DzActiviste.info Publié le mer 7 Mai 2014

Du patriotisme à la prédation, il suffit d’une impasse

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Partage du gateau AlgérieAbdelhamid Charif

 

De toutes les créatures, seule la plus intelligente, l’être humain, semble produire des modèles incapables jusqu’à reconnaitre une impasse et d’en sortir par simple marche arrière ou demi-tour. Paradoxalement donc, l’impasse n’est terriblement réelle et totale que si elle est niée et ignorée. Cette cécité et négation ne peuvent être l’œuvre que des faibles et incompétents. Et quand il s’agit des gouvernants, l’échec et l’impasse non assumés finissent fatalement par transformer l’amour de la patrie en un individualisme prédateur ne trouvant de justification qu’à travers mépris, rancœur, voire haine de la société, injustement tenue responsable du bourbier. La prédation, dilapidation, corruption, et autres formes de perversion deviennent alors de simples tares inévitablement acquises, même chez des individus initialement honnêtes et animés que de bonnes intentions.

La pyramide des valeurs est toujours édifiée à partir du sommet

La compétence est « La capacité d’un individu, avec des connaissances possédées, à s’acquitter convenablement d’une tâche ». En lisant cette définition des dictionnaires, je ne peux m’empêcher de penser à une ancienne réplique d’un oncle, en réaction à une provocation amicale d’un autre parent, sur les diplômes d’un responsable politique. « Nul être humain n’est aussi cultivé que le diable ! ». Uneperception erronée de la compétence est donc plus préjudiciable qu’une incapacité assumée. Il n’est, à mon avis, de meilleure définition de la compétence que celle du verset coranique où la fille du sage, auprès duquel le prophète Moise, salut sur lui, trouva refuge, demanda à son père de l’engager en disant : « Il n’est de meilleure recrue que la personne forte (capable) et intègre  (digne de confiance) ». La compétence est donc duale avec un double volet, moral et professionnel. Dés lors où l’un des deux venait à manquer, le second devient obsolète, voire dangereux. Pas de force sans morale, ni de morale sans force !

L’excellence authentique, chez une personne, n’éprouve aucune gêne à reconnaitre et admirer le génie chez autrui. Loin de jalouser ou calomnier, elle s’en réconforte et réjouit. Le sommet suffit ainsi à lui seul pour construire toute la pyramide de la compétence. La médiocrité quant à elle refuse de reconnaitre ou approuver, et encore moins d’admirer les compétences des autres. Bien au contraire, elle essaie toujours de les abaisser et avilir.

La médiocrité n’a rien à avoir avec les diplômes et autre quotients intellectuels, comme l’illustre la légende du paysan et de son âne. Ce dernier transportait régulièrement la même charge et la ramenait toujours à destination. Un jour son propriétaire, voulant rivaliser avec son voisin qui avait un cheval, décida d’ajouter une deuxième charge. Il finit simplement par perdre les deux. La médiocrité n’est donc pas innée mais toujours acquise, et les complexes d’infériorité en sont souvent les principales causes. Un dernier de la classe bien sage et heureux, mais soudain et injustement promu responsable sur ses camarades, et c’est tout de suite bonjour les dégâts.

Du haut de leur statut et privilèges, les gouvernants incompétents ne peuvent jamais se débarrasser de leur malaise vis-à-vis des adversaires et autres gouvernés. « L’envie que les pauvreséprouvent à l’égard des riches est une plaisanterie en comparaison de la haine des imbéciles à l’égard des genscapables de penser », Jan Greshoff. Les gouvernants médiocres et sans envergure pensent par ailleurs qu’ils peuvent toujours se distinguer par l’incompétence des collaborateurs. Même si elle conforte l’égo de la hiérarchie et du sommet, la pyramide de la médiocrité, ainsi édifiée, est loin d’être bénigne et, tel un tsunami, rase tout devant elle. La dilapidation des richesses, corruption, injustice sociale, et autres perversités deviennent alors inévitables. S’agissant, en outre, de moindres conflits sociaux ou régionaux, la médiation des médiocres, c’est comme l’extinction d’un feu par de l’huile.

Des deux types de pyramides, c’est sans conteste, celle de la médiocrité et perversions annexes, qui est plus difficile à démolir et démonter. Comme par instinct de survie, le système corrompu, et coupable de tant de forfaitures, est condamné à se perpétuer pour ne jamais rendre des comptes. Très désespérant !

Quand le commandement d’une nation est confié à ceux qui n’en sont pas dignes …

Ce célèbre Hadith de notre Prophète, Prière et Salut Sur Lui, est d’une extraordinaire pertinence et mérite méditation. Il s’agit d’un texte religieux très rare nous avertissant de conséquences extrêmement graves, dés que des conditions sont remplies. A implique B. Ce hadith nous recommande d’éviter ces conditions A afin de ne pas subir les conséquences fatales B. Cependant une fois le mal B est fait, aucune solution n’est hélas proposée. Seul le pire est prévisible. On pourrait pourtant bien penser qu’il suffirait d’annuler la condition A pour éviter de payer le prix exorbitant B. Si cette lueur d’espoir n’est pas évoquée dans le hadith, c’est simplement parce que l’annulation de cette condition A n’est pas chose aisée. Autrement dit, si le commandement d’une nation échoue entre les mains de ceux qui n’en sont pas dignes, il est extrêmement difficile  de rectifier le tir. Une fois déclenchée, la spirale infernale des complications devient hélas presqu’irréversible.

Une lueur d’espoir nommée Bachir Frik

D’anciens grands responsables politiques, tels MM Benflis et Hamrouche, ont récemment occupé les devants de la scène en se présentant comme de sérieuses alternatives de réformes d’un système jugé fini. Les compétences de ces deux cadres sont indéniables. Leur attitude est très typique des anciens cadres marginalisés entrant en hibernation dorée et prolongée pour ne surgir que lors des crises périodiques du pouvoir, avec leurs lots d’opportunités de redistribution des rôles. Cependant, au même moment un autre ancien cadre, l’ex-Wali d’Oran, Mr Bachir Frik, dans un déballage sans précédent, a fait des révélations fracassantes, notamment sur la fraude électorale institutionnelle, mettant en cause plusieurs chefs de gouvernement, dont MM Benflis et Hamrouche. N’est-il pas étonnant que ces deux ex-responsables ne fassent nullement allusion à cette dérive, voire trahison ? Et sans montrer le moindre signe de remords ou regrets, peuvent-ils agir différemment ? Ne devraient-ils pas plutôt demander d’abord pardon au peuple algérien avant de proposer leurs services ? C’est parce qu’en fait, leurs offres de service s’adressent plutôt aux faiseurs des rois, et non au peuple.

En effectuant son grand déballage public, contre vents et marées, Bachir Frik ne se fait certainement aucune illusion sur une quelconque ambition politique future. Même s’il n’a pas franchement demandé pardon, cet ancien cadre est en fait, à mon avis et pour le moment, le seul à être potentiellement récupérable. Mr Bachir Frik vient de défoncer un grand obstacle psychologique et montrer la voie de sortie d’une impasse ; et j’espère que d’autres ne manqueront pas de l’imiter et lui emboiter le pas, et pourquoi pas, contribuer à mettre le pays sur une nouvelle voie, autre que le cul-de-sac.

A. Charif

 


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