DzActiviste.info Publié le sam 22 Sep 2012

Désastre écologique, émeutes et arrestations arbitraires à ‘’ Madinate El-Hayat ‘’, Lakhdaria, Wilaya de Bouira

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Les gaz toxiques et les mauvaises odeurs, insupportables pout tout être humain, sont un cauchemar qui hante jusqu’aujourd’hui ‘’ Madinate El-Hayat ‘’, un village qui abrite plus de 8000 habitants, situé à 5 km à l’est de la commune de Lakhdaria, connue sous le nom de « Palestro », dans la wilaya de Bouira.
En effet, ce village a connu le plus long mouvement de protestation de son existence durant le mois de ramadan de l’année passée ( 2011 ).
 A ce moment là, les habitants étaient déterminés à en finir définitivement avec la décharge publique installée depuis 1984 aux zones limitrophes de l’agglomération et qui rend cauchemardesque leur vie, qui l’est déjà avec l’inexistence d’eau potable, la misère, les maladies liées aux gaz toxiques libérées par la décharge ,et le chômage.
Ce dernier, le chômage, qui persiste encore, malgré l’existence des deux entreprises nationales installées dans ce même village (ENAP et ENAD), la première pour la production de peinture et l’autre pour les produits de détergents.
Le mouvement a porté ses fruits quelques jours après, puisqu’un accord a été conclu entre les habitants et les autorités locales mettant fin définitivement à ladite décharge.
 Un accord suivi, le 25 août 2011, par un écrit et des signatures émanant du président, membres et élus de l’APC de Lakhdaria concrétisant ainsi le rêve de tout les habitants de ‘’Madinate El-Hayat ‘’ et celui d’un autre village non loin de ce dernier, répondant au nom de ‘’ Zbarbour ‘’. Il est inscrit dans cet écrit ,dont une copie nous a été confiée par le comité de village, que la décharge sera transférée dans un autre lieu-dit, Toukass. Un lieu qui répond d’après l’étude réalisée dans cette optique, aux conditions d’installation d’une décharge publique répondant aux normes requises.
Une année plus tard, plus précisément, le jeudi 13 septembre 2012 et sans préavis, les habitants de cette localité se sont réveillés sous le choc de revoir encore une autre fois, les camions d’ordure envoyés par la même APC en direction de la même décharge, enfreignant ainsi l’accord signé en 2011. Cela n’est pas tout, ces camions étaient protégés par un arsenal de membres des Services d’Ordre envoyés spécialement sur les lieux pour assurer l’accomplissement de cette mission.
Les habitants de ‘’ Madinate El-Hayat ‘’ qui se sont précipités sur le lieu pour  se renseigner auprès du commandant du groupe des Services d’Ordre, munis de l’écrit signé par l’APC de Lakhdaria, se sont vus brimés et chassés par ce dernier, qui leur a dit explicitement que la décharge doit impérativement continuer à recevoir les ordures malgré leur volonté, et que cela est un ordre qui doit être exécuté quelles que soient les conséquences.
La tension n’a pas tardé à monter et des émeutes se sont déclenchées entre les habitants et les services d’ordre. Les bombes-à-gaz ont causé un feu géant enflammant le dépôt d’ordures de peinture appartenant à l’usine ENAP, qui contenait malheureusement, des produits inflammables et toxiques causant ainsi un double drame pour les villageois.
Quatre personnes ont été interpellées par les Services d’Ordre puis libérées après avoir conclu un accord avec les habitants, les obligeant à aider les pompiers dans la résorption du feu dont ils sont responsables.
Pour les habitants, le dossier était clos et l’affaire était dans un tiroir. Sauf que, trois jours après, le dimanche 15 septembre 2012, les services d’ordres sont revenus encore une fois ; cette fois-ci, très tôt le matin, vers 07h00. Ils ont directement encerclé le village ,et ont  fermé la seule entrée et sortie de ‘’ Madinate El-Hayat ‘’.
Ils ont interpellé arbitrairement huit personnes, dont un professeur de lycée, libéré juste après, avant 08h00 du matin. (Les habitants de ce village nous ont déclaré que les arrestations ont commencé vers 07h15 du matin).
La nouvelle de la présence des Services d’Ordre, ainsi que l’interpellation des  huit personnes a vite gagné l’ensemble du village. De rudes émeutes se sont déclenchées du matin jusqu’à l’après midi. Les habitants nous ont même révélé que le directeur de l’ENAP à ouvert les portes de son entreprise aux Services d’Ordre afin qu’ils les utilisent comme bouc émissaire et qu’ils les attaquent de l’intérieur, car ils savent que les émeutiers ne pourraient jamais rebondir, de crainte que l’usine prenne feu. Selon leurs dires, cela constituera un danger pour leur vie et la survie de tout le village. Un site qu’ils ont même protégé lors des événements du 05 octobre 1988 et durant le printemps noir en 2001.
L’après midi, un groupe de sages du village s’est ingéré entre les deux camps et a réussi à calmer les esprits et à arrêter l’émeute.
Bilan, quelques blessés du coté des émeutiers alors que les sept personnes ont été conduites au niveau de la brigade de Lakhdaria. Deux jours après, et sur décision du Procureur,  le mineur Amine, a été relâché tandis que les autres ont été contraints de séjourner en détention provisoire jusqu’au jour du jugement fixé pour le mardi 25 septembre 2012 au niveau du tribunal de Lakhdaria.
Il s’agit là de :
1- Bilal KACED : interpellé alors qu’il était sorti pour accompagner sa sœur et ses petits frères à l’arrêt de bus
2-  Mohamed DJENNADI : Dépressif et ouvrier dans un chantier de construction. Interpellé alors qu’il était en route pour travailler
3- Smail TOUATI : Marié et travaillant à Tizi-Ouzou. Interpeloé alors qu’il était en route vers son travail
4- Mohamed HEMDAD : Ancien militaire, huit ans à la Marine Algérienne. Actuellement,  commerçant à El-Hamiz. Interpellé alors qu’il était en route vers Alger.
5-  Kamel GACI : Ancien élu de l’APC de Lakhdaria. Il était allé montrer l’écrit aux services d’ordre et interpellé juste à son arrivée
6-  Amine BOUDJEDRA : Lycéen et mineur. il était allé s’inscrire pour la nouvelle rentrée scolaire et interpellé juste à son arrivée aux services d’ordre. Libéré 02 jours après son interpellation mais il passera tout de même à la barre, le jour du  jugement
7-  Sid Ali BENNARI : interpellé à 2 km du lieu de l’émeute.
Les habitants du village ‘’ Madinate El-Hayat ‘’  nous ont déclaré que les interpellations survenues avaient pour objectif de mettre la pression sur les habitants et faire du chantage pour qu’ils cèdent sur le projet de la décharge.  
Les habitants du village ‘’ Madinate El-Hayat ‘’  dénoncent fermement l’abus des autorités, d’abord vis-à-vis de l’accord signé, décrétant la fin de l’usage de ladite décharge,  ainsi que de  leur statut de citoyen. Selon eux, ce qui s’est passé et ce qu’ils ont enduré durant ces derniers jours est une HOGRA ,et une preuve qu’ils ne sont aux yeux de l’Etat Algérien, qu’un chiffre qu’ils peuvent prendre ou non en compte lors des différents recensements.
Ils lancent un appel aux écologistes, militants des droits de l’Homme ainsi qu’aux autorités, pour leur venir en aide en urgence afin de stopper ce désastre écologique et acquitter les  sept personnes qui vont comparaître ce mardi 25 septembre 2012 au  tribunal de Lakhdaria.
 « Soyons tous solidaire avec eux »


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