DzActiviste.info Publié le mar 20 Mai 2014

Colloque de Sidi Aïch La pensée de Mohand Cherif Sahli revisitée

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De tous les messages délivrés lors du colloque consacré, jeudi et vendredi, à Mohand Cherif Sahli à Sidi Aïch, celui qui m’a marqué par son originalité est sans conteste le témoignage de mon ami Zahir Ihadadène, ancien directeur de l’Institut de journalisme d’Alger.

Zahir Ihadadène, qui dans un voyage à travers le temps, nous a emmenés à Toudja, son fief, où à la fin des années trente, il étudiait à l’école communale et où officiait le professeur Sahli en qualité d’instituteur. «Il était le seul instituteur à ne pas porter de bâton dans la main, et il n’a jamais frappé un élève.» Au-delà de cette pédagogie peu en vogue, hélas de nos jours, M. Sahli se fondait dans la communauté et y vivait en harmonie. Il lui arrivait de profiter du jour de repos pour aller à pied sur un itinéraire de douze kilomètres rendre visite à son cousin à Oued Ghir.

L’éminent penseur nous a transmis des messages de grande portée. D’abord ceux de Jugurtha et de l’Emir Abdelkader qui s’avérèrent des remparts contre la colonisation romaine et française, mais tous deux furent trahis par les leurs et connurent un sort peu glorieux. En se référant à ces deux symboles, Sahli s’est attaché à renouer avec notre identité, mais a alerté aussi sur la vigilance et le devoir de décoloniser l’histoire de l’Algérie. Ce thème et bien d’autres ont bien été perçus par la nombreuse assistance qui a convergé, jeudi, vers la salle de cinéma de Sidi Aïch, où d’éminentes personnalités sont venues pour témoigner sur la vie et l’œuvre de Sahli et que Djamil Aïssani, professeur-chercheur et initiateur de cette rencontre n’a eu de cesse de remercier !

D’abord, Réda Malek qui a bien connu Sahli, «dont le rôle avant-gardiste et précurseur de la critique historique n’est plus à démontrer. Toute sa vie il n’a fait que penser à l’Algérie et à son peuple. Sa pensée est un combat permanent», a-t-il résumé, non sans avertir qu’il est bien beau de glorifier Jugurtha et l’Emir Abdelkader, mais il est encore plus pertinent de dire, comme l’a fait Sahli, que ces deux références mémorielles ont été trahies par les leurs. Me Ali Haroun a tenu un discours de la même teneur, en ne faisant pas le distingo entre le moudjahid avec le fusil et les porteurs de la plume et de la pensée comme Sahli, dont on peut dire qu’il a été militant de la cause nationale et acteur de la révolution, en portant la voix de l’Algérie combattante à l’étranger, avec le grand succès que l’on connaît.

Me Haroun, dans le sillage de sa pensée, a rendu hommage aux hommes références issus de cette belle région, que sont Hafid Keramane, Mouloud Kassim Naït Belkacem, entre autres. Cheikh Bouamrane, président du Haut conseil islamique a, à travers Sahli, mis en avant le rôle de l’intellectuel dans l’éveil de la conscience nationale et s’est engagé à rééditer les œuvres de Sahli par le Conseil qu’il préside. D’autres intervenants, la plupart des universitaires, se sont relayés à la tribune pour souligner l’importance des œuvres de Sahli qui constituent indéniablement un creuset où les historiens pourront puiser pour approfondir ses idées et renouer avec l’histoire authentique de notre pays.

Il s’agira avant tout de libérer l’histoire des contingences politiques politiciennes. Et de la rendre sans ajout ni fioritures au peuple. Il faut noter que la commune de Souk Oufella a vécu, vendredi matin, «des moments peu ordinaires», comme l’a souligné le maire, en procédant à l’inauguration d’une stèle, au milieu du village, dévoilant le buste de Mohand Cherif Sahli, né en 1906, à quelques encablures de là, à Tasga, précisément.

Enfin, on ne soulignera jamais assez le rôle précieux joué par l’association Gehimab de l’université de Béjaïa, à sa tête le professeur Djamil Aïssani, chaudement félicité au demeurant par Karim Younès, ancien président de l’APN, présent à ce colloque, issu lui aussi de cette fière lignée des Ath Waghlis. L’association nous promet déjà une autre rencontre prévue en novembre prochain, consacrée au penseur El Ghobrini, biographe de Bougie, à l’époque hafside.


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