DzActiviste.info Publié le lun 20 Jan 2014

CRISE DU LAIT L’incroyable conclusion de l’enquête!

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Par Walid AÏT SAÏD, L’Expression, 19 Janvier 2014

P140119-16On s’attendait à des révélations fracassantes sur cette grave crise qui met en péril la stabilité sociale du pays. On s’attendait à ce que des têtes tombent, des lobbies soient démasqués, la mafia du lait démantelée…Rien de tout cela! L’enquête diligentée par le ministère du Commerce pour établir les «vraies» raisons de la crise du lait, qui frappe le pays depuis quelques semaines, a accouché d’une souris. En effet, le département de Benbada nous sort encore une fois son excuse habituelle: «C’est la faute aux citoyens». «Les prix de la poudre de lait au niveau mondial ont augmenté, ce qui a engendré une augmentation du prix du lait qui n’est pas subventionné par l’Etat, à savoir le lait en brique et le lait en poudre. Cette situation a engendré une augmentation de la demande sur le lait en sachet, ce qui a provoqué cette crise du lait», a expliqué, hier à Alger, Aït Abderrahmane Abdelaziz, directeur général de la régulation et de l’organisation des activités commerciales au ministère du Commerce. Pour être plus précis, M.Aït Abderrahmane qui présentait les résultats de cette fameuse «enquête» a tenu à souligner que les consommateurs de lait en Algérie étaient partagés en trois catégories, à savoir les consommateurs du lait en sachet, ceux du lait en poudre, et ceux du lait en sachet. «Avec l’augmentation des prix des deux dernières catégories, les consommateurs se sont rabattus sur le lait en sachet. La demande a ainsi augmenté de façon significative, mais la production n’a pas suivi», ajoute t-il avant que son collègue du contrôle ne prenne le relais pour critiquer le manque de culture de la consommation chez les citoyens. «En plus de l’effet domino de l’augmentation de la poudre de lait, il n’ y a pas de culture de la consommation chez les citoyens. Allez, vérifier les congélateurs des foyers, vous les trouverez pleins de sachets de lait. Ils en achètent plus que leur consommation et les congèlent», soutient Abdelhamid Boukahnoune, DG du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce. Il n’en fallait pas plus pour ouvrir une brèche à M.Aït Abderrahmane qui rétorque: «Oui, il y a un manque de culture de la consommation. On trouve des gens aisés qui achètent le lait en sachet de 25 dinars.»
Voilà donc, encore une fois, le ministère du Commerce nous sort le même bouc émissaire. Comme pour la flambée des prix, comme pour les pénuries à la veille du Ramadhan, c’est encore, et toujours la faute du citoyen. Benbada aurait pu innover, le disque a fini par se rayer. Mais, à bien analyser les «excuses» fournies par cette burlesque enquête, on y détecte un aveu de faiblesse, mais surtout un manque de prévisions. Imaginez alors, si l’Algérie devient un pays touristique et reçoit, disons, un million de touristes. Ils se tournent tous vers le lait en poudre. Dans ce cas, alors on vivra une crise de lait sans précédent! Imaginez aussi, qu’il y ait un problème d’approvisionnement au niveau mondial. Que la poudre de lait vient à manquer. On va se regarder, se rouler les doigts et attendre que ce lait nous tombe du ciel? Donc pour résumer les résultats de cette enquête, on nous demande de stagner. Il ne faut pas que notre consommation augmente, il ne faut pas que l’Algérie accueille plus de foule qui consomme du lait, et il ne faut pas qu’il y ait d’éléments perturbateurs. Car, on ne les prévoit pas! En réalité, la pénurie qui sévit actuellement sur le marché n’est pas liée au pouvoir d’achat de l’Etat. L’Algérie a les moyens d’offrir du lait à ses citoyens quel que soit son prix sur le marché international. C’est un engagement du gouvernement. Le vrai problème est dans la clairvoyance et l’anticipation. Le ministère du Commerce ne connaît pas les besoins exacts du pays en lait. Les résultats de cette enquête en sont la meilleure preuve. Comment une petite augmentation de la consommation peut-elle engendrer une crise nationale? C’est une équation vide de sens. De l’aveu même du ministre du Commerce et de son équipe, ces augmentations des prix de la poudre de lait ont commencé, depuis le mois de septembre. Et comme l’achat de la poudre de lait se fait par anticipation, environ 5 à 6 mois à l’avance, les répercussions d’une augmentation des prix se fait ressentir après 5 à 6 mois. C’est cette situation que l’on vit. Alors, le département de Benbada n’aurait-il pas pu anticiper les choses, depuis septembre dernier, en envisageant comme il le dit, cette augmentation de la consommation? C’est cela, la bonne gestion. Et bien gérer c’est prévoir. Nous sommes là devant une terrible «confession» d’incompétence de gestion…

Les mesures de Sellal pour enrayer la crise
Incroyable, cela n’arrive qu’en Algérie. Il a fallu l’intervention du Premier ministre en personne pour trouver une solution à une crise du…lait. En effet, lors de la conférence de presse qu’ont animée les cadres du ministère du Commerce pour rendre les résultats de l’enquête sur les vraies «raisons» de la crise du lait, ils ont annoncé les mesures prises par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, pour enrayer cette crise. «Le Premier ministre a demandé au ministère de l’Agriculture d’augmenter la production du lait en sachet.
Il nous a de ce fait instruit à demander à l’office interprofessionnel du lait (Onil) d’augmenter la quantité de lait en poudre qu’il donne aux transformateurs de lait. Il lui (l’Onil, ndlr) a aussi demandé d’augmenter ses stocks de poudre de lait. M.Sellal a exigé une amélioration du dispositif de collecte du lait cru, réhabiliter toute la filière lait. Enfin, il nous a donné des instructions pour augmenter nos contrôles et éviter que la poudre de lait soit détournée par les transformateurs», a fait savoir hier, Aït Abderrahmane Abdelaziz, directeur général de la régulation et de l’organisation des activités commerciales au ministère du Commerce.


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Displaying 13 Comments
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  1. Algérien dit :

    La qualité du lait en sachet à l’Ouest du pays et surtout à Oran laisse à désirer, que de l’eau blanche, le contrôle de qualité du lait est absent, ou ne peut plus toucher les sois disant intouchables.

  2. Hamoud dit :

    J’avoue mon indigence quant à la signification de la grandiloquente locution de « la culture de la consommation ». Mais je garde en mémoire que  » Administrer (ou gouverner) c’est prévoir (ou anticiper) et prévoir c’est prévenir ». Benbada et son administration brassent du vent.

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