DzActiviste.info Publié le lun 3 Déc 2012

Échecs et urgence d’un changement en Algérie. Des experts mettent le doigt sur la plaie

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L’Algérie a réussi à élever de manière conséquente son indice de développement humain (IDH) qui tient compte de la scolarisation, la santé et la qualité des services.

L’économie et le rapport à la mondialisation a été le premier axe traité, hier, journée d’ouverture du symposium qu’organise le Crasc autour de la problématique du changement et l’interrogation sur les apports des sciences sociales et humaines. S’intéressant à la croissance économique et au développement humain depuis l’indépendance, Ahmed Benyacoub, de l’université d’Oran et du Cread, est arrivé à la conclusion suivante : malgré des investissements importants, l’Algérie a enregistré une faible croissance et un modeste produit intérieur brut par habitant (PIB/habitant). Cependant, et en contrepartie, le pays a réussi à élever de manière conséquente son indice de développement humain (IDH) qui tient compte de la scolarisation, la santé, la qualité des services, etc. Talonné par la Tunisie, le développement humain a été une performance et l’IDH algérien enregistré en 2010 dépasse nettement la moyenne mondiale et celle de tous les pays arabes. Par les chiffres et en adoptant une démarche comparative, entre 1964 et 2010, la croissance économique annuelle moyenne est de 1,4% contre 3,25 pour la Tunisie, 2,21% pour le Maroc et 5,63% pour la Corée du Sud. Durant la même période, le PIB/habitant n’a été multiplié que par 1,9 en Algérie contre 4,4 pour la Tunisie, 3,87 pour l’Egypte, 2,7 pour le Maroc, 12,42 pour la Corée et surtout 27,52 pour la Chine. L’intervenant dégage une période de grave récession, entre 1986 et 1994, avec un taux négatif (-2,35%) qui a pratiquement annihilé tous les efforts consentis jusque-là.

INVESTISSEMENTS CONSENTIS PAR L’ALGÉRIE

Pour donner un ordre de grandeur des investissements consentis en Algérie, l’économiste avance une comparaison très significative : en 41 ans, l’Algérie a investi 675,78 milliards de dollars, soit un peu moins (676,42) que ce qu’a investi un pays comme l’Allemagne, mais en une année seulement. Pour la seule année 2008, la France a également investi 604,687 milliards de dollars. Ahmed Benyacoub rappelle néanmoins que, malgré toutes les faiblesses, la croissance reste très élevée par rapport à la période coloniale avec seulement 17% entre 1913 et 1960 contre 200% entre 1964 et 2011. Pour expliquer les faiblesses, il énumère juste quelques indicateurs tels la matrice institutionnelle inadaptée, la rente, le démantèlement tarifaire trop rapide à son goût, l’informel, la corruption. Face à ce constat d’échec relatif, l’intervention de Youcef Benabdallah, du Cread, qui porte sur les défis de la mondialisation apporte indirectement une explication. Selon lui, dans un contexte mondial caractérisé par une industrialisation des pays en développement, l’Algérie, depuis 1986, assiste à une désindustrialisation. Son interrogation est donc : «Y a-t-il une chance que le pays se réindustrialise ?»

Ceci sachant qu’aujourd’hui les conditions ont changé avec les nouveaux arrivants qui encombrent le marché mondial et les changements opérés dans les logiques du commerce multilatéral (OMC). Youcef Benabdallah ne donnera pas lui aussi de réponse à son interrogation, mais il dresse des constats qui permettent de mesurer l’ampleur de ce qui reste à faire ou à refaire. «Des pays qui ont opté pour l’économie de marché bien avant nous n’ont pas procédé à des démantèlements tarifaires de la même ampleur», indique-t-il pour ensuite montrer, comme conséquence, la faiblesse des exportations. Sur 1200 produits répertoriés selon un scénario favorable, l’Algérie n’en exporte que 17 et, dans la majorité des cas, ce sont des produits dérivés des hydrocarbures. Yacine Belarbi, du Cread, qui s’est intéressé aux pays disposant d’une rente, s’est exprimé, pour les cas similaires à l’Algérie, en faveur du protectionnisme en disant : «Il faut décourager l’ouverture (par les barrières tarifaires et non tarifaires) pour permettre à leur industrie de se développer.»

Pour lui, les pays rentiers ne sont pas forcément condamnés à ne pas s’en sortir, mais il faut tirer les leçons des pays qui ont réussi à allier rente pétrolière et croissance économique, comme la Norvège. Discutable est par contre le lien qu’il fait entre rente pétrolière et manque de démocratie, car les exemples tunisien et égyptien sont édifiants : des pays qui ne disposent pas de rente mais qui ont adopté des systèmes nettement plus répressifs. Mourad Boukella, du Cread également, n’adhère pas à la thèse de l’ultralibéralisme et du diktat du marché, car il ne croit pas à la notion d’autorégulation mais il ne remet pour autant en cause l’option de l’économie de marché qu’il oppose au capitalisme.

AUTONOMIE DE LA SPHÈRE ÉCONOMIQUE

Selon lui, ces deux notions sont souvent confondues à tort. Il plaide, s’appuyant sur les théories keynésiennes, pour une autonomie relative de la sphère économique par rapport aux autres sphères de l’activité. «Le marché a besoin d’un Etat fort pour fonctionner, un Etat fort mais en même temps de droit et qui prône, loin de tout autoritarisme, une régulation politique de l’économie», a-t-il dit. Sa conclusion, tenant compte des différences entre les modèles chinois, coréens et d’autres, est qu’«il y a plusieurs voies à emprunter pour aller à l’économie de marché et c’est à nous de trouver la nôtre». L’évolution de la politique algérienne des hydrocarbures est le thème abordé par Amor Khelif (de l’université Alger III), un ancien de Sonatrach qui s’est d’emblée érigé contre la pression des compagnies étrangères et la tendance à l’internationalisation des activités de Sonatrach.

Selon lui, la compagnie nationale doit revenir à la production, car sans la production, c’est tout le savoir-faire qui disparaît. Il déplore le fait qu’aujourd’hui 55% des hydrocarbures soient produits par les compagnies étrangères. Selon lui, c’est la remise en cause de la politique de nationalisation opérée en 1971. Un processus entamé, selon lui, dès 1986 lorsque, sous la pression de la crise et la baisse des prix du pétrole, où l’on a favorisé l’extraction pour générer des profits immédiats alors qu’auparavant le pays avait mis en avant une politique qui donnait la priorité des approvisionnements aux besoins intérieurs avec la possibilité de ne pas toucher à certains gisements sur une période de 40 ans.

Dans les années 1970, on faisait, explique-t-il, appel aux compétences internationales uniquement pour l’assistance technique. Mais depuis 1986, le verrou a sauté et les majors sont entrés dans l’exploration et la production.

Djamel Benachour


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