DzActiviste.info Publié le lun 19 Mai 2014

Ce que BARAKAT n’a pas fait.

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Ce que BARAKAT n’a pas fait.

En réagissant à l’annonce de Bouteflika de se succéder à lui-même, des militants de l’Algérois avaient soulevé de grands espoirs. Ils ont bravé la répression et ont brisé le silence. À ce moment-là et dans les conditions concrètes du moment, ils s’étaient acquittés au mieux de la tâche. Ils ont même montré une (pré ?) disposition à aller plus loin ; ils se sont rapidement donné un texte politique de base qui balise les contours de leur action ; mais, surtout, qui paraissait pouvoir jouer le rôle « d’organisateur collectif » pour élargir et densifier le mouvement.

Le nom, « BARAKAT », vient de loin. Ce cri devenu mémorable au lendemain de l’accession à l’indépendance était un cri de rejet de « luttes fratricides ». En 2011, il était remonté des tréfonds de cette mémoire séculaire. Il était entendu ici et là au moment des émeutes qui ont précédé la création de la CNCD. En 2014, il resurgit, naturellement, comme un signal de ralliement pour un front du refus et de sauvegarde de la république.

Le pouvoir s’est alarmé de l’apparition de ce noyau constitué de quelques dizaines d’Algérois, certes courageux, mais plus activistes que militants. S’il avait la certitude que l’initiative resterait à ce niveau sans déteindre sur d’autres villes, d’autres groupes, le pouvoir l’aurait juste ignoré. Seulement, la régence et ses services savaient, mieux que quiconque, le potentiel de propagation de ce cri. Des animateurs en vue de l’AG BARAKAT d’Alger l’avaient dit : BARAKAT est une dynamique nationale, qui n’est pas réductible au noyau initial, elle est à organiser autour d’une démarche transpartisane qui cristallise une alternative de dépassement du système.

L’objectif affiché est d’une pertinence incontestable ; mais comment le réaliser. Si l’élargissement du mouvement sur la base du « texte fondateur » a très rapidement connu une forte résistance, tel ne semblait pas être le cas de l’idée d’adoption d’une charte politique plus dense que le premier texte. Les deux éléments de l’organisation étaient là, projetés comme axes de travail. Comment construire l’instrument politique et quelle chaire lui donner ? Il faudra bien que l’opinion nationale soit éclairée sur la façon dont ces questions ont été évacuées. 

Les deux objectifs ont été contrariés. Pourtant BARAKAT Alger pouvait s’inspirer d’expériences passées. En matière d’organisation transversale, le mouvement étudiant des années 1985 – 1990 est une expérience riche à étudier. Quasiment toutes les universités du nord de l’Algérie avaient pu converger dans la lutte en organisant différents niveaux de coordination. L’autonomie des comités était réelle et la cohésion d’ensemble du mouvement ressortait de la dynamique de lutte loin des ententes d’appareils. L’autre expérience, plus proche de nous, est celle du mouvement citoyen de Kabylie. BARAKAT pouvait s’inspirer de cette expérience pour trouver la meilleure forme d’organisation du débat et de polarisation de l’opinion sur une véritable dynamique d’échange et de réflexion. Les Arouchs organisaient des conclaves, et chacune de ces rencontres était un moment de communion avec la société.

BARAKAT a affirmé un attachement à des valeurs qui définissent un potentiel militant diluvien. Dans le même temps, il a affirmé des ambitions qui relèvent justement de ce niveau de potentiel. Il est inimaginable que le petit noyau d’Alger puisse avoir imaginé confronter seul le système algérien. Il faut donc s’interroger sur les raisons de la dérive actuelle, dont le commencement est à situer dans l’enclavement du mouvement à Alger et le sabordage de la tâche centrale d’élaboration de la charte.

BARAKAT n’a pas essaimé des comités de base sur l’ensemble du territoire national. BARAKAT n’a pas mis en circulation un avant-projet de charte républicaine. BARAKAT n’a pas organisé une agora nationale de débat et de concertation, ouverte sur l’ensemble des partisans du projet national défini par la plate-forme de la Soummam. BARAKAT a viré en un appareil politique avec la prétention de réussir là où les Sant'Egidiots ont échoué. Lever un front dont le seul point d’accord est de faire chuter le système. En quoi l’actuelle démarche diffère-t-elle des politiques du ffs ou du rcd, dès lors qu’elle est construite sur la prétention de gommer les clivages sociétaux structurants pour atteindre un objectif de pouvoir par des alliances opportuniste ? Même plus, en quoi diffère-t-elle de la démarche du pouvoir qui adopte la même logique pour se maintenir ?

Cette évolution de Barakat n’est pas imputable aux seuls initiateurs de l’actuelle ligne de conduite. Trop de force sont restées loin de la bataille, l’esprit partisan a aussi joué sous cette forme. Barakat d’Alger, semble s’autodomestiquer. Ce faisant il perd tout intérêt révolutionnaire ; mais le potentiel de rupture, lui, reste entier et intact au sein de la société.


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