DzActiviste.info Publié le jeu 13 Mar 2014

Deux perquisitions en 24 heures dans ses locaux, Ecran noir pour Al Atlas TV (source El Watan DZ)

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Deux perquisitions en 24 heures dans ses locaux, Ecran noir pour Al Atlas TV (source El Watan DZ)

Le premier responsable de la chaîne est formel : la ligne éditoriale du média, franchement critique à l’égard du pouvoir, est à l’origine des intimidations actuelles. Une nouvelle perquisition a eu lieu hier dans les locaux de la chaîne de télévision Al Atlas TV qui a aussi cessé d’émettre.

Cette deuxième perquisition, en l’espace de 24 heures, a été effectuée par des agents de la police et de la gendarmerie accompagnés du procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed. «Ils ont pris tout le matériel», dit, désespéré, le directeur Hichem Bouallouche. Cette chaîne de droit privé émettait jusqu’alors comme toutes les chaînes privées algériennes à partir de l’étranger. La perquisition n’a pas été la seule démonstration de force des autorités, puisque la chaîne est aujourd’hui dans l’incapacité d’émettre. Al Atlas TV a, en effet, cessé de diffuser ses programmes depuis hier, et ce, contre la volonté de ses propriétaires. «Le responsable de Nordsat m’a appelé pour me dire qu’il a reçu des pressions de son gouvernement pour cesser la diffusion de la chaîne Al Atlas TV», affirme Hichem Bouallouche. La chaîne Al Atlas émettait, pour rappel, à partir de la Jordanie. Les autorités algériennes auraient-elles donc demandé au gouvernement jordanien de sévir contre la chaîne ? Une question que nous avons voulu poser aux services du ministre de la Communication, mais nos tentatives pour les joindre ont été vaines. Qu’est-il donc reproché à cette télévision qu’on oblige à la fermeture sans que le motif ne soit identifié et que des perquisitions soient effectuées sous le couvert d’une mystérieuse enquête ? «L’ordre de perquisition n’est pas clair. Il est juste mentionné ‘‘perquisition des caméras qui ont fait des victimes’’ », affirmait M. Bouallouche à El Watan, mardi, jour de la première perquisition par 9 gendarmes. Hier, lors de la seconde «visite» des services de sécurité, les responsables de la chaîne n’ont pas été informés du réel motif de l’enquête ouverte par la justice. «On nous a à peine montré le mandat de loin», nous dit le même responsable. Ce dernier est formel, ce qui est reproché à la chaîne «c’est sa ligne éditoriale». «Nous avons fait l’objet de plusieurs menaces depuis quelque temps, et là, ils passent à l’acte», note M. Bouallouche qui s’interroge sur l’objet d’une perquisition parallèle à celle effectuée dans les locaux de la chaîne, et qui a concerné des studios appartenant à son frère et non pas à Al Atlas TV. «Les gendarmes ont saisi des caméras ne nous appartenant pas», indique Hichem Bouallouche. Selon le directeur de l’information de la même chaîne, Hafnaoui Ghoul, interrogé par l’AFP, «la ligne éditoriale dérange le pouvoir. Notre chaîne dénonce régulièrement sa politique actuelle ». M. Ghoul, qui dénonce «une vengeance des autorités après des émissions très critiques diffusées dans la perspective de l’élection présidentielle du 17 avril», indique que les gendarmes ont mis sous scellés des studios à Baba Ali. N. B. Vives réactions nationales et internationales La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), Reporters sans frontières et le staff de campagne de Ali Benfl is ont vivement réagi à la perquisition des locaux d’Al Atlas TV. LADDH a rendu public, hier, un communiqué dénonçant «des atteintes à la liberté d’expression et appelle à la suppression de l’état d’urgence de fait imposé par le pouvoir à l’encontre de l’exercice des libertés individuelles et collectives». Le même communiqué souligne : «Nous ignorons tout comme les dirigeants de la chaîne Al Atlas les faits qui leur sont reprochés ainsi que les auteurs d’une éventuelle plainte. La LADDH considère que seul un organe de régulation tel que prévu par la loi sur l’audiovisuel est légalement habilité à examiner les éventuels manquements aux règles édictées par ladite loi.» Elle affirme rester «solidaire des journalistes pour l’exercice du droit à l’information et des libertés». La direction de campagne du candidat Ali Benflis a, pour sa part, qualifié ces perquisitions de «faits d’une extrême gravité». «Le candidat Ali Benflis dénonce avec vigueur cette atteinte grave à la liberté d’expression et cette nouvelle tentative de saper les fondements d’un pluralisme médiatique balbutiant dans notre pays et qui menacent davantage le droit du citoyen à l’information», note le communiqué de la direction de campagne. Ce dernier ajoute que «cette action d’intimidation s’inscrit malheureusement dans un climat délétère qui fait planer de sérieuses suspicions sur la transparence et la régularité du prochain scrutin présidentiel». RSF dénonce, de son côté, cette perquisition qualifiée d’«arbitraire». «Nous condamnons fermement cette perquisition et la mise sous scellés des studios d’Al Atlas TV sans motif valable. De telles mesures arbitraires constituent une atteinte grave à la liberté de l’information ainsi qu’un précédent inquiétant. Nous exhortons les autorités à restituer à la chaîne l’intégralité du matériel saisi et à lever la mise sous scellés des studios. Toute procédure judiciaire éventuelle doit être abandonnée», a dénoncé cette ONG dans une déclaration publique.


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