DzActiviste.info Publié le mar 19 Mar 2013

Crime crapuleux à Constantine : Justiciers sans justice et révoltes sans révolution .

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Par Zineb Azouz

© Photo : El Watan

© Photo : El Watan

Deux enfants Haroun et Brahim, âgés de 9 et 10 ans sont enlevés devant chez eux à la dite Nouvelle Ville de Constantine, quelques jours plus tard,  ils seront  retrouvés par la population non loin du lieu de l’enlèvement, morts, l’un dans un sac à ordures, l’autre dans une vieille valise.

Le jour même de la disparition des enfants, la population a  marché sous la pluie et le froid jusqu’au cabinet du Wali se trouvant à 18 Km, attendu jusqu’à 3h du matin qu’on daigne leur apporter les moyens de fouiller la cité, sans succès, ils sont retournés bredouille et le lendemain le Wali qui n’a pas jugé utile de  perturber son agenda et de se déplacer sur les lieux du drame, a préféré dépêcher les troupes anti-émeute obligeant les citoyens à aller fouiller dans la forêt très loin du lieu du drame.

Il est utile de rappeler que les cités  où habitaient les deux victimes (ces fameux UV, unité de voisinage) sont des cloaques où l’état a relogé les populations les plus démunies, des cités dortoirs  plantés au milieu de caillasse, d’ordures et de  chantiers à ciel ouvert ; dans ce décor qui fait la fierté de nos dirigeants,  promoteurs  voraces et intermédiaires de tout poil  se sont surabondamment enrichi en construisant des horreurs à perte de vue, sans routes,  sans commodités, sans vie, livrant les habitants de ces inqualifiables « cités » de la nouvelle ville Ali Menjli  au chômage, à la violence, à la prostitution, aux dealers et à tous les marginaux qui sévissent en toute impunité. En  visite il y a quelques semaines, le premier ministre n’y a pourtant vu qu’un Eden urbanistique orné de  pôles universitaires.

Alors que les corps des deux enfants sont finalement retrouvés par la population frappée dans sa chair qui hurlait de toutes ses forces, les journaux nous apprennent que la police, et en un temps RECORD a arrêté les coupables, leurs photos sont ainsi immédiatement exposées (dont une exhibant les tatouages du torse nu de l’un d’eux) et le PV de l’interrogatoire morbide sur le viol et le meurtre est repris partout !!

Au delà de ce crime crapuleux  dont les familles ne se remettront sans doute jamais, il est de notre devoir de crier haut et fort non seulement l’absence totale de l’état dans la protection de la population, son désengagement programmé,  mais aussi et surtout les manipulations et les vices de procédures qui s’en sont suivis où il semble que la priorité fût de contenir une colère par la répression et de  livrer des coupables avant même d’avoir bouclé une enquête, une enquête qui  aurait sans doute démontré d’autres responsabilités et démantelé d’autres réseaux de responsables-coupables.

Dès le départ la population a été accueillie par les autorités avec  mépris et  défiance, on ne craignait qu’une seule chose, de  voir ces oubliés, ces « chirdhima » , ces ex des bidons-villes se révolter contre les bourreaux sans tatouage et sans casier judiciaire connu.

Les habitants avaient la certitude que les enfants n’étaient pas loin, contrairement aux rumeurs relatives à un véhicule de type  4 4 qui aurait pris les pauvres gosses hors de la ville, ils sont convaincus  que si la police avait ratissé[1] au moins  les logements sous loués au noir, Haroun et Brahim seraient encore en vie !

La  rage, plus que légitime des habitants, devait être  acheminée au plus vite vers une seul cible, à savoir bien sûr les deux  coupables trouvés et jugés en quelques heures.

La presse aux ordres ornée d’œillères s’est chargée du reste, sous couvert de compassion les journaux n’ont fait  qu’attiser le feu, photos illégales, détails morbides sur le viol et  aveux exfiltrés par je ne sais qui, devinez ! Tout un décor a été planté pour conditionner et instrumentaliser la colère d’une population impuissante et blessée.

Pourtant  une certaine  presse critiquant violemment Zeroual d’avoir suspendu la peine de mort s’en  mêle. Profitant du terrible sentiment d’injustice et d’impunité que vivent tous les Algériens à travers cette affaire qui n’est malheureusement pas la première, de dangereux plumitifs distillent leur venin sans que personne ne réagisse, même pas, comme on va le voir, ceux qui parlent de « Kissasse » [2]

Dissimulés et embusqués derrière la colère populaire, on pousse  l’outrecuidance et l’amalgame jusqu’à publier un papier nostalgique du couloir de la mort de la sinistre prison de Lambèze dont les derniers suppliciés, et les journalistes  le rappellent sciemment en jubilant, furent les condamnés dans le célèbre affaire de l’attentat de l’aéroport d’Alger, des condamnés qui ont avoué après avoir été sauvagement torturés. Les rôles sont vite inversés et c’est tout un peuple-victime qui est  une fois de plus scéniquement et cyniquement abusé.

Tout le monde s’improvise justicier, du flic Ammi Ahmad, en passant par l’innommable Ksentini et jusqu’à la coquette Mostghanmi de passage à  l’université de Constantine le jour du  triste et déchirant enterrement de Haroun et Brahim.

Si, comme on nous le claironne partout un des deux coupables est un dangereux pédophile au lourd casier judiciaire, pourquoi la police qui ne devait pas ignorer qu’il habitait la « prestigieuse » nouvelle ville, ne l’a pas interpellé dès le début ?

Partout on n’entends que des appels à l’exécution et même sur la place publique, une  marche impressionnante  s’est ainsi dirigée ce dimanche 17 Mars vers le tribunal pour réclamer justice et châtiment exemplaire à l’encontre des coupables, les manifestants prennent même pour cible une fourgon de prisonniers pensant sans doute qu’il s’agit des deux « coupables ».

Le peuple aurait-il à ce point oublié qui sont ses véritables bourreaux ? Aurions-nous oublié si vite Bentalha et ses bébés, nos disparus, nos collégiennes égorgées en classe, nos cadavres sous X ? Où sont les coupables ? Que faisaient ces shérifs de la vingt cinquième heure depuis tout ce temps  ? n’attendaient-ils que ce énième crime pédophile pour crier justice ?

Au risque de déplaire, je dis que cette marche est malheureusement un dénouement inespéré pour les pouvoirs en place malgré toutes les apparences, à moins bien sûr que nos élites prennent leur responsabilités et cessent d’exulter du fond de leurs salons, à chaque fois que le peuple est dans la rue.

Faut-il rappeler par exemple qu’il est interdit de publier les photos de suspects ?

Dans une enquête digne de ce nom et face à un crime aussi abominable le minimum de justice qu’on puisse rendre est de  faire toute la lumière sur cette horrible affaire et de prendre de temps de le faire, oui, le temps de le faire justement par souci d’exemplarité et de perfectionnisme.

Il faut avant tout dénoncer la responsabilité de l’état qui, entre nous,  aimerait bien nous faire oublier ses scandales et ses dérives  , désigner tous les  les responsables, les responsables-coupables, les complices directs et indirects, les témoins muets, les sous loueurs, les indécis, les indécents et bien sûr ceux qui connaissent les violeurs et les laissent en liberté.

J’appelle tous ceux qui comme moi, refusent que le sang des innocents soit encore livré  à la manipulation, à l’émoi passager et au sensationnel, de dénoncer la manière dont cette affaire a été gérée depuis le début et de réagir face à ces pratiques diaboliques dont le seul but est de déposséder le peuple de ses facultés à s’organiser en contre force, lui laissant comme seule voie d’expression celle de la colère.

Constantine, le 19 Mars 2013
Zineb Azouz.


[1]Quel mot horrible n’est-ce pas ? Mais les Algériens et surtout ceux qui ont toujours habité les quartiers dits sensibles  connaissent « le savoir faire » des forces de sécurité dans ce domaine

 

[2]Terme religieux pour désigner ici la peine de mort en rapport avec la loi du talion.


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