DzActiviste.info Publié le lun 10 Déc 2012

Choses vues – transmissions mémorielles policées

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Le colloque Mémoires algériennes en transmission s’est achevé il y a quelques jours. Il était organisé par Giulia Fabbiano, Abderahmen Moumen et Nassim Amrouche à la MMSH (Maison des sciences de l’homme d’Aix).

Affiche du colloque

Pour les participants, le colloque a commencé par une scène tout à fait surprenante, et pourtant tellement en lien avec le thème du colloque, qu’on aurait pu penser à une mise en scène pour l’occasion, à un happening artistico-historique destiné à lancer le débat. Si l’affaire n’avait pas été si sérieuse, elle aurait été très drôle. À notre arrivée en effet le matin du 15 novembre, la police était sur place, à l’intérieur de la MMSH, et la discussion allait bon train entre l’agent chargée de l’accueil, les deux policiers, l’une des organisatrices, Giulia Fabbiano, et l’artiste invitée à exposer ses oeuvres dans le hall de la MMSH, et à prendre part au colloque, Christine Peyret. Ses oeuvres sont de grandes pièces brodées, dont les images reproduisent des photographies de 1962. Certaines représentent des scènes de liesse populaire, d’autres le retour des soldats dans leurs familles, d’autres enfin sont des images de familles de français d’Algérie. L’ensemble intitulé « Traverser sans la voir » fait allusion à la guerre, présente-absente dans la vision de l’enfant qu’était encore Christine Peyret, en Algérie avant 1962. L’installation avait été réalisée la veille du début du colloque.

« Traverser sans la voir », triptyque incriminé, ©Christine Peyret

Il semble donc qu’au matin, l’employée de l’accueil de la MMSH, trouvant les images choquantes, avait jugé bon de faire venir les forces de l’ordre, sans passer par la direction de la Maison. Notons que les deux policiers n’ont pas hésité à rentrer dans une enceinte universitaire, même s’ils avaient l’air un peu perplexes et ne sont pas restés bien longtemps. L’employée quant à elle expliquait que la présence des drapeaux algériens portés par les personnages représentés dans l’une des œuvres étaient inacceptables dans une institution publique française, et elle allait de ce pas en appeler à toutes les associations de pieds-noirs de la région qui ne manqueraient pas de venir manifester devant la MMSH. Il fallut aux organisateurs et à Christine Peyret parlementer longtemps ; l’employée finit par quitter les lieux, puisqu’elle ne supportait de rester travailler en présence des objets du scandale.

Après la fin du colloque, la direction de la MMSH a décidé le décrochage du triptyque central, jugé « prudent », comme l’a expliqué la directrice de la Maison dans un courrier d’excuse adressé à Christine Peyret. C’est donc sur photographie qu’il faudra désormais se faire une idée du caractère subversif de ces œuvres.

Août 2012 ©Malika Rahal


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