DzActiviste.info Publié le dim 14 Juil 2013

Discussion à bâtons rompus entre Addi Lahouari et Yazid Zerhouni.

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ZERHOUNI4Cette discussion a eu lieu lors d’une conférence organisée il y a quelques mois à Oran par le CRASC et se rapportant à la violence urbaine. Au cours du repas, le hasard a voulu que le Pr Addi se retrouve à la même table et face à Zerhouni.

Il rapporte sur son blog cette discussion. http://lahouari-addi.blogspot.fr/2013/06/reponse-el-hadi-chalabi.html#more

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Yazid Zerhouni : Alors M. Addi, où en êtes-vous avec la théorie de la régression féconde ?
Moi : M. le ministre, si les décideurs m’avaient écouté au sujet de la régression féconde, aujourd’hui appliquée en Tunisie et en Egypte, nous aurions épargné des dizaines de milliers de vies humaines, nous aurions évité la disparition de milliers de personnes, et nous n’aurions pas aujourd’hui la méfiance qu’ont les Algériens vis-à-vis de leur armée et de leurs forces de sécurité.
Y. Zerhouni : Pourquoi vous n’aviez pas écrit auparavant ces conséquences ?
Moi : L’article sur la régression féconde est paru le 4 ou le 5 janvier dans El Watan et vous avez opéré le coup d’Etat le 11 janvier.
Y. Z. : L’annulation des élections a été décidée dès lors qu’il avait été constaté qu’il y avait eu fraudes massives.
Moi : L’annulation a eu lieu parce que le commandement militaire ne s’attendait pas à ce que le FIS remporte les élections. Et puis il n’y avait pas de volonté politique de changer de régime. Les généraux pensaient manipuler les islamistes, les démocrates, les laïcs…dans un multipartisme de façade. La preuve est le refus du scrutin à la proportionnelle. En 1992, le FIS aurait eu 35% de l’Assemblée Nationale et il aurait été obligé de faire une coalition avec le FLN ou le FFS pour gouverner.
Y. Z. : Le problème de l’Algérie, c’est qu’il n’y a pas délites politiques compétentes.
Moi : Vous refusez l’émergence d’une élite politique et vous vous plaignez de l’absence d’élite ?
Y. Z. : Nous ne refusons pas l’émergence d’une élite. Regardez les maires. Ils ont tous les moyens mais ils ne font pas leur travail.
Moi : Vous choisissez des candidats apolitiques qui font de la politique un moyen d’ascension sociale et d’enrichissement personnel et vous vous plaignez.
Y. Z. : Ce sont les partis qui choisissent les candidats, ce n’est pas l’administration d’Etat.
Moi : C’est vrai, mais ce sont des partis du régime et ils n’attirent que des individus sans grande moralité publique et qui veulent s’enrichir par les fonctions électives.
Y. Z. : C’est votre point de vue et il est loin de la réalité du terrain. Diriger un pays jeune n’est pas facile, surtout qu’à l’indépendance, il y avait 90% d’analphabètes.
Moi : Le problème n’est pas l’analphabétisme, car ces analphabètes ont rejoint et soutenu l’ALN pour libérer le pays. Le problème, c’est que le pouvoir exécutif n’accepte pas les corps intermédiaires et refuse l’autonomie de la presse, du pouvoir municipal, du pouvoir judiciaire, syndical, législatif, etc. Cela a conduit à la rupture entre la société et l’Etat et à des élites artificielles peu représentatives de la population.
Y. Z. : Ce n’est pas vrai. Pour les maires, pour prendre un exemple, nous avons mis tous les moyens à leur disposition, mais ils ne les ont pas exploités.
Moi : Ce n’est pas une question de moyens mais plutôt d’autonomie et d’autorité. Dans les grandes villes, les gens connaissent le nom du wali mais pas celui du maire. C’est parce que le chef de daïra ou le wali a plus d’autorité que le maire. Pourtant l’un est fonctionnaire de l’Etat et l’autre est le 1er magistrat de la ville. Il y a deux ou trois ans, vous-mêmes, vous avez signé une circulaire qui donne plus de pouvoir au secrétaire général de la mairie au détriment du maire. Avant vous, c’était Boumédiène qui, en 1967, avait modifié le code municipal pour faire du maire un fonctionnaire de l’Etat et non un élu des habitants de la commune.
Y. Z. : La circulaire que j’avais signée donne plus de prérogatives aux maires que par le passé.
Moi : C’est votre lecture, pas celle de la presse de l’époque qui avait critiqué la circulaire.
L’échange verbal avait pris fin après le déjeuner et, avant de quitter les lieux, Y. Zerhouni me dit en aparté : « Vous avez enlevé la queue de cheval que vous portiez ? ».  « Je n’ai jamais porté de queue de cheval, j’ai répondu. Mais je sais pourquoi vous dites cela. Vous considérez les intellectuels comme des efféminés. Vous êtes comme les généraux de votre génération qui considèrent que l’ignorance est un signe de virilité. Et dire que vous avez dirigé ce pays ». Pauvre pays !
C’est ainsi que s’est terminé cet échange verbal irréel auquel ont assisté bouche bée les participants à la journée d’études sur la violence urbaine. Y. Zerhouni est parti contrarié après avoir passé un mauvais quart d’heure.


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