DzActiviste.info Publié le sam 3 Jan 2015

Ce qui attend les Algériens en 2015

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El Watan, 31 décembre 2014

une_2588904Les Algériens entameront la nouvelle année avec beaucoup d’inquiétudes et d’incertitudes liées, notamment, à l’effondrement du marché mondial des hydrocarbures. L’échec non assumé des politiques engagées ces dernières années risque de se faire ressentir sur le terrain des revendications sociales durant l’année qui arrive.

Les évolutions politiques dépendront de l’ampleur de la crise financière. Parler d’austérité quand les responsables de la dilapidation des richesses de l’Algérie jouissent de liberté et de privilèges est une insulte envers une population excédée et entamée dans sa dignité.
Une année s’achève, une autre arrive avec son lot de promesses et d’inquiétudes. La première s’en va sur une note de folle crise pétrolière, obligeant le gouvernement gaspilleur à revoir sa copie dépensière. La fraîcheur hivernale qui accompagne l’avènement de janvier 2015 est aussi ressentie sur le baromètre économique.

Un lourd legs pour l’année 2015, engrossée déjà d’une crise économique que des dirigeants un peu trop habitués aux allocations et rallonges budgétaires et pris de surprise semblent avoir du mal à contrôler et assurer la maîtrise d’une situation qui échappe aux seules données internes. Un cadeau empoisonné pour cette période de l’année où les vœux pour des jours meilleurs sont appelés à être plus mesurés et moins enthousiastes. L’échec non assumé des politiques engagées ces dernières années se fera pourtant ressentir sur le terrain des revendications sociales.

Une leçon pour un gouvernement qui a refusé de comprendre que la paix sociale ne s’achète pas à coups d’allocations mais se gagne avec l’amélioration réelle des conditions de vie et la garantie de bonnes perspectives d’avenir pour toutes les catégories sociales. Cette crise aura-t-elle des répercussions politiques ? Il n’est jamais de fragilité économique sans incidence politique. Reste à savoir comment se traduira-t-elle sur le terrain incertain et flou qui caractérise la situation politique en Algérie.

La crise financière a pour nature de délier les alliances faites en temps d’aisance financière. Serait-ce le cas pour les clans et les camps au pouvoir qui se sont accordés à soutenir un premier, un deuxième, un troisième et un quatrième mandat pour le président Bouteflika ? Les quelques tensions en haut lieu, qui ont alimenté les colonnes de la presse durant l’année écoulée, vont-elles s’exacerber ou bien trouveront-elles une issue qui arrangera tout le monde ou éliminera l’un des clans au profit d’un autre ? Au-delà des supputations et autres tentatives de lire dans un avenir incertain, il y a lieu de noter que les analyses faites sur la fragilité de la situation politique et économique ainsi que sur le danger engendré par les choix et décisions de l’équipe dirigeante se sont avérés bien justes.

Le pouvoir finira-t-il par se regarder en face et voir le précipice vers lequel il dirige le plus grand pays d’Afrique ? Se réveillera-t-il de ses gargarisassions et appétits voraces pour remettre le pays sur rails ? L’alerte est donnée et le temps presse pour une remise en cause de toutes les politiques menées jusqu’alors. Les promesses d’ouverture des dossiers Sonatrach 1, autoroute Est-Ouest et Khalifa pour le premier semestre 2015 suffiront-elles à rendre confiance ? Cela dépendra de la qualité des procès et des jugements qui seront rendus. Tant que la responsabilité politique ne sera pas engagée dans ces trois affaires et que la comparution à la barre des décideurs politiques ne sera pas garantie, il y a de fortes chances que ces procès ne feront que noircir les pages des journaux alors que l’impunité continuera de ronger la cote de confiance des citoyens envers la justice et les dirigeants du pays.

Parler d’austérité quand les responsables de la dilapidation des richesses de l’Algérie jouissent de liberté et de privilèges est une insulte envers une population excédée et entamée dans sa dignité. Que pourra, par ailleurs, la révision de la Constitution qu’on veut vendre pour habiller l’actualité politique de l’année 2015 dans cette situation de perte de confiance ? Une révision constitutionnelle n’émanant pas de la volonté du peuple n’est que de l’encre sur du papier que les dirigeants du moment gommeront à leur gré. Les temps sont durs et le moment exige sérieux et responsabilité. Tout autre recours qu’à celui de la volonté populaire ne sera que vaine tentative de gagner du temps pour le pouvoir. Un temps pourtant si précieux pour le salut du pays, qui est entouré de zones de conflits.
Nadjia Bouaricha


Social : l’Etat revoit ses priorités

La chute des prix du pétrole fausse tous les pronostics et oblige le pouvoir à réviser son orientation et ses priorités.

Restrictions budgétaires obligent, l’Exécutif va réajuster sa politique sociale à moyen terme. Le gouvernement a promis la construction de centaines de milliers de logements, de centaines d’établissements scolaires et d’hôpitaux ainsi que la création de milliers de postes d’emploi pour résorber le chômage et apaiser le front social en effervescence. Il s’est engagé aussi à lutter contre le commerce informel. Dans le domaine du transport, il a projeté de mettre en place des tramways et d’achever certaines lignes du métro d’Alger. Il a promis de débloquer des sommes faramineuses pour corriger une injustice contenue dans le code du travail, en l’occurrence la révision de l’article 87 bis relatif au calcul du SNMG. Comme il a pris l’engagement d’augmenter les salaires de plusieurs corps (police, Protection civile…).

Mais dès l’apparition des premiers signes de la crise «financière», le gouvernement annonce la couleur. Et l’espoir de milliers de chômeurs et d’universitaires s’effiloche. Pour réduire les dépenses de l’Etat, il décide de geler le recrutement dans la Fonction publique, premier pourvoyeur d’emplois. Ce «cadeau empoisonné» de fin d’année suscite l’inquiétude des Algériens qui le considèrent comme une provocation. Certains attendent un logement depuis l’indépendance du pays. D’autres espèrent trouver un jour un emploi. Et l’année 2015 ne semble pas prometteuse sur ce plan. C’est encore le citoyen de la classe moyenne qui va payer l’échec de la politique de nos dirigeants.

Se voulant rassurant, le gouvernement a expliqué que les secteurs stratégiques, particulièrement l’éducation et la santé, ne seront pas touchés par cette mesure.Mais ces assurances n’ont pas convaincu les représentants des travailleurs qui s’apprêtent «à aiguiser leurs armes» pour riposter à ces décisions. L’on s’achemine donc vers une année 2015 très difficile sur le plan social. Les Algériens s’attendent d’ores et déjà à des mouvements de grève, qui commenceront avec les postiers, dont le syndicat donne un ultimatum à la direction générale d’Algérie Poste et menace de passer à l’acte dès le début de l’année.

Il est à rappeler que 150 000 postes budgétaires dans les différents secteurs de la Fonction publique n’ont pas encore été attribués, alors que l’éducation accuse un déficit de 27 000 enseignants et que la santé a besoin de 30 000 salariés de plus… Les Algériens accepteront-ils de se serrer la ceinture ?
Nabila Amir

Le déficit budgétaire s’accentue et risque d’inflation

En plongeant sous la barre des 57 dollars à quelques jours de la fin de l’année, le prix du baril du pétrole continue de faire peser de gros risques sur les équilibres budgétaires de l’Algérie et accentue les incertitudes quand à la viabilité de la stratégie économique du pays en 2015.

Dans ce contexte, la question se pose de savoir ce qui attend les Algériens dans les mois à venir, surtout que le gouvernement semble tétanisé par la rapidité de la chute des cours du pétrole et affiche un manque de réactivité flagrant, voire une improvisation totale dans l’annonce des mesures qui seront prises pour contrer les répercussions de la baisse drastique des revenus du pays. La dernière sortie du ministre de l’Energie, qui espère toujours voir l’OPEP, menée par l’Arabie Saoudite, revoir sa position en baissant sa production, illustre «un manque de réalisme» et donne l’impression que le gouvernement, au lieu de ficeler un plan d’urgence sans faille pour faire face à la crise qui s’annonce, s’accroche à de faux espoirs, ce qui risque de le détourner des priorités et de lui faire perdre encore plus de temps dans la recherche de la solution idoine pour gérer au mieux les maigres revenus qui s’annoncent à court terme.

Pour le moment, l’Exécutif annonce un plan d’austérité plutôt bancal si on s’en tient à ce qui a été annoncé par le gouvernement, dans le sillage des mauvaises nouvelles qui s’accélèrent sur le plan économique. Après avoir tergiversé pendant de longs mois alors que les prix dégringolaient sans discontinuer lors des séances de cotation à Londres, le gouvernement, réuni en comité restreint autour du président Bouteflika, a décidé d’un certain nombre de mesures concernent une baisse du train de vie de l’Etat, et le report de certains projets non essentiels inscrits au plan quinquennal 2015 -2019.

Le lendemain, le Premier ministre a appelé à «la solidarité nationale», annonçant dans la foulée des restrictions budgétaires et notamment le gel des recrutements dans la Fonction publique. Une décision qui pénalise les jeunes demandeurs d’emploi et risque d’aggraver le chiffre du chômage global dans les années à venir. D’ailleurs, la nouvelle n’est pas passée inaperçue et alimente les craintes des Algériens, ce qui accentue clairement la morosité sociale à l’orée de la nouvelle année. Une morosité accentuée par le sentiment que ce sont les plus faibles qui risquent de pâtir encore une fois de la conjoncture difficile, alors que les plus nantis s’arrangent pour garder leurs privilèges.

Baril en baisse, les avertissements de la Banque d’Algérie

La période économique difficile qui s’annonce n’est pas une vue de l’esprit ou un pronostic de quelques rabat-joie, elle est clairement énoncée par le gouverneur de la Banque d’Algérie lui-même. Mohamed Laksaci ne fait pas dans la dentelle comme s’y risquent souvent les politiques ; il assène la vérité d’un technocrate qui laisse parler la réalité des chiffres qu’il a entre les mains. Lors de son passage à l’Assemblée populaire nationale (APN), le 15 décembre 2014, le gouverneur a souligné que «si les réserves de change peuvent amortir un choc externe dans l’immédiat, elles pourraient s’effriter en cas de baisse prolongée des cours du pétrole».

Une déclaration qui renseigne sur la gravité de la situation, loin des discours de ravalement de façade servis par les ministres en charge de l’économie. Les projections faites par gouverneur de la Banque d’Algérie, lors de la présentation des rapports de conjoncture pour l’année 2013 et le premier semestre 2014, ont planté un décor pessimiste pour le proche avenir. «Nul ne peut nier l’existence d’indices d’un éventuel choc externe en raison de la baisse du prix du pétrole à partir de 2015», a fait notamment savoir M. Laksaci, qui avertit qu’une chute prolongée des cours du pétrole risque d’avoir des conséquences sur la balance commerciale et la balance des paiements.

Cette dernière affiche, et c’est une première depuis plus d’une décennie, un déficit de 1,32 milliard de dollars au premier semestre 2014, induisant une contraction des réserves de change, lesquelles sont passées de 194 milliards de dollars fin 2013 à 193,269 milliards de dollars au premier semestre 2014. Les incertitudes économiques quant à l’avenir économique immédiat du pays sont aussi confirmées par le Fonds monétaire international (FMI) qui a estimé, récemment, que «les menaces qui pèsent sur la stabilité macroéconomique de l’Algérie s’accentuent».

Pour le FMI, «le déficit budgétaire devrait se creuser à plus de 7% en raison du recul des recettes d’hydrocarbures, de la nette hausse des dépenses d’investissement et de la poursuite des fortes dépenses courantes». Le Fonds souligne aussi que «l’épargne budgétaire devrait baisser pour la deuxième année consécutive».

A contre-courant de ses prévisions invitant à la prudence, le gouvernement a ficelé une loi de finances 2015 très ambitieuse, prévoyant 110 milliards de dollars de dépenses dont 60 milliards de dollars dans le cadre du budget de fonctionnement. Une prévision hasardeuse, démentie par la chute du prix du pétrole et qui obligera certainement l’Exécutif à recourir prochainement à une loi de finances complémentaire pour corriger le tir et préserver autant qu’il le peut les équilibres financiers. Par ailleurs, le taux d’inflation moyen pour 2015 est estimé dans le projet de loi de finances (PLF) à 3% contre 3,5% en 2014. Des prévisions qui risquent d’être contrecarrées aussi par la réalité, dans les prochains mois, au vu de la tendance des indicateurs financiers.
Zhor Hadjam


MESURES D’AUSTÉRITÉ ET INQUIÉTUDES DE LA POPULATION

Bouteflika tente de rassurer

Présidant hier un Conseil des ministres, le chef de l’Etat confirme d’abord la gravité de la situation et avance que l’avènement de cette crise peut être un déclencheur pour s’employer à construire une économie diversifiée.

A près le malaise provoqué par l’annonce de ses mesures d’austérité, à la fin de la semaine dernière, le gouvernement tente de rectifier le tir et de rassurer l’opinion. Surtout en ce qui concerne le front social. Présidant hier un Conseil des ministres, le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, confirme d’abord la gravité de la situation. Mais il se dit «convaincu» que l’Algérie est «en mesure de traverser sans difficultés majeures les graves perturbations que connaît le marché international des hydrocarbures». «Je suis convaincu que dans une sérénité légitime et grâce à la mobilisation qui nous est traditionnelle face aux défis, l’Algérie traversera sans difficultés majeures les graves perturbations que connaît le marché international des hydrocarbures», lit-on dans un communique de la Présidence diffusé, à l’issue du Conseil des ministres, par l’agence APS.Selon ce document, le président Bouteflika, qui s’adresse à la nation, souligne que les décisions «prises et annoncées» ne remettront pas en cause le développement.

«La dynamique de développement ne sera pas arrêtée par la crise, afin de continuer à créer des emplois pour nos jeunes et de continuer de construire des logements, des écoles, des universités et des infrastructures de santé pour toute la population», estime Abdelaziz Bouteflika. Selon le chef de l’Etat, l’avènement de cette crise peut être une aubaine pour, enfin, s’employer à construire une économie diversifiée. «La prise de conscience et l’effort de tous permettront aussi d’accélérer les réformes économiques requises ainsi que la construction d’une économie nationale diversifiée et compétitive, cela dans un attachement permanent à la justice sociale et à la solidarité nationale», indique-t-il.

Le communiqué de la Présidence ne donne pas davantage de détails sur la nouvelle politique à appliquer pour «traverser avec succès» cette situation. Le président Bouteflika convoque, à cette occasion, «la paix et la stabilité» qui permettront, selon lui, «au pays d’aller vers des progrès nouveaux devant être réalisés au milieu d’un environnement international lourd d’incertitudes et dans un contexte régional où des foyers de tensions font peser des menaces réelles sur la sécurité de tous les pays».

«Cette paix et cette stabilité, ainsi que ces avancées dans la réponse aux besoins des citoyens, tirent leur essence des valeurs de notre civilisation et des leçons de notre lutte de libération nationale, avec lesquelles nous avons raffermi notre unité dans la réconciliation nationale», enchaîne-t-il. Et d’ajouter : «Cette paix et cette stabilité se nourrissent aussi des efforts quotidiens des Algériens pour valoriser les nombreux atouts dont dispose le pays.»

Le président Bouteflika signe la loi de finances 2015

Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a signé hier à Alger la loi de finances de l’exercice 2015. Le chef de l’Etat a apposé sa signature sur le texte portant loi de finances 2015 au siège de la présidence de la République, en présence de hauts responsables de l’Etat et des membres du gouvernement. La loi de finances prévoit des recettes budgétaires de 4684,6 milliards de dinars et des dépenses publiques de 8858,1 milliards, soit un déficit budgétaire de 4173,3 milliards. Adoptée le 29 octobre 2014 par l’Assemblée populaire nationale (APN) et le 12 novembre par le Conseil de la nation, la loi de finances 2015 table sur une croissance économique globale de 3,42% et de 4,25% hors hydrocarbures.

Madjid Makedhi


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