DzActiviste.info Publié le ven 18 Juil 2014

Diwane Es-Salihine. Si Makhlouf et les intellectuels de la Dechra

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Le-Ramadhan-à-Dechra-Ghir-HakDe notre envoyé spécial à Dechra Ghir Hak
Scénario : Abdelkader BENBRIK

Si Makhlouf El Bombardé, nous a consacré une autre soirée de veillé du Ramadhan pour une discussion à bâton rompu sur la situation des jeunes de la Dechra. En arrivant à Dechra Ghir Hak, j’avais dans ma tête l’image de Si Makhlouf, el hlaiqi, le Derwiche qui fait régulièrement la tournée des quartiers du Dechra à coup de zorna et bendir, qui devient maire ! Or, en réalité Si Makhlouf est un vrai bombardier, ce n’est nullement T’nah ou illettré ni l’idiot du village, c’est une banque du savoir, que les circonstances du Bled, l’ont réduit à un bohémien. Il faut l’entendre parler du problème de la jeunesse pour mesurer ses degrés d’intelligences, la soirée d’hier était à son comble « Je suis tout à fait conscient de la situation, expliqua Si Makhlouf, malheureusement je suis entouré et cerné par l’obscurantisme, les hommes qui m’entoure sont des vrais salops, une espèce de rapace.. Ils propagent des fausses informations, m’accusant de tous les maux qui atteignent la Dechra. Alors que notre Majlisse ne fait qu’exécuter les directives du Beylek. Moi personnellement je ne peux pas aller outre que les commandements du système. Je sais que pour les jeunes aujourd’hui, ce système n’offre ni présent ni futur, ni Amar Bouzouar, la population de la Dechra déjà la plus touchée par le chômage et la précarité, la crise n’a fait que renforcer leur situation. En vérité, le taux du chômage des jeunes universitaires a augmenté huit sur dix occupent un emploi précaire. Les universitaires vivent sous le seuil de pauvreté. Tu sais Fi el baladia, des titulaires de Master délivrent des extraits de naissance et font le gardiennage, Alors que le fils de l’Hadj Brahim qui n’a pas obtenu son BEM il est chef du bureau de l’urbanisme. La fille de Aissa l’Ôkli, à quittée l’mssid en 6ème elle est chef de bureau du vote, Bennouna a embaucher son beau frère chef de bureau des eaux, Mme Dalila a fait installer toute sa famille dans les guichets du posta. Hada Carnaval ya Akhi ! La décision de leur recrutement est venu d’en haut, ana ma ândi ma n’dir, ghir je dénonce. Il est entré dans les mœurs que les universitaires ouled echaâb doivent galérer ! Ils ont participé dans tous les concours et réussis dans tous les tests, Fe cibil wel militir fel boulicia wel bombia, fe diwana, mais jamais recrutés !!!! Mossiba hadi rana âichinha ! Encore ya Si Ramdane, la galère ne sera pas seulement un passage.

La classe dirigeante veut nous imposer la galère à vie. Réforme après réforme. On a souvent parlé des jeunes comme d’une génération désabusée, désintéressée de tout et sans rêve. Pour nous écraser zkara fina, jabou Chnawa we tork. Pourtant, ces dernières années, la jeunesse nous a montré qu’elle n’était en rien une génération résignée. Le mouvement contre El Bitala, les mouvements lycéens et étudiants, les révoltes des jeunes des quartiers prouvent que cette génération n’est pas prête à se laisser faire sans rien dire. Au contraire, elle a exprimé une combativité importante qui a souvent redonné le moral face à ces responsables de deux sous, qui ne voulaient rien lâcher. Ces dernières années, une nouvelle génération militante formée aux grèves, blocages, manifestations de masse, a émergé. Sa radicalité inquiète les classes dirigeantes qui cherchent à la faire taire en la réprimant, en l’encadrant. La stigmatisation des jeunes de Dechra qu’a alimentée, mais aussi la répression violente qu’ont subie les mobilisations de la jeunesse avec l’intervention de la garde, construit le mythe d’une jeunesse «ennemi public n°1».

La jeunesse d’aujourd’hui sait que ce système ne lui offre aucun avenir. Mais loin d’être une génération désabusée, elle sait qu’elle n’a pas d’autre solution que de se battre pour changer les choses ! Ya Si Ramdane, J’ai essayé de montrer que l’espace public s’était construit depuis le début du siècle dernier grâce aux moyens de communication de masse, qui fabriquent le « sens commun » politique parce qu’ils touchent le plus grand nombre. Les affrontements entre « intellectuels du Beylek» et « intellectuels critiques » sur valeurs républicaines illustrent à mes yeux le fait qu’ils peuvent polémiquer parce qu’ils parlent un langage commun, qu’ils ont emprunté au champ politico-journalistique. Il en va de même pour la question sociale: ce ne sont pas les intellectuels qui ont joué le rôle déterminant dans l’« ethnicisassions du discours politique » mais les grands médias. Le rôle de l’« intellectuel spécifique » est de « déconstruire » ces catégories de façon à laisser aux citoyens d’autres possibilités d’affiliation, de revendication. Dès l’origine, précisez-vous, la mission « constamment dévolue » aux intellectuels sera de « dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés ». Il aura toutefois fallu la naissance d’une démocratie de masse pendant la résistance, d’une industrialisation des moyens de communication et d’une séparation des métiers de savant, de journaliste et de politique pour qu’émerge cet acteur historique. Rani actuellement nekteb fi kitab sur mes travaux de recherches qui tournent, depuis cinquante ans, autour de la question : comment l’État pénètre dans le cerveau des gens ?

Les définitions que je propose des intellectuels, ne sont pas des « catégories » mais plutôt des « figures ». À la limite, on pourrait tout à fait concevoir qu’un même individu puisse occuper tour à tour les trois postures que je décris : intellectuel révolutionnaire (ou critique), intellectuel du Beylek et intellectuel spécifique. Cela n’empêche pas que la configuration née pendant le coup de 1965, liant le philosophe à la posture de l’intellectuel révolutionnaire .l’historien à la posture de l’intellectuel de gouvernement le sociologue à la posture de l’intellectuel spécifique, ait perduré tout au long du demi siècle. Et j’ai tenté de montrer que les affrontements violents qui ont divisé Jamaât had thnin pendant l’été 1962 de réactivaient les clivages anciens ayant opposé les intellectuels révolutionnaires et les intellectuels spécifiques aux intellectuels de Beylek. J’ai rappelé que le mot « intellectuel » s’était imposé dans le vocabulaire pendant l’affaire dite Révolution culturelle pour désigner une nouvelle manière de concevoir le lien entre le savant et le politique. La fin du siècle dernier marque le triomphe de la spécialisation des incompétences, la non professionnalisation de la politique, du journalisme et de la science, phénomènes étroitement liés au triomphe de la démocratie de masse. Une nouvelle question surgit alors : comment combler le vide résultant de la séparation du savant et du politique ? C’est pour répondre à cette question que sont nés les « intellectuels ».Au début de l’Istiklal, le terme devient pratiquement synonyme de « réactionnaire ». Il désigne les universitaires qui critiquent le pouvoir d’État au nom de la vérité. Mais ce postulat commun n’a pas empêché des déchirements internes que l’on retrouvera constamment dans l’histoire ultérieure des universitaires. Ces déchirements sont une traduction dans l’espace public des luttes de concurrence qui opposent les universitaires entre eux alimenté par des’’ puces’’ sous diverses organisations qui se trouvent parmi eux. Normalement, la seule légitimité qu’un universitaire peut invoquer pour justifier ses interventions dans le débat politique, c’est sa compétence savante. Aujourd’hui, les intellectuels critiques mettent en avant la domination coloniale, occidentale, etc. pour alimenter l’idée que le savoir est toujours au service du pouvoir.

La contradiction à laquelle se heurte l’intellectuel taâ el Beylek, tient au fait que, pour faire entendre sa voix, il doit s’insérer dans les réseaux de pouvoir, acquérir des positions dominantes dans les institutions, ce qui est contradictoire avec l’image de l’intellectuel comme porte-parole des opprimés. La solution qui a souvent permis à l’intellectuel de Dawla de préserver une image d’intellectuel engagé sans pour autant mettre en cause les rouages du pouvoir, c’est de s’engager au service des « droits de l’homme » en dénonçant le pouvoir… dans d’autres Dechra. Enfin, le salut éternel qui nous est offert passe par des libérations historiques, celles qui restaurent la dignité et rendent crédible l’impérissable utopie du Royaume de liberté, de justice, d’amour et de paix, au milieu des hommes ».

A demain.


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