DzActiviste.info Publié le sam 17 Août 2013

Djilali Hadjadj revient sur l’affaire Khelil « Il y a des luttes de clans entre le DRS et l’entourage de Bouteflika »

Partager

djilali-hadjadjPropos recueillis par Hadjer Guenanfa
TSA 17 08 2013

Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC), lie le mandat d’arrêt international lancé contre Chakib Khelil à des luttes de clans entre le DRS et l’entourage de Bouteflika. Son association compte dévoiler de nouvelles affaires de corruption.

Vous avez jugé peu crédible le lancement du mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil. Pourquoi ?

La justice algérienne, depuis l’indépendance et particulièrement ces dernières années, ne nous a jamais habitués à faire preuve d’indépendance et de compétence. Ce n’est donc pas avec une déclaration à la presse qu’un procureur général va nous faire croire que la justice est indépendante et qu’elle a décidé d’ouvrir un certain nombre de dossiers.

Aujourd’hui, nous savons que les magistrats italiens ont un dossier assez complet et qui est presque en voie d’être bouclé en termes d’instruction. Et que contrairement à ce que déclare le procureur général d’Alger, la justice algérienne ne collabore pas beaucoup. Les commissions rogatoires envoyées par les Suisses et les Italiens auprès de leurs collègues algériens n’ont pas eu les réponses espérées ou attendues. L’association a des informations sûres et vérifiées émanant des magistrats suisses et italiens indiquant que la collaboration des juges algériens est extrêmement insuffisante.

Dans le cadre de l’affaire SNC-Lavalin, par exemple, les juges suisses ont proposé à leurs homologues algériens de venir auditionner l’ancien vice-président de SNC-Lavalin qui est en prison à Genève, et qui était en fonction au moment où des contrats ont été attribués par l’Algérie à ce groupe. C’était une opportunité extraordinaire. Mais, les juges algériens n’ont pas donné suite. Quand la gendarmerie royale canadienne, qui enquête sur l’affaire, a demandé à auditionner ce responsable, les juges suisses ont répondu favorablement dans la semaine.

Les juges italiens et suisses ont également évoqué un sérieux problème de compétence de leurs homologues algériens par rapport à ces affaires qui sont extrêmement complexes. Ils ont notamment évoqué des commissions rogatoires très mal ficelées, très mal rédigées, et des informations demandées qui manquent totalement de précisions.

Quelle lecture faites-vous, alors, de la procédure judiciaire en cours contre l’ancien ministre de l’Énergie ?

Il ne faudrait pas qu’on soit dupes ! S’il y avait une justice indépendante, Chakib Khelil aurait été convoqué depuis 2010. Cela fait partie des luttes de clans, entre le DRS et l’entourage de Bouteflika, dans la perspective de 2014. Nous sommes malheureusement habitués à cela. Les déclarations à la presse de Chakib Khelil et le communiqué de Farouk Ksentini font d’ailleurs partie d’une contre-offensive du clan présidentiel pour essayer de minimiser les propos du procureur général d’Alger. M. Ksentini s’est exprimé en tant que président de la Commission consultative de la promotion et de la protection des droits de l’Homme. Il a porté des critiques, non pas en tant qu’avocat mais en tant que président de la commission, sur les propos du procureur général d’Alger. À aucun moment, il ne dit que la corruption est une atteinte aux droits de l’Homme. Il dit que le dossier doit être transféré à la Cour suprême. On sait très bien que la Cour suprême est le cimetière des affaires de corruption où sont entassés des personnages très proches du président.

En fait, nous sommes toujours en face du même pouvoir en Algérie. En tant qu’association, cette lutte ne nous concerne pas directement. Car elle peut très bien se terminer dans un ou deux mois par un accord et toutes ces affaires seront ainsi enterrées. Ce qui nous intéresse, c’est que ces affaires puissent aller le plus loin possible au niveau des justices des pays concernés. Nous ne nous faisons pas trop d’illusions sur la justice algérienne, sur son indépendance et sa compétence.

Vous ne croyez pas non plus à une réelle volonté du DRS pour lutter contre la corruption ?

Pas du tout ! Sur le plan de la loi, il est habilité à faire des enquêtes à partir du moment où il dispose d’un service de police judiciaire qui est reconnu légalement et qui est réglementé et à partir du moment où ces enquêtes sont menées sous l’autorité d’un juge. Mais nous aurions souhaité que le DRS ne soit pas habilité à mener ce type d’enquête puisqu’il ne s’agit pas d’une institution de sécurité qui fonctionne selon un minimum de transparence.

Vous avez évoqué des pressions algériennes sur les Italiens. De quoi s’agit-il ?

Nous avons des informations indiquant que le clan présidentiel, à travers ses différents relais nationaux et internationaux, est en train de faire pression sur le gouvernement et les entreprises italiens pour essayer d’interrompre ou de freiner les enquêtes judiciaires en exerçant une sorte de chantage : soit vous arrêtez les enquêtes, soit nous arrêtons les projets et on ne donne plus de marchés. Et cet exercice du chantage est une technique assez ancienne du pouvoir algérien.

Votre association menace de révéler d’autres affaires de corruption. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il s’agit d’informations que nous sommes en train de vérifier et de recouper et que nous donnerons en temps utile. Elles concernent les nouvelles retombées de l’affaire SNC-Lavalin et d’autres affaires entre l’Algérie et l’Espagne. Il s’agit de la commercialisation du gaz, l’affaire du gazoduc et des contrats avec des firmes espagnoles. Nous avons des informations sur des intermédiaires internationaux qui auraient manœuvré pour obtenir des pots-de-vin. Le roi d’Espagne a effectué une visite officielle en Algérie en 2007. Il était accompagné de plusieurs ministres et de plusieurs dizaines de chefs d’entreprises espagnoles. Ce qui est normal. Ce qui ne l’est pas, c’est que dans la délégation, il y avait une intermédiaire européenne, très proche du roi, qui avait déjà approché des officiels algériens pour faciliter l’octroi de marchés à des entreprises espagnoles.


Nombre de lectures: 1611 Views
Embed This

Commentaire



Laisser un commentaire

Displaying 1 Comments
Participer à la discussion

Laisser un commentaire

XHTML: You can use these html tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>