DzActiviste.info Publié le lun 3 Fév 2014

Dossier sur la problématique du Gaz De Schiste, par Mehdi BSIKRI, El Watan, 02/02/2014

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Exploitation du gaz de schiste

Les craintes des agriculteurs du Sud

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Les eaux des nappes phréatiques n’étant pas renouvelables , l’exploitation du gaz de schiste provoque des dégâts considérables.

La nouvelle mouture de la loi sur les hydrocarbures, amendée en janvier 2013 et publiée au Journal officiel le mois de février suivant, ouvre la voie à l’exploitation de gaz de schiste. Avant et après l’adoption des nouveaux articles, des voix se sont élevées pour dénoncer l’aventurisme du pouvoir. Menaces de pollution des eaux souterraines, aucune rentabilité économique, larges concessions qui seront accordées aux multinationales ect., autant d’arguments avancés par les opposants à cette exploitation. Quant aux agriculteurs du pays, une poignée d’entre eux exigent des garanties ou, tout simplement, que le gouvernement abandonne la perspective d’exploiter les énergies fossiles non conventionnelles.
Dans les régions du Touat et du Gourara, au sud-ouest du pays, l’eau, la terre et les fortes chaleurs ont été dominées par des hommes, qui ont mis leur ingéniosité au service de l’agriculture.

«Le projet d’exploitation de gaz de schiste, décidé par le gouvernement, met en péril l’agriculture dans le Sahara», estime H’med, résidant à Alger et dont le père est propriétaire d’une centaine de palmiers à Timimoun. Après des recherches approfondies, et des consultations diverses sur le Net, il affirme que «la technique de fracturation hydraulique, le seul procédé existant à ce jour pour permettre aux pores de gaz de schiste de s’échapper de la roche de mer, représente le plus grand danger sur les nappes phréatiques et albienne, l’un des plus grands réservoirs d’eau douce dans le monde». H’med n’est pas le seul à mettre en relief ces craintes. Des agriculteurs dans le Sud mesurent le danger qui les guette. Ils cherchent des canaux pour porter leurs voix. Ils veulent que leur souci soit soulevé dans la sphère publique.
Menaces de pollution sur les nappes

Dans le Gourara, les oasis sont alimentées par un système d’irrigation qui fonctionne depuis des millénaires, les foggaras. Les populations les ont, depuis des siècles, entretenues. Dessiner des routes d’acheminement d’eau depuis les nappes et des sources des montagnes de l’Atlas saharien n’a pas été une vaine entreprise pour les premiers occupants de la région. Au fil des siècles donc, et avec l’apport d’une main-d’œuvre originaire de l’ancien Soudan (actuels Mali, Niger, Tchad, Sénégal), les Zénètes, peuple amazigh, ont pu permettre l’émergence d’une vie dans un environnement très austère. En construisant les foggaras, les palmeraies ne manquent pas d’eau. Des cultures maraîchères ont également été développées pour permettre aux villageois de vivre de leur production. Ils ont acquis une entière indépendance vis-à-vis des grandes villes de l’Afrique du Nord. L’autosuffisance alimentaire était assurée.

A Timimoun, la capitale du Gourara, les indécis quant à l’exploitation de gaz de schiste essayent de sensibiliser les populations, les agriculteurs particulièrement. Ils veulent que les autorités se rétractent. Ils rappellent que seule l’eau permet la vie dans ce désert.
En contaminant les nappes phréatiques et albiennes à cause de l’utilisation de centaines de produits chimiques, ils craignent de fâcheuses conséquences sur le tissu social de tout le Grand-Sud. Ali, un ex-cadre dans le secteur du tourisme à Timimoun, est de ceux qui s’opposent à l’exploitation de gaz de schiste dans le Sud algérien, et même ailleurs. «Le gouvernement ne donne aucune garantie. L’exploitation de gaz de schiste est destructrice pour l’environnement. Grâce à internet, nous constatons les dégâts enregistrés en Pennsylvanie aux Etats-Unis.

Les entreprises exploitant cette source fossile ont causé des malheurs à leur propre population. En Pologne, des agriculteurs ont perdu leur terre fertile. Nous ne voulons pas que ce massacre se reproduise chez nous. Si le gouvernement persiste dans cette optique, on peut dire que ce sera la fin pour le tourisme et l’agriculture dans notre région.» Le procédé d’exploitation de gaz de schiste a effectivement commis des dégâts irréversibles. A la différence des Etats-Unis, qui possèdent des eaux de surface considérables, les eaux des nappes phréatiques et albiennes en Algérie ne sont pas renouvelables. Cette ressource hydrique est le résultat de l’accumulation, depuis des milliers d’années, des eaux pluviales. Aujourd’hui, la  pluviométrie dans le désert est quasi insignifiante. Dans les régions du Touat et du Gourara, les habitants ne connaissent la pluie qu’une fois tous les cinq ans.

En déambulant dans les palmeraies et les dchour (villages) de la région de Timimoun, le visiteur est ébahi par la beauté des lieux. Si Timimoun est considérée comme la perle du Sud, il est certain qu’elle n’a pas volé son nom. Outre la magnificence des sites touristiques, l’agriculture donne un cachet édénique. S’ajoute à la phœniciculture, les légumes comme les tomates, les choux-fleurs, le piment, la coriandre, les carottes, et autres légumineux sont récoltés dans ces oasis.
Manque de communication

L’eau sillonne les seguias (conduite d’irrigation). Dans chaque oasis, elle est acheminée vers la multitude des jardins. Elle provient principalement du plateau de Tadmaït, comme l’explique Moussa, un ancien hydraulicien aujourd’hui à la retraite. «Les maîtres de la foggara ont inventé, dans les temps anciens, un système pour ramener l’eau des profondeurs. Une fois à l’entrée des palmeraies, l’eau est équitablement distribuée grâce à la kassria (répartiteur). C’est une sorte de plateforme qui garantit à tout agriculteur de bénéficier d’un débit d’eau nécessaire pour sa culture.» Pour Kamel, un agriculteur du village Ouled Saïd, c’est le grand regret et l’étonnement. «Si nos ancêtres ont mis tout leur savoir-faire pour permettre à nos oasis de profiter d’une eau douce, pourquoi les dirigeants du pays veulent exploiter une source d’énergie qui risque de nous appauvrir et de nous contraindre à quitter nos villages ?»

Cette consternation est partagée par un agriculteur de Ougrout, une autre oasis, située à mi-chemin entre Timimoun et Adrar. «Une fois, mon fils m’a rapporté un article de presse qui m’a beaucoup fait peur. L’exploitation de gaz de schiste pollue les nappes. D’après ce que j’ai compris, l’utilisation de produits chimiques pour fracturer la roche afin de libérer le gaz emprisonné, pollue les eaux, puisque les forages réalisés traversent les nappes. Si tel est le cas, nous ne voulons pas de ce projet dans notre région, ni dans le pays, puisque ces produits chimiques se dispersent.»

Les propos de ces agriculteurs, sensibilisés par leurs proches ou par des militants, sont synonymes de coups de poing à ceux qui considèrent que les citoyens algériens sont ignorants, et qu’il est facile de les berner. Même si ce ne sont pas tous les agriculteurs qui sont au fait du dossier, la sensibilisation suit son cours.
Des alternatives existent

Mohamed travaille dans l’administration. Il suit de très près le sujet relatif à l’exploitation de gaz de schiste. Il est révolté contre le jusqu’au-boutisme du gouvernement, qui veut coûte que coûte entreprendre l’extraction d’hydrocarbures non conventionnels. «Il existe dans notre région des centaines d’oasis. Elles font travailler des milliers de personnes. Une fois les eaux des nappes polluées, cela signifiera la fin de l’agriculture. Que feront les habitants ? Il ne leur restera que l’exode. Ils ne pourront pas rester ici, puisque les produits chimiques utilisés dans la technique de fracturation peuvent provoquer des maladies, des cancers. L’eau ne sera plus potable. Donc, la seule solution, c’est de ne pas exploiter ce gaz de schiste, qui est désormais notre véritable cauchemar. Il existe des alternatives. Les eaux des nappes sont la véritable richesse de ce pays. Au lieu de cette exploitation, le gouvernement ferait mieux de multiplier les projets agricoles dans le Sahara. Cela créerait des postes d’emploi permanents et pourrait permettre au pays d’en finir avec les importations de denrées alimentaires. Cette eau est le véritable moteur de développement du pays.»  Dans la capitale du Touat, Adrar, les palmeraies se situent dans divers villages entourant le chef-lieu de la wilaya.

Dans les anciens ksour  (vieilles forteresses) les agriculteurs comptent beaucoup sur le dynamisme de Mohad Gasemi, le président du bureau régional de l’Association de promotion de l’activité agricole (APAA). A la différence des agriculteurs approchés, restés timides et craignant des représailles, même imaginaires, Mohad est résolu à militer avant qu’il ne soit trop tard, avec photos et vidéos à l’appui : «Le Gourara et le Touat, le M’zab et les Zibans sont connus pour avoir développé une agriculture durable et respectueuse de l’environnement, malgré des conditions climatiques très hostiles. Nos ancêtres ont développé dans la région d’Adrar des systèmes d’irrigation qui ont permis à toutes les populations de se nourrir grâce à leurs propres efforts. L’exploitation de gaz de schiste détruira tout ce trésor. Les produits chimiques qui seront utilisés dans la fracturation hydraulique pollueront toutes les nappes du pays, puisque les bassins hydriques sont interconnectés. Au lieu d’investir dans un projet destructeur, qui d’ailleurs n’est pas rentable économiquement, il serait plus judicieux d’investir dans les ressources humaines locales. Outre le tourisme, je ne vois que le secteur de l’agriculture à développer dans notre région, entre autres les céréales et le maïs. Avec le soleil régulier, et l’eau à profusion, les récoltes peuvent être triplées dans le pays.» Pour sa part, Ahmed, fils d’une famille d’agriculteurs, indique qu’aucun représentant du gouvernement ou de l’autorité locale n’a daigné venir expliquer le futur projet. Ils pensent (les dirigeants) que les habitants sont idiots. Il est vrai qu’il n’y pas une grande sensibilisation, mais il est certain que si tous les habitants apprennent les dangers de l’exploitation de gaz de schiste sur les nappes, le projet sera refusé. Je sais qu’un puits est en exploration à Sidi Youcef, à 15 km d’Adrar. Le jour où il y aura plusieurs puits, il est évident que les populations seront mécontentes, car on aura touché à leur principale ressource.»
Devant ce scepticisme, les agriculteurs du Gourara et du Touat espèrent la préservation des nappes, pour un avenir meilleur.

 

Les déclarations des officiels

Abdelamalek Sellal, Premier ministre, 1er octobre 2012

« L’Algérie ira vers l’exploitation des pétroles et gaz non conventionnels qui sont à de très grandes profondeurs et dont l’exploration et l’exploitation nécessitent de grands moyens et font appel à de hautes technologies»

 Youcef Yousfi, ministre de l’Energie et des Mines, 17 septembre 2013

« Nous sommes assez avancés pour proposer des projets concrets d’hydrocarbures non conventionnels (tight gas, shale gas et oil gas) ». « Nous avons déjà identifié des blocs pour l’exploration des shale gas (gaz de schiste) et nous avons demandé conformément à la loi sur les hydrocarbures, les accords nécessaires pour le lancement de ce type de projets »

 Hocine Necib, ministre des Ressources en eau, 27 décembre 2012

«Nous nous sommes concertés avec nos collègues du secteur de l’énergie qui nous ont indiqué que les gisements de gaz de schiste ciblés ne se situent pas dans les zones aquifères qui alimentent l’espace agricole et la population. Nos collègues de l’énergie nous ont donné des garanties que l’eau qui sera injectée pour l’extraction du gaz de schiste sera récupérée, recyclée, et réutilisée»

Sabrina Rahmani : « L’exploitation de gaz de schiste est nocive pour la santé »


Dans cet entretien, Dr Sabrina Rahmani, médecin spécialiste, explique comment l’exploitation de gaz de schiste peut être néfaste sur la santé publique. Elle met également en relief les risques de contamination des nappes phréatiques et albiennes.

Dans vos écrits, vous considérez l’exploitation de gaz de schiste dangereuse pour la santé. Pourquoi et comment?

L’exploitation des gaz de schiste est effectivement nocive pour la santé publique, car sont incriminés la toxicité des produits utilisés dans le fluide de fracturation (agents de soutènement, réducteurs de friction, surfactants, gélifiants, inhibiteurs de corrosion, antimousses…) dont certains sont cancérogènes (benzène, formaldéhyde, naphtalène…), neurotoxiques (aluminium, hexane, acrylamide, toluène, xylène…), ou toxiques pour la reproduction (acide borique, toluène).Certaines substances considérées comme des perturbateurs endocriniens sont également utilisées (phtalates, butoxyéthanol…) ». La toxicité de certains éléments naturels remontés en surfaces par les boues (métaux lourds, produits hautement radioactifs, bactéries anaérobies qui au contact de l’air produisent un gaz asphyxiant qui explique les oiseaux morts aux abords des gisements), en plus de la pollution de l’air. Les conclusions sur les expériences actuelles dans les pays qui ont fait le choix de l’exploitation des gaz de schiste sont alarmantes et unanimes quant à leur dangerosité.

Quelles sont vos références?

Dans la majorité des cas, les études épidémiologiques manquent de recul (études sanitaires non systématiques et ou trop récentes, manque de transparence des sociétés exploitant les gisements sur la nature et la concentration des produits chimiques ajoutés a l’eau de fracturation). Néanmoins, aucunes de ces études ne remet en question le danger réel de l’exploitation des gaz de schistes sur la santé. Ce ne sont pas les publications qui manquent. J’en citerai particulièrement une, celle de l’Association Toxicologie-Chimie (ATC-France), car synthétique et didactique pour les profanes que nous sommes. Dans son rapport publié en mai 2011, l’ATC signale que sur les 2 500 mélanges chimiques retrouvés dans les fluides de fracturation, plus de 650 contiendraient des produits potentiellement nocifs pour l’Humain (effet neurotoxique, hémato toxique, hépatotoxique, néphrotoxique, reprotoxique). Parmi ces derniers, 22 sont classés comme cancérogènes, dont certains sont à éliminer impérativement, car ils sembleraient être responsable d’effets irréversibles, comme le benzène, le formaldéhyde, l’oxyde d’éthylène. D’autres considérés comme préoccupants pour la santé devraient être remplacés par des produits moins toxiques.

C’est l’exemple des éthers de glycol, des composés du bore, des formamides. La population exposée comme les travailleurs sur les gisements et les riverains avec des pics de niveau de pollution au niveau des sites d’activité extractive. L’apparition de symptômes, troubles respiratoires, allergies, maux de tête, saignement de nez, spasmes musculaires, étourdissements, diarrhées ainsi que l’apparition de pelades et de décès prématurés de bétail et l’apparition surprenante de pluies d’oiseaux morts ont incités les services sanitaires à des analyses de l’air puis à des analyses de sang dans lesquels des taux largement supérieurs à la norme ont été signalés.

L’étude entreprise dans le Colorado, auprès de 5000 personnes vivant pour la plupart dans un rayon de 200m autour des puits, a conclu à une exposition significative aux polluants, à des impacts psychologiques (dépression, stress), et à des accidents. Les investigateurs ont proposé plus de 70 recommandations pour réduire ces impacts, mais le rapport n’a jamais été finalisé du fait que la société d’exploitation contestait les conclusions de ce rapport. L’exposition se fait en contact de l’air et de l’eau potable pollués. L’air est contaminé par évaporation des substances chimiques incorporées dans les liquides de diffraction au cours des différentes étapes d’exploitation des gisements. Sont retrouvés dans l’air des polluants atmosphériques divers, comme les hydrocarbures, NOx, SOx, O3, les particules variées. L’air est aussi contaminé par les torchères, par la fuite des gaz au niveau des sites d’extraction et lors de leur acheminement dans les pipelines. La voie principale de contamination par l’air est l’inhalation, mais la pénétration par la peau n’est pas à négligée pour certaines substances. Des accidents peuvent aussi survenir, comme les explosions (exemple : Pennsylvanie), et le déversement accidentels de produits chimiques hautement toxique.

Quelles seront les retombées négatives sur l’environnement?

L’impact est désastreux sur l’environnement. En Pennsylvanie, des forêts entières ont été dévastées et sont devenus des forêts fantômes en raison de la contamination des nappes phréatiques et à cause de la pollution de l’air. Dans le rapport de l’ACT figure la constatation suivante : « Les industries énergétiques majeures comme l’extraction des gaz et huiles de schiste ou hydrocarbures de roche-mère entraînent sur les communautés humaines un effet dénommé outre-atlantique « boom town ». Cet effet « boom town » conjugue les effets positifs (développement économique) et les effets négatifs sur la population (Institut National de la Santé Publique du Québec, novembre 2010). Aux Etats-Unis, dans ce contexte, les effets à long terme sur la qualité de la vie, la santé psychologique et sociale, sur les communautés peuplant les zones d’extraction de gaz ou huiles de schiste ou hydrocarbures de roche-mère sont selon les rares études disponibles globalement négatifs. Ce qui n’est certainement pas encourageant pour les futurs pays qui veulent entreprendre l’exploitation de gaz de schiste. Il faudrait au préalable, si l’exploitation est lancée, une commission indépendante pour le suivi du déroulement des explorations.

Comment expliquez-vous que ce débat sur les gaz de schistes ait suscité de l’intérêt dans la société civile algérienne?

Il est vrai que nous avons pris l’habitude de voir ce genre de sujet « stratégique » aux mains de spécialistes utilisant souvent un jargon incompréhensible et exclusif aux initiés. Néanmoins, il me semble que nous pouvons expliquer cet intérêt à deux niveaux. Le premier se situe à l’échelle internationale. Très vite, une communauté en état de vigilance s’est organisée. Rarement un sujet n’a été aussi rapidement fédérateur et nous pouvons parler de communauté internationale anti-exploitation des gaz de schiste. Même le pape a condamné récemment l’exploitation des gaz de schistes. De plus, si on regarde de plus prés, on comprend bien que cette histoire prend une tournure de mirage, puisque le désenchantement sur les gaz de schiste est déjà présent et on parle même d’une bulle spéculative notamment aux Etats-Unis. A l’échelle nationale, rien d’étonnant que l’on se pose des questions devant une décision aussi stratégique pour le pays et face aux échos non rassurants sur la question. Il serait plus judicieux de s’engager concrètement dans le mixte énergétique, donc plus sérieusement dans les énergies renouvelables (domaine dans lequel nous avons un retard inacceptable)  ainsi que dans les économies d’énergies.

Les puits d’exploitation de gaz de schiste se situeront dans le sud algérien et nous nous devons d’être vigilants quant à l’équilibre des écosystèmes. L’eau utilisée sera pompée de la nappe albienne, véritable trésor qui pourrait être salvateur après l’ère des énergies fossiles, sans compter les risques de sa contamination, notamment lorsqu’on sait que les futures guerres seront celles de l’eau. Il faut aussi rappeler que contrairement a l’exploitation du gaz conventionnel qui nécessite le forage d’un seul puit, celle des gaz de schistes se fait par un nombre incalculable de puits, proches les uns des autres, soit environ tous les deux kilomètres. Ceci dévastera le paysage, sans compter les bacs de décantations souvent laissés à l’air libre. Ne pensez vous pas que ce gruyère rendra nos frontières moins étanches ? Comment ne pas être soucieux quand on voit qu’une catastrophe comme celle de l’effondrement d’un forage réalisé par Total en 1978 sur le champ de Berkaoui à proximité de la ville de Ouargla et qui menace aujourd’hui de polluer les eaux de la ville soit passé sous silence ? Les questions environnementales et de développement durable doivent être systématiquement intégrés dans notre mode de penser. C’est aussi cela sortir du sous développement. Il est vraiment regrettable que les partis politique algériens n’aient pas été au rendez vous et qu’ils n’aient pas été solidaires des représentants de la société civile qui ce sont mobilisés contre les gaz de schistes.

Que pensez-vous de l’annonce faite concernant le lancement des appels d’offres sur l’exploitation des gaz de schistes en Algérie?

Rien de rassurant et c’est la confirmation que notre pays va droit dans le mur. Est-il acceptable qu’un pays comme la France tourne le dos aux gaz de schiste et prenne ses aises chez nous ? Le sol français mérite-t-il plus de respect que le notre, encore une fois, a-t-on oublié les essais nucléaire dans le sud algérien ? La société française a su résister aux lobbies car l’intérêt d’une nation se doit d’être suprême. De plus, cette décision n’engage-t-elle pas l’avenir des générations futures, ne mérite-t-elle pas un débat national sur l’avenir énergétique et économique de l’Algérie pour mettre en place une véritable vison afin de sortir de cet état de rente qui peut basculer a tout moment ? Cette éternelle fuite vers l’avant ne nous permettra pas de prendre nos véritables responsabilités quant à la création de richesses à valeur ajoutée. Il est regrettable que les quelques voix telle que celle du Pr Chenssedine Chitour ou encore celle du collectif CNLC et d’autres ne trouvent pas d’échos auprès des responsables. Il est aussi regrettable que la voix de la sagesse et de la prudence ne puisse pas se faire entendre. Nous sommes contre « l’actuel » procédé d’exploitation  qui met en péril l’équilibre environnemental et notre « or bleu », cette fabuleuse nappe albienne qui risque d’être sacrifiée. Attendons que les pétroliers trouvent une technique respectueuse de l’environnement au lieu de les laisser détruire nos ressources hydriques. Dans l’immédiat mettons nous au travail et utilisons la rente pour sortir de la rente.

 

Ferhat Aït Ali: «Sonatrach investira avec l’argent des réserves de change »

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L’analyste Ferhat Aït Ali développe dans ce long entretien un argumentaire pour expliquer que la problématique de gaz de schiste en Algérie diffère des autres pays. Pour lui, outre la non rentabilité du projet, l’Algérie devrait se lancer dans des programmes d’économie d’énergie et opter pour des alternatives durables. Il aborde plusieurs aspects liés au contexte politico-économique et social.

Dans vos écrits, vous affirmez que l’exploitation du gaz de schiste ne garantit aucune rentabilité. Sur quels éléments se base votre analyse?

Je persiste à dire que non seulement il ne présente aucune rentabilité, tout en ajoutant que c’est surtout un gouffre financier qu’il n’y aura aucun moyen de résorber, dans les délais d’épuisement des puits forés. Les meilleurs puits aux Etats-Unis ne permettent d’extraire que 10 à 20 % du gaz emprisonné dans la roche mère. Selon un diagramme descendant d’une moyenne de 12 millions de pieds cube le premier jour, à la moitié au bout du 30ème jour de la production, avant de terminer l’année à 1,4 Millions de pieds cube, pour ensuite entamer les autres exercices à un million de pieds cube, ce qui d’après un calcul financier effectué en suivant un diagramme de production moyen de Talisman Energy, et dans la meilleure des perspectives de prix, un puits ne génère qu’une moyenne de 17 millions de dollars sur cinq ans et ce, à 5 dollars le million de Britsh termal unit(BTU, unité de mesure pour les volumes de gaz) et 11 millions au prix actuel de 3,45 dollars, soit une moyenne de 3 millions de dollars par exercice dans le meilleur des cas, et de 2 millions de dollars dans le cas présent.Il est donc évident que le puits ne génère que ses frais de forage et d’exploitation dans la meilleure perspective et un tiers de moins actuellement.

Ces données outre atlantiques, comment peuvent-elle être valables pour l’Algérie ?

Aux Etats-Unis, le différentiel entre les coûts de forage et de production, ainsi que les prix du marché, est pris en charge par des subventions fédérales. Selon un principe qui revient en réalité à subventionner le consommateur et donc, l’industrie, par prise en charge des bénéfices attendus par les compagnies sur les fonds publics. Dans le cas de l’Algérie, la situation est encore plus critique dans la mesure où il n y a aucune chance que les compagnies occidentales, et particulièrement américaines, nous facturent le puits au coût chez elles. D’ailleurs, elles viennent de le prouver en facturant 3 forages exploratoires en Tunisie, avant même l’entame de la demande des permis à 35 millions de dollars le puits. De surcroît, si le pays se lance dans cette aventure, ce ne sera pas pour produire quelques millions de dollars, mais avec l’espoir de déboucher sur de nouveaux revenus en milliards de dollars. Or, pour chaque milliard de dollars par an, il faudra forer l’équivalent de 300 à 500 puits, selon les cours actuels ou attendus du gaz sur les marchés mondiaux. Il faut au minimum forer 300 puits, totalisant déjà 3 milliards de dollars aux Etats-Unis et manifestement 9 milliards en Tunisie. Peut-être plus en Algérie. Le plus grave est que la première année de production est celle du pic de production, qui permet de récupérer environ le tiers de la production totale possible du puits. Ensuite, c’est du compte-goutte avec des recettes ne dépassant pas le million de dollars par an. Ce qui est certain, non seulement l’investissement ne sera jamais rentable, mais que pour en amortir une partie, il faudra y rester une dizaine d’année ou refacturer au bout de 5 ans avec les risques et les coûts que cela entraîne immédiatement. Quand j’entends le PDG de la Sonatrach parler de 100 milliards de dollars d’investissements sur 4 ans, cela est incohérent, même si c’est un dans le conventionnel. Il reste à interpeller quant à la nature de cet investissement et de ce qui en est attendu en matière d’augmentation de production et de rentabilité. Car si ces investissements trop lourds pour le conventionnel, sont destinés au non conventionnel, autant les jouer dans différents casinos avec plus de chance d’en récupérer une partie que dans ce processus sans issue. Ce sont des investissements hasardeux.

Quels sont donc les risques sur l’économie nationale ?

Les risques sur l’économie nationale sont évidemment multidimensionnels à court et à long terme. En premier lieu, les 100 milliards de dollars que compte investir Sonatrach ne proviennent pas des prévisions de gains de la compagnie sur les prochains exercices, mais de ses revenus après impôts cumulés sur une décennie au moins. «Sonatrach investira avec l’argent des réserves de change, qui sont tant vantées, comme une sorte d’airbag au prochain accident économique. Cet argent est dépensé sur 4 exercices en plein recul des recettes extérieures. Il est fort à parier qu’ils ne seront jamais compensés dans le futur, sauf évènement majeur sur les marchés mondiaux induit par une guerre à grande échelle ou un cataclysme naturel au Moyen-Orient. En second lieu, l’économie algérienne qui souffre d’un manque d’accompagnement dans le domaine de l’investissement, perdra un montant qui peut booster l’économie locale s’il est injecté dans la sphère productive, tout en s’en servant pour menacer une autre source supplémentaire sur des revenus, qu’est l’agriculture saharienne. Par ailleurs, l’illusion basée sur les réserves exploitables d’une source d’énergie non rentable dans cette conjoncture et détenue par une bonne partie de nos anciens clients, va encore accentuer le rythme des dépenses jusqu’à l’épuisement des réserves conventionnelles. Car il faudra bien compenser le manque de productivité des puits de gaz de schistes par une augmentation de la production d’autres ressources conventionnelles pour compenser les manques à gagner. Autre point, la mise en péril de la nappe albienne et des terres dans les environs immédiats des zones de forage, empêchera toute autre activité agricole dans des périmètres qui justement regorgent d’eau et seraient mieux exploités en investissements dans ce domaine stratégique. Enfin, L’orientation de ces capitaux vers le secteur pétrolier et gazier, pérennisera encore le chômage dans le sud et empêchera le lancement de grands périmètres irrigués, seuls à même de fixer les populations, de leur donner une raison d’exister par leur labeur, et d’attirer des populations du nord vers le sud pour créer cette symbiose nécessaire à toute Nation en construction et à toute économie en phase de décollage. Tous ces éléments parmi d’autres vont créer le processus inverse de celui qui mène les nations vers le développement durable. En prenant cette trajectoire, nous assisterons à une dépendance en amont et en aval, ainsi que l’émergence d’une oisiveté rémunérée ou non d’une bonne partie de la société, avec tous les problèmes que cela soulève dans la sphère politique.

Les dirigeants disent ne pas avoir de choix…

Les dirigeant qui disent ne pas avoir le choix ne mentent pas si on se positionne de leur point de vue, qui depuis bientôt 40 ans, confond économie avec gestion des dépenses courantes en fonction du niveau de la caisse. Eux n’ont peut-être pas le choix, mais le pays si. La première source de panique est économique. Une simple analyse des lois de Finance depuis 2000 permet de constater une constance dans les phénomènes suivants :

1-Les dépenses suivent les recettes et non les besoins réels, de telle sorte qu’aucune possibilité de recul n’est offerte en cas de chute des recettes.

2-Le Fonds de régulation des recettes (FRR) n’est pas alimenté par des excédents budgétaires, mais par une curieuse opération qui consiste à avoir en même temps des dettes et des excédents sans qu’à la fin de l’exercice les comptes soient soldés avec les disponibilités. Les compteurs remis à zéro servent ainsi de trompe l’œil rassurant pour des déficits qu’ils ne comblent jamais complètement et dont les soldes non cumulés représentent presque toujours la moitié de son solde.

3-Les dépenses de fonctionnement augmentent au fur et à mesure de l’augmentation des recettes, et ne sont jamais révisée à la baisse. En cas de coup dur, les ponctions sont immédiatement répercutées sur les budgets d’équipements, qui de toute façon ne sont jamais consommés en fin d’exercice. L’essentiel de ses dépenses sont constituées de salaires et subventions publiques, ainsi que de frais de fonctionnement, qui aboutissent en majeure partie au port, vu la frénésie de consommation qu’elles créent et l’absence de produits locaux faute d’industrie performante.

4-Les recettes ordinaires de l’Etat ne sont en fait que des ponctions faites sur les recettes fiscales pétrolières une fois redistribuées par l’Etat, et n’ont aucune existence réelle en l’absence de la seule source de fiscalité réelle que sont les hydrocarbures.

Il est donc évident qu’avec cette vision étriquée de l’économie, toute menace de baisse des recettes peut entraîner chez certains responsables une sorte de panique et la précipitation vers des solutions irrationnelles et irréfléchies pour éviter ce qui est pourtant inéluctable, faute de changement de cap économique et de système de pensée dans les sphères dirigeantes. La deuxième source de panique est fausse et faussement appréhendée. Elle consiste en l’éventuelle panne énergétique du pays. Cette augmentation des besoins énergétiques de l’Algérie, régulièrement mise à l’avant comme une justification de la nécessité de penser à toutes les sources d’énergies possibles, évacue quand même toute réflexion sur les sources d’énergie propres et moins contraignantes en ressources fossiles, au profit de cette seule ressource fossile polluante et génératrice de dépendances multiples. Tout en entretenant l’opacité sur le volume réel des ressources en hydrocarbures conventionnelles à la lumière des données anciennes, des nouvelles découvertes et des extractions effectuées réellement sur les gisements existants, nous assistons régulièrement à des déclarations contradictoires de la part de différents responsables du même secteur et parfois chez la même personne à quelques jours d’intervalle en fonction de l’objet et de l’effet attendu de la déclaration. La maîtrise de la consommation énergétique n’étant pas à l’ordre du jour, apparemment, toutes les spéculations sont admises sur la progression de la demande interne en toutes sources d’énergie, sans que le moindre chiffre fiable sur la consommation actuelle et sa destination finale ne soit fourni à l’appui de ses déclarations. Les responsables et experts qui parlent d’une évolution de la consommation d’énergie du pays, se réfèrent à un taux de croissance prélevé sur les données antérieures comme une sorte de repère intangible. Ils omettent au passage de vérifier ou de reconnaître que cette croissance peut être exponentielle ou subitement freinée en fonction d’une politique nouvelle d’orientation de ces ressources vers un domaine ou un autre ou d’une saturation du marché interne par satisfaction de la plupart des besoins logiques des populations et de l’économie ; ou tout simplement par effet de crise faisant régresser aussi bien les capacités des ménages à consommer et à régler des factures de plus en plus onéreuses par chute brutale du niveau de vie local. Toute prévision qui ne prend pas en compte les différents éléments d’analyse si dessus, relève plus de la spéculation et de la règle des trois primaire que des prospectifs biens compris. Et même s’il y a une progression des besoins locaux en matière de ressources énergétiques, cette progression ne pourra être soutenue et prise en charge que si une partie plus importante de la consommation est orientée vers le secteur productif au détriment de la consommation de confort ; sinon cette consommation ne pourra être soutenue longtemps en matière de prix quelque soient la consistance et la nature des gisements exploités d’ici là, et elle chutera d’elle-même une fois les soutiens publics retirés.

Que proposez-vous comme alternative ?

Bien qu’il n’existe pas à mon sens d’alternatives partielles et sectorielles à la situation de dépendance et pour ainsi dire d’addiction aux hydrocarbures à la lumière des politiques suivies à ce jour, une alternative globale existe à l’intégralité de l’économie nationale en amont et en aval, pour peu qu’une volonté politique de rectifier le tir vers un véritable système économique productif et autonome des cercles de rente, soit à l’ordre du jour dans notre pays. A ce titre, il existe plusieurs pistes qui peuvent être explorées avec des risques financiers et environnementaux moins coûteux que les hydrocarbures non conventionnels, que ce soit pour maintenir de vrais équilibres financiers en matière d’économie ou pour produire plus d’énergie électrique avec moins d’hydrocarbures fossiles, tout en créant des emplois pérennes et pris en charge par les gains effectifs d’exploitation et non par l’accentuation des déséquilibres budgétaires de l’Etat. En matière économique, le gros problème du pays n’est pas dans ses recettes, mais dans ses dépenses. Ces dépenses sont non seulement mal orientées mais suivent la courbe d’expansion des recettes en la rejoignant au début de l’augmentation des prix du pétrole pour finir par la doubler à la fin. Les déficits budgétaires sont là pour le démontrer. Le Fonds de régulation des recettes (FRR) n’étant qu’un cache misère pour une politique de dépenses expansionnistes et souvent sans objet, répondant plus aux considérations de maintien du système que de la gouvernance rationnelle du pays. Et les alternatives sont claires, inévitables et plus faciles à amortir tant qu’elles sont un choix bien assumé, que quand elles seront une obligation de facto à subir sans aucun amortisseur financier. Il faudrait en premier lieu repenser le système de subventions publiques, destinées intégralement à la consommation. Qui mettent sur un pied d’égalité toutes les catégories sociales et tous les niveaux de revenus, au détriment exclusif des catégories théoriquement visées par elles, et au bénéfice de toute une faune de profiteurs à l’interne et des producteurs étrangers à l’externe. Cette révision qui doit porter sur toutes les subventions, mais en particulier sur les prix des produits énergétiques, permettra d’économiser quelques 10 milliards de dollars par an, dont l’orientation sera en partie destinée à la promotion d’autres sources d’énergies et de construction d’habitats économes en énergie. Celle révision sera amortie par ces économies et productrice d’une rationalité énergétique apte à compenser ce qu’on croit être un manque à gagner par l’abandon de cette option sur le tout hydrocarbures. En second lieu, il faudra repenser toute la grille de salaires de la Fonction publique, qui a été conçue par et pour des bureaucrates irresponsables, qui ont imposé à la société la prise en charge de leurs besoins et prétentions en premier, au détriment de sa pérennité économique et peut être existentielle à moyen terme. Il est évident que les 40 milliards de dollars de salaires versés à un secteur non productif, représentent non seulement une aberration économique, par leur proportion dans le PIB, somme toute conjoncturel du pays, mais aussi une aberration juridique dans la mesure ou le gros de cette masse est représenté par les salaires faramineux des cadres supérieurs et intermédiaires de cette fonction, atteignant des coefficients insultants et irrationnels de 35 fois le SNMG dans certaines fonctions, ce qui ne s’est jamais vu ailleurs, ni même en Algérie, avant que la bureaucratie ne prenne les commandes à la faveur de ce qui apparaît comme un vide politique sidéral en face d’elle. Cette révision ne pourra plus se faire, sans combler les écarts induits par ces coefficients, par une dévaluation du dinars qui verra les augmentations des seuls salaires poussés vers le bas par cette politique salariale injuste et aberrante, de manière à ce que le salaire le plus haut de la Fonction publique ne soit en aucun cas supérieur à 8 Fois le SNMG, comme c’est le cas dans des pays autrement plus riches ou le président lui-même ne touche que 10 fois le SMIG. Cela permettra en même temps qu’un blocage des recrutements dans la Fonction publique et la mise à la retraite anticipée de tout ce qui dépasse la soixantaine, sans remplacement, d’économiser au moins le tiers de ce montant faramineux ; à orienter vers le soutien aux secteurs productifs agricole et industriel, moyennant création de projets fiables et d’emplois réels et permanents pris en charge exclusivement par les chiffres d’affaires des activités ainsi aidées en amont. Il reste à suggérer une refonte du système bancaire après un audit fiable de sa situation réelle à la fin de cette année, de manière à y introduire des critères d’orientation des crédits en priorité vers l’investissement et d’un double taux d’intérêts selon le secteur auquel les crédits sont octroyés, en défaveur du secteur d’importation de produits finis et en faveur du secteur productif local, ainsi que par l’instauration d’une cellule d’étude non bureaucratisée au niveau de l’ANDI apte à faire des évaluations justes des projets soumis en matière de rentabilité et de coût réel des équipements, pour éviter les multiplications par 5 des coûts de certains projets tant publics que privés, et la multiplicité des centres de décision et d’évaluation qui se rejettent la balle une fois « le pot aux roses découvert ». La clarification de tous les textes juridiques à vocation de régulation économique, de manière à ce qu’aucune instruction subalterne ou confidentielle ne vienne en pervertir ou annuler l’effet, afin d’éviter que la bureaucratie ne devienne une nouvelle menace économique et n’augmente ses charges de fonctionnement de suite à l’effet de ses nuisances financières en amont et en aval sur l’économie et les recettes futures de l’Etat. Ces quelques mesures, avec d’autres, permettront de gagner en aval, soit en économies budgétaires, beaucoup plus que les quelques milliards de dollars attendus des gaz de schistes après un investissement colossal quasiment à perte sur 4 ans, tout en orientant l’économie vers le seul vrai sens qui lui donne le droit à cette dénomination, soit le financement d’un minimum de dépenses incompressible par un maximum de recettes extensibles, contrairement au cas actuel.

Votre point de vue concernant la consommation énergétique nationale…

Que ce soit en matière de production d’énergie électrique ou de connexion au gaz, il est évident que les prix domestiques doivent continuer à être soutenus dans la mesure où l’on ne peut facturer un produit local au prix international, pour des populations qui n’arrivent déjà pas à assumer leurs factures actuelles. Mais en contrepartie, il faudra inciter le maximum à utiliser des équipements et des isolations aptes à rendre leurs habitats moins énergétivores, par introduction de nouveaux matériaux dans les projets nouveaux et intégration subventionnée de ces matériaux dans les anciennes bâtisses, et dans la règlementation de mise en conformité, comme le double vitrage, le plâtre en épaisseur et les toitures inclinées et à grenier au Nord du pays et incurvées et à coupoles au Sud.

Et concernant les prix des carburants, nécessitent-ils une augmentation ?

Pour ce qui est des carburants, leur prix actuel relève de la dilapidation de deniers publics et de la menace pour l’économie nationale et la sécurité des personnes. Le carburant à moins de 50 dinars le litre, et particulièrement le gasoil, qui par une aberration dont nous seuls avons le secret, est plus consommé que l’essence, avec un parc déclaré en majorité roulant à l’essence, a entraîné les effets suivants :

-Un alourdissement du budget de fonctionnement sans aucune contrepartie productive

-Une augmentation du parc automobile illogique et inutile, induite par une capacité de faire 100 KM avec moins de 100 dinars, soit vingt fois le tour d’Alger pour tout oisif qui prélève 100 dinars sur l’argent de ses parents.

-Une augmentation des embouteillages à l’entrée de toutes les villes à toutes les heures du jour et parfois de la nuit, sans aucune autre raison que le vagabondage à quatre roues.

-Une augmentation du taux d’accidents mortels dus essentiellement à l’imprudence au volant de personnes, qui dans une autre société n’ont aucune raison d’accéder à un véhicule ni même de penser à en acheter.

-Un trafic impossible à contrôler à long terme aux frontières, quelques soient les dépenses induites pour les effectifs énormes affectés à cette tâche, alors qu’un simple ajustement suffit par transformer cette activité en souvenir.

-Un financement intégral du trafic de drogue avec le voisin de l’ouest qui n’est pas payé par des devises achetées au square Port Saïd, mais directement par le troc contre les carburants.

Il est de ce fait impératif d’aligner les prix des carburants sur leur coût de revient réel, dans les meilleurs délais, en expliquant le pourquoi de la chose aux gens sensés, sans trop s’attarder sur les considérations de la catégorie qui pénalise la société par son irresponsabilité, en premier lieu les contrebandier et les principaux bénéficiaires du boom du parc automobile et par ricochet de celui de la pièce de rechange.

Et s’agissant de l’électricité…

En matière de production électrique, il est impératif d’estimer correctement les besoins du pays à moyen terme, en fonction de l’orientation économique que l’on se donne et non des besoins des uns et des autres en matière d’acquisitions coûteuses et parfois douteuses de centrales à gaz. L’argent destiné à être dépensé pour produire du gaz de schistes peut, avec une faible proportion des sommes prévues à cet effet, permettre de produire la même quantité d’électricité propre, économisant de facto des quantités de gaz supérieures à celles qui seront éventuellement produites en gaz de schistes avec tout ce budget, tout en permettant au pays en mal de prestige d’innover et de se lancer sur ses propres fonds dans de nouveaux concepts écologiques, économiques à moyen terme de production d’électricité au vu de ses potentialités en énergies renouvelables :

-Un test sur une montagne solaire, qui est une cheminée solaire adossée à un relief montagneux, peut être fait à partir des mont de Djelfa jusqu’à Ain Salah ou Tamanrasset sur tout relief dépassant les 900 Mètres, tout en ménageant des serres agricoles sous les surfaces en verres destinées à chauffer l’air pour accélérer son ascension dans la cheminée, créant ainsi de l’énergie et des emplois, et pouvant être réalisés avec des moyens locaux en grande partie et même des techniciens locaux.

-Un projet de barrage vert en figuiers de Barbarie qui ne nécessite qu’un entretien sommaire, s’il a une profondeur de 5 kilomètres. Ce barrage vert pourra produire sur 6 millions d’hectares de terres désertiques, assez de biomasse pour produire les 12 gigawatt, prévus par le plan gouvernemental de développement du secteur, tout en employant en permanence une main d’œuvre locale de milliers de jeunes sans qualification, en lieu et place du prix du gaz.

Ce programme contribuera à créer d’autres sources de revenus tout en arrêtant plus efficacement l’avancée du désert et l’érosion que ce qui déjà été fait en la matière. Il existe deux procédés aussi économiques l’un que l’autre. Le premier consiste à laisser sécher au soleil les raquettes arrachées et à les brûler dans des fours pour fournir la chaleur nécessaire aux turbines, par échauffement d’eau récupérés en aval. Le second consiste en des réacteurs biologiques qui produisent du méthane par fermentation des raquettes des figuiers de Barbarie. Ces raquettes produisent plus de méthane que n’importe quelle autre plante. En les connectant à ces cuves sur les centrales en lieu et place du gaz naturel, les Chiliens sont dessus et cela marche bien chez eux, alors que leur désert est froid par rapport au nôtre. Il faudra juste construire des petites centrales sur la ligne du barrage au lieu d’en faire des gigantesques au nord sans intérêts. Les petites centrales coûtent moins chères que les grandes au KWH et sont plus faciles à réparer. D’ailleurs, les déchets des figues de Barbarie peuvent fertiliser les sols arides du Sahara.

-L’encouragement des ménages à revenus intermédiaires et des classes aisées, à l’installation individuelle de panneaux photovoltaïques et le soutien à la production locale massive de ces panneaux, allègera d’autant le poids des surcharges sur le réseau de distribution locale, et réduira de facto les besoins en production d’électricité et en investissement coûteux et qui risquent de devenir impossibles à amortir et sans objet en cas de choc économique induit par cette frénésie de dépense et un tassement des prix de vente des hydrocarbures prévisible à moyen terme.

Dans l’ensemble, il s’agit d’impulser une baisse des dépenses de fonctionnement, conjointement avec une réorientation des dépenses d’équipement de l’Etat, et une réforme de l’économie dans toutes ses dimensions, juridique, financière et règlementaire, et si nécessaire même dans sa composante humaine, car c’est aux fonctionnaires de s’adapter aux besoins réels du pays et non au pays de s’adapter aux désirs de ces derniers.

 

Exploitation de gaz de schiste, que proposent les candidats à la présidentielle* ?

Le gouvernement indique que l’Algérie détient la 3e réserve mondiale de gaz de schiste et qu’il faudrait exploiter cette ressource en raison du déclin de la production d’hydrocarbures et de l’augmentation de la demande en énergie.

Les opposants à l’exploitation de gaz de schiste estiment de leur côté que cette technique n’est pas rentable puisque pour un seul puits foré, il faut un investissement de 15 millions de dollars. L’Algérie devrait forer 15 000 puits.

En outre, l’exploitation de gaz de schiste pollue les nappes phréatiques et albiennes. L’Algérie détient des réserves souterraines d’eau évaluées à 60 000 milliards de mètres cubes. La fracturation hydro-chimique est un procédé pour libérer le gaz emprisonné et, comme son nom l’indique, l’opération consiste à fracturer la roche mère en mélangeant des quantités importantes d’eau à des produits chimiques cancérogènes. Nous avons demandé aux candidats à l’élection présidentielle de prendre position.

Yasmina Khadra

Je suis absolument contre l’exploitation de gaz de schiste. C’est un projet destructeur. En tant que poète et ami de la nature, je dis qu’il ne faut pas s’engager dans cette voie car cela démolit l’écosystème. Cette nouvelle technique d’exploitation contribuera à détruire la créativité. Ne dit-on pas souvent que les hydrocarbures sont responsables de nos malheurs ?

Ali Fawzi Rebaïne, Ahd 54
Pourquoi exploiter le gaz de schiste alors que l’essentiel des hydrocarbures conventionnels n’est pas exploité ? Avant d’entrer dans cette voie dangereuse, il faudrait d’abord mettre à niveau et nettoyer Sonatrach et le secteur des mines. Enfin, il est nécessaire de savoir que seuls les Américains détiennent la technologie pour exploiter le gaz de schiste. L’Algérie n’en a pas les moyens. Si les Américains ont décidé d’exploiter cette ressource chez eux, c’est leur problème, mais l’Algérie n’est pas obligée d’emprunter cette voie.

Badreddine Belbaz, Ennour
Je pense que la problématique relative à l’exploitation de gaz de schiste ne doit pas être politisée. Elle doit être abordée par les gens sincères et patriotes. Nous solliciterons donc les experts, militants dans notre parti, et nous trancherons sur les questions définitivement lors d’une conférence de presse. Si les spécialistes disent que c’est une bonne chose pour l’Algérie, nous serons pour. Et s’ils disent que c’est dangereux, nous serons contre.

Rachid Nekkaz
Il est hors de question d’exploiter le gaz de schiste. Si les grandes puissances ne l’exploitent pas, je ne vois pas de raison pour que l’Algérie exploite cette source d’énergie. Il y a un paramètre inquiétant : si les Etats-Unis commençaient à exploiter le pétrole de schiste (après avoir exploité le gaz de schiste, ndlr), les pays pétroliers seront ruinés. Les craintes seraient donc une généralisation de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Par ailleurs, je pense qu’économiquement, cette exploitation est rentable, mais sur le plan écologique, c’est une catastrophe.

Mourad Boukhelifa
Mon sentiment, c’est que nous ne sommes pas pressés de nous lancer dans ce projet d’exploitation de gaz de schiste. Il va peut-être nous coûter plus que nous rapporter. Comme le débat est encore posé ailleurs, il ne faut pas que notre pays soit un champ d’expérimentation. Ce projet exige une expertise, que nous ne possédons peut-être pas. Ce n’est pas un travail d’analyse d’un administratif de Sonatrach ou d’un retraité qui connaît les hydrocarbures, il est bien plus complexe. Il nécessite des spécialistes de l’environnement, de l’exploration, des eaux, des juristes, des économistes et des financiers, etc.. Est ce que nos « techniciens » maîtrisent le sujet ? Ont-ils tous les outils ? Sont ils formés ? Sommes nous capables de les intéresser et de les motiver? Il y a beaucoup de questions sans réponse. Pour le moment, il faut peut-être réfléchir à notre soleil et aux économies d’énergies que nous pourrons réaliser en traitant sérieusement le problème de l’électricité dans le Sud.

* titre modifié

 

Gaz de Schiste : La lutte est internationalisée

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Les militants français contre les hydrocarbures dits « non conventionnels » se sont organisés dès les premières heures, lorsque leur gouvernement, dans la plus grande opacité, voulait s’engager dans cette voie. Des permis d’exploitation ont été délivrés, par l’Etat français, dans diverses régions. Dans le département Rhône Alpes, des groupes de militants se sont constitués. Leur référent, Pilli Robert, nous parle de l’expérience de son groupe et des contacts entrepris avec la multitude de collectifs créés à travers la France. Leur objectif fût de synchroniser leur lutte et de se solidariser à l’échelle nationale.

De notre envoyé spécial à Lyon

Rencontré à Lyon, dans le quartier de Perrache, Pilli Robert est un assidu. Il est un des nombreux piliers du militantisme. Informaticien de formation, il a travaillé dans plusieurs pays, notamment en Afrique noire francophone et au Maghreb. Se définissant humaniste d’esprit, M. Pilli argumente dans des conférences régionales pour démonter l’aberration de l’exploitation de gaz de schiste, que ce soit en France ou dans d’autres pays. La devise des son collectifs est audible dans toute les contrées française.

« No gazaran, ni ici, ni ailleurs, ni aujourd’hui’hui, ni demain ! »

Pour les collectifs Rhône Alpes, l’exploitation de gaz de schiste est nocive pour la santé. « Lorsque des permis d’exploration minière ont été accordés en 1989/1990 dans notre région, il s’avère que des nappes d’eau ont été contaminées et une source perdue. Le malheur, des produits chimiques se sont dispersés. L’eau est devenue inconsommable. Aujourd’hui, avec cette volonté de plusieurs groupes pétroliers d’exploiter le gaz de schiste, la fracturation hydro-chimique polluera toutes les eaux souterraines et de surface en France. C’est un projet destructeur », déplore le militant. L’organisation de la société civile a été bien planifiée. « Nous organisons des conférences, et nous sommes à la pointe de l’information. Cette veille média internationale permet à tous les collectifs, quel que soit leur région d’origine, d’être informé des dernières actualités concernant la thématique de l’exploitation du gaz de schiste. Bien informer les gens permet de mieux mobiliser. Les citoyens ne peuvent être conscients du danger du gaz de schiste que si l’information est vulgarisée pour une meilleur compréhension, vu que c’est un sujet très technique, nous l’agrémentons d’images et de vidéos  ». La solidarité entre collectifs ne s’arrête pas à l’information. Dès qu’un groupe a besoin d’un autre, explique Robert Pilli, tout le réseau est activé. Par exemple, lorsqu’en Ardèche, au sud de la France, des pétroliers allaient commencer à exploiter le gaz de schiste, le gouvernement s’est retrouvé face à une forte mobilisation. Il y avait plus de 20 000 citoyens qui scandaient leur refus. Le gouvernement ne pouvait faire autrement. Il a dû faire machine arrière. Nous avons même obligé le Parlement à voter une loi pour interdire la fracturation hydro-chimique, ce qui dans les faits interdirait l’exploitation de gaz de schiste. Le conseil constitutionnel a validé récemment ce texte, lorsqu’une compagnie a introduit une plainte en justice. On peut dire que nous gagnons des batailles, mais nous devons rester vigilant, car nous remarquons ces derniers temps qu’il y a un forcing de la part des lobbies et le traité Trans-atlantique ( TAFTA) est une nouvelle action de force des multinationales pour supprimer toutes contraintes à leurs objectifs. Un nouveau combat commence ! »

La vérité est révolutionnaire

S’agissant du caractère économique de l’exploitation, Robert Pilli indique que « non seulement les agricultures et la santé publique seront laminés par la pollution des nappes phréatiques, mais les milliards qui seront dépensés ne serviront qu’à asservir l’économie et l’affaiblir davantage ». Selon notre interlocuteur, « l’exploitation de gaz de schiste ne garantit aucune rentabilité économique, (le prix du million de Btu soit 27 m3 est en dessous de 3$ donc très largement en dessous du seul prix de l’investissement nécessaire à ces forages estimé entre 7 et 8$!?). Cette bulle spéculative ne permet donc pas de résultats financiers satisfaisants. Ce sont les lobbies détenteurs de la technologie qui veulent coûte que coûte vendre leur matériel. Il faut savoir que tous les brevets d’exploitation sont détenus par une seule société, à savoir l’américaine Halliburton.( Familles Bush et Cheney!) Celle-ci vend des licences d’exploitation à d’autres compagnies. Il n’y a d’intérêt que pour l’argent. Tout ce est qui relatif au bien être humain, à la santé publique, à une meilleure agriculture saine et propre, tous ces paramètres ne sont pas pris en considération, pire, ils s’en déchargent totalement ( voir l’abolition des normes américaines sur l’air, l’eau …) ».

Seule la solidarité entre les collectifs internationaux permettra de stopper l’exploitation du gaz de schiste, un projet qui ne rapporte rien de positif à tous les échelons. « Tout le monde doit unir ses forces. Car dans n’importe quel pays, ceux qui appellent cette exploitation de leurs vœux, ne le font qu’au profit des multinationales. Ces dernières n’ont jamais travaillés pour le bien des peuples. Bien au contraire, seul les profits immédiats sont leur seul objectif. Le notre est de répondre à leurs mensonges et propagandes, car seule la vérité est révolutionnaire». Robert Pili conclut : « On est en train de fédérer au niveau de l’Europe, de l’Amérique, de l’Australie et en Afrique. C’est à cette seule condition que nous gagnerons ».

Notons qu’une rencontre est prévue à Sait-Christol les Alès, dans le département du Gard (sud de la France) pour la création d’un réseau euro-méditerranéen des collectifs citoyens et associations contre les hydrocarbures extrêmes et l’extractivisme. Elle aura lieu du 7 au 9 mars 2014.

 


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