DzActiviste.info Publié le jeu 4 Juil 2013

De la victoire électorale des Nazis pour justifier le coup d’Etat en Egypte (ou ailleurs)

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Comment justifier un coup d’Etat contre des ennemis, supposés ou réels, de la démocratie ? L’argument qui revient de manière systématique est de rappeler que les Nazis ont, eux-aussi pris le pouvoir par les urnes au début des années 1930 avant d’établir la pire dictature de l’Histoire. Du coup, cet exemple étant imparable, il est très difficile ensuite de défendre toute légitimité électorale remportée par des formations controversées. Ainsi, quand on évoque la légitimité des urnes à propos du désormais ex-président Morsi, on se voit systématiquement rappeler que les Nazis avaient eux aussi gagné les élections.

Le problème, c’est que cette référence historique n’est pas exacte et qu’il faut surtout la nuancer pour échapper aux lieux communs. Certes, comme le note l’Encyclopédie multimédia de la Shoah, « aux élections de juillet 1932, le parti nazi remporta 37,3% des voix, devenant le plus grand parti politique d’Allemagne. Les communistes (prenant des voix aux sociaux-démocrates dans un climat économique en constante dégradation) remportèrent 14,3% des suffrages. En conséquence, dans le Reichstag de 1932, plus de la moitié des députés étaient des représentants de partis qui s’étaient publiquement engagés à mettre fin à la démocratie parlementaire. Tous les partis traditionnels avaient perdu des voix, à l’exception du Zentrum catholique, en faveur des partis extrémistes. »

Malgré son score, le parti nazi ne pouvait pas gouverner seul et, aux élections suivantes, en novembre 1932,  » les Nazis perdirent du terrain, avec un score de 33,1% des scrutins. Les communistes, par contre, progressèrent, obtenant 16,9% des voix. A la fin de 1932, l’entourage du président Hindenburg en arriva à croire que le parti nazi représentait l’unique espoir de prévenir le chaos et la prise du pouvoir par les communistes. Les négociateurs et propagandistes nazis contribuèrent puissamment à renforcer cette impression. »

Et c’est là qu’intervient la précision d’importance comme le rappelle si bien l’Encyclopédie multimédia de la Shoah :

« Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg nomma Adolf Hitler chancelier. Hitler parvint à cette fonction, non pas par suite d’une victoire électorale lui conférant un mandat populaire, mais plutôt en vertu d’une transaction constitutionnellement contestable, menée par un petit groupe d’hommes politiques allemands conservateurs qui avaient renoncé au jeu parlementaire, qui espéraient utiliser la popularité d’Hitler auprès des masses pour favoriser un retour à un régime conservateur autoritaire, voire à la monarchie. En deux ans cependant, Hitler et les Nazis prirent de vitesse les politiciens conservateurs et instaurèrent une dictature nazie extrémiste entièrement soumise à la volonté personnelle du Führer. »

En clair, si Hitler est arrivé au pouvoir et qu’il a perpétré ses crimes par la suite, c’est parce qu’il a été porté au pouvoir, par un coup d’Etat qui ne disait pas son nom, grâce à des ennemis de la démocratie qui rêvaient d’en finir avec la République allemande. La nuance est de taille et mérite d’être mentionnée dans les débats actuels.


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