DzActiviste.info Publié le jeu 31 Mai 2012

Dégénérescence du FFS : patron sénile, direction domestiquée, militants limogés…

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Par Lyes Akram lyesakramdz.blogspot.fr

L’anti-démocratie, déjà très répandue, gagne encore plus d’espace en Algérie. Dans le sillage d’une note bizarroïde de l’octogénaire Hocine Ait-Ahmed où il réclamait clairement des têtes de cadres qui refusent la désolante domestication de leur parti, pour lequel ils militent en Algérie et non en Suisse, et pour avoir osé des analyses différentes à celles de l’actuelle direction du FFS, publiées dans la presse nationale, l’ancien Premier secrétaire national, Karim Tabbou et le représentant du FFS à l’étranger, Samir Bouakouir, vient d’être punis. Avec Ali Laskri, et après la déshonorante participation dans le scrutin du 10 mai contre l’avis de la base militante, il fallait s’attendre à de telles pratiques de la part de cette direction.

Le FFS et l’abandon de l’opposition

Pour ceux qui s’intéressent à l’actualité de ce parti, la lecture du quotidien El Watan d’hier (29 mai) et d’aujourd’hui (30 mai) est indispensable pour comprendre ce qui s’y déroule. Après la désolation et l’écœurement, on comprend que le FFS, par la hideuse voix de sa direction, réclame une place dans une alliance présidentielle – cela est d’autant plus plausible que le FFS n’a pas vraiment un programme. Le 29 mai, El Watan publie un entretien d’Ali Laskri. On le devine, l’entretien était accordé à Nadjia Bouaricha. Un mot d’abord sur celle-ci. Malgré ses qualités éminentes, eu égard au niveau dégradé de la presse algérienne, cette journaliste a un énorme défaut : elle déifie Hocine Ait-Ahmed, descendant d’un marabout qui veut ressusciter, comme Bouteflika, le maraboutisme en Algérie. C’est ainsi que le jour du scrutin législatif passé, le 10 mai, Nadjia Bouaricha invite les Algériens dans les colonnes d’El Watan, et à rebours de ses confrères, à participer dans les élections. Elle a écrit : «Participer et se risquer à se faire une nouvelle fois abuser par le pouvoir, mais avec la satisfaction d’avoir dit son mot, ou boycotter et rester en retrait de cet avenir commun qu’il nous faudra pourtant construire ensemble.» Comme Ait-Ahmed, elle trouve donc la participation meilleure que le boycott. Mais les Algériens, selon les chiffres du régime lui-même, ont boudé cet appel et celui du sénile Ait-Ahmed…

Normalisation du FFS : Ali Laskri quémande des postes au gouvernement

C’est donc à Bouaricha que Ali Laskri se confie toute honte bue avec ces termes : «La participation à un gouvernement est à mettre en corrélation avec une volonté et des mesures politiques». On ne peut plus clair : Laskri veut donner au régime des ministres ! Pitoyable. Il est étrange que l’entretien ne soit accompagné d’aucun commentaire par la journaliste. Il fallait attendre le lendemain. La page 2 d’El Watan est consacré entièrement au FFS, pourtant, on n’a pas jugé utile d’en soufflé mot à la Une, contraiemnt à celle d’hier où figure l’entretien d’Ali Laskri, bien que pestilentiel.

Aujourd’hui, en une page donc, la deuxième, un bon article de Hacen Ouali qui semble ne pas considérer Ait-Ahmed comme un «ilah» (dieu), une déclaration de Karim Tabbou et un entretien avec Samir Bouakouir. Qui dit mieux !

Quelques heures après, Ali Laskri réagit. Dans le site du FFS, que l’on a, par ailleurs, l’habitude de trouver en maintenance, deux communiqués signés Ali Laskri sont publiés.

Karim Tabbou suspendu de toute activité au sein du FFS

Le premier communiqué est à propos de Karim Tabbou. On peut lire : «DECISION : Le Premier secrétaire national, Ali Laskri a pris ce jour une mesure conservatoire de suspension de toute activité au sein et au nom du parti à l’encontre de M. Karim Tabbou, membre du Conseil national. Cette décision a été prise suite aux comportements et propos indignes qu’il a tenu publiquement contre le parti et ses instances. Conformément aux Statuts et chartes du parti, Karim Tabbou sera traduit et aura à répondre devant la Commission Nationale de Médiation et de Règlement des Conflits pour les fautes du 3e degré suivantes :
-Non-respect des fondements et objectifs, des statuts et chartes du parti.

-Dénigrement du parti, de ses militants et de ses dirigeants par des déclarations publiques et écrites.

-Refus volontaire d’exécuter les directives des instances du parti.

-Confiscation de documents du parti.

-Diffusion de rumeurs, dénigrement des cadres dirigeants.»

Dans la déclaration publiée par El Watan, Tabbou a écrit : «(…) au lendemain de la validation de la fraude par le Conseil constitutionnel, la direction du FFS, au lieu de dénoncer les marchandages et les arrangements du sérail, n’a pas trouvé de mieux que d’exprimer sa totale satisfaction. Un vrai militant du FFS ne peut accepter les pratiques de fraude et de corruption ; le FFS aurait marqué l’histoire politique de ce pays s’il avait refusé de prendre des sièges qui lui sont attribués en dehors du suffrage universel. A l’exception des sièges objets de recours sérieux et fondés (Boumerdès et Constantine), le reste n’est que bonus.»

En dessus de cela, Karim Tabbou affirme : «Sur un autre plan, au lieu de répondre aux doléances des militants et des cadres du parti qui demandent l’ouverture d’un débat transparent, au lieu de convoquer les instances habilitées à faire les évaluations nécessaires, la direction nationale procède par des méthodes de police en brandissant les menaces de radiation et de sanction contre toute voix discordante. Une véritable chasse à l’homme est prévue dans le parti, la finalité étant d’éjecter les militants et militantes cadres dont la radicalité de leur position envers le pouvoir est connue de tous. N’est-ce pas là un message en direction des ‘‘services’’ pour les assurer que le plan s’exécute ?»…

«Fin de mission» de Samir Bouakouir

Ainsi donc, avec Ali Laskri et son appareil, rester un opposant radical au régime algérien devient couteux au FFS. Et Karim Tabbou n’est pas le seul. Lorsqu’on termine la lecture d’un entretien de Samir Boukouir avec El Watan, on découvre, en visitant le site du FFS, que le secrétaire national Laskri a mis fin de mission au même Samir Boukouir.

Le communiqué est bref : «DECISION : Le Premier secrétaire national, Ali LASKRI a mis fin ce jour à la mission de M. Samir BOUAKOUIR en sa qualité de représentant du FFS à l’étranger.» Laskri tient à nous rappeler d’une chose : «M. Samir BOUAKOUIR a été nommé à ce poste par M. Ali LASKRI le 9 décembre 2011.» Pour dire : je te fais et je te défais comme je l’entends, ce qui aussi un message aux autres cadres de ce parti.

Dans l’entretien avec El Watan, M. Boukouir affirme que «Cette direction est empêtrée dans un accord secret qu’ils ont du mal à justifier auprès des militants et de l’opinion.» Voilà donc le pourquoi.
L’ex-sympathisant de ce parti que je suis trouve pénible cette trahison, car c’est de cela qu’il s’agit. Depuis le limogeage de Karim Tabbou par vidéo, le parti d’Ait-Ahmed devient encombrant, sans utilité.

Patron sénile, direction domestiquée, militants limogés… Que reste-t-il du FFS ?
Il faut dire que ni Karim Tabbou ni Samir Boukouir ne parlent vainement, sans fondement. Il est désormais clair pour tout observateur de l’actualité politique algérienne et celle du FFS que la normalisation de ce parti est en marche comme le laisse croire les propos pathétiques de Laskri avec Bouaricha.

La démocratisation du Monde arabe, semble-t-il, a des effets collatéraux malheureux. La dégénérescence actuelle du FFS, qui va, sauf miracle, finir par l’emporter, en est un.

Le FFS n’avait depuis sa création que la radicalité de son opposition au régime comme force d’attraction. Il ne faut pas se leurrer, ce parti n’a jamais eu et ne possède actuellement aucun programme politique et socio-économique. «Police politique», «régime illégitime» sont les propos les plus répétés par les dirigeants du FFS… Ayant récolté dans le scrutin du 10 mai moins de voix que le PT, le poids du parti d’Ait-Ahmed est, au demeurant, nul dans la société. Décidément, le FFS ne pourra survivre à Ait-Ahmed, déjà sénile. Douloureuse fin.

L. A. 30 05 2012


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Commentaire



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Displaying 1 Comments
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  1. Ait Amar dit :

    « J’ai vos dossiers et fichiers! », ainsi s’exclamait menaçant ce type exécrable, s’adressant à ses confrères. C’était dans la Brasserie Le Danton, dans le Quartier de l’Odéon, au Bd St Germain, à Paris VI°, dans le début des années 90 où bon nombre d’intellectuels et journalistes se sont réfugiés en France… On sait aussi que son père dirigeait les Archives départementales (de l’Oranie), « un poste sensible » attribué généralement et spécialement aux Agents du DRS. Tel père, tel fils !

    Ce texte pue l’intox et la désinformation….du DRS.

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