième tentative. Mon cœur est serré à l’idée qu’on m’annonce une autre formalité ou une nouvelle procédure de dépôt de dossier. Comme je dois le déposer  à KHAROUBA, je suis convaincu qu’on refusera de m’accuser réception du dépôt pour les considérations évoquées ci-dessus.

Mon stress est à la hauteur de mes craintes de voir reporter mon inscription au doctorat, encore une fois, pour des considérations imprévisibles.

Le départ du Ministre ne suffira pas pour arranger les choses dans l’université algérienne ; Il parait urgent à mon sens de mener plutôt une opération de toilettage généralisée et de passer au tamis et les responsables dirigeants et les chargés de cours magistraux et les enseignants encadreurs des travaux dirigés et le personnel d’encadrement aussi bien des écoles et instituts que des cités universitaires.

 

AIT ABDELLAH. M          


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