DzActiviste.info Publié le sam 26 Jan 2013

Education : Ecole, chronique d’une mort annoncée

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Par Amar Cheballah

ecoles_algeriePeut-on construire une nation, un Etat de droit et la démocratie sans la science et le savoir ?
Sur les cinq mois de cours possibles, les élèves en ont fait seulement trois semaines réelles jusqu’ici.

Les autres mois de scolarité ont été dévorés soient par les grèves à répétition des travailleurs de l’éducation, soient par la grogne et les protestations des élevés contre les programmes surchargés. Cette situation n’est pas nouvelle ; elle remonte à la grève du cartable en 1994. Depuis la question sur la baisse du niveau des élèves à l’école revient comme une rengaine : qu’en est-il réellement ? Selon de nombreux enseignants, le niveau aujourd’hui d’un élève de terminale correspond à celui d’un deuxième année CEG, c’est-à-dire l’équivalent de 2eme AM d’aujourd’hui. D’où cette autre question lancinante : comment expliquer donc ce taux de réussite particulièrement élevé au baccalauréat en Kabylie ? « C’est un taux politique et non pédagogique », affirme Larbi Med enseignant de langue française à la retraite. Selon un proviseur qui a requis l’anonymat, un grand nombre d’enseignants ne maîtrisent pas les programmes qu’ils doivent enseigner à leurs élèves. Et d’ajouter : « Un pays pour se construire a besoin d’une école performante et authentique qui ne soit pas mêlée à des manipulations idéologiques ».
Selon T H, enseignant en sciences politique et communication à l’université de Tizi ouzou, plus de deux tiers des jeunes bacheliers ne savent pas lire et prendre des notes.

Les aptitudes des étudiants ont dramatiquement baissé. Nombreux sont ceux qui ont le diplôme à la main mais qui ne sont pas capables de rédiger une dissertation, de traduire dans les faits un décret ou de répondre à un courrier administratif : «C’est une catastrophe», insiste-t-il. La faillite de l’école l’inquiète. De même le taux élevé d’abandon en cours d’études supérieures. On parle souvent de l’université sur ce point mais certaines écoles accusent 40 à 50 % d’échec…

Pourtant, après un demi-siècle d’indépendance, les programmes sont bien plus ambitieux qu’ils ne l’étaient il y a trente ans. Or, il se trouve que le niveau des années 60 et 70 est largement supérieur à celui de nos jours. Le drame dans l’histoire ne se limite pas seulement à un exemple d’un enfant qui sait répondre par écrit à une lettre, qu’elle soit écrite en arabe ou en français, contre un élève de nos jours devenu un cas aphasique. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de l’élève qui ne sait pas déchiffrer correctement les lettres et répondre à des questions de culture générale. Il s’agit de l’avocat qui sollicite l’aide d’un vieux bureaucrate pour rédiger son plaidoyer, d’un journaliste qui ne sait pas interpréter le cours des événements, d’un médecin qui ne sait pas lire, d’un architecte qui ignore les règles élémentaires de l’architecture, d’un officier de police ou de la gendarmerie qui ne comprend rien au code procédure pénal, d’un juge incapable d’interpréter dans les faits les lois de la république…

Outre les grèves qui la paralysent, qui l’affaiblissent un peu plus chaque jour étant donné la fuite des élites (sur les deux millions de bacheliers que compte le pays, plus d’un million d’entre eux vivent en exil dans des conditions précaires), l’école algérienne ne mange pas assez intellectuellement pour pouvoir relever les nombreux défis et comprendre les enjeux du moment.

Il faut se souvenir que certaines grandes puissances n’ont ni pétrole ni gaz, elles ont juste des écoles ou elles enseignent à leurs enfant la science et le savoir. Il faut avouer que l’école est l’otage d’une caste hautement spécialisée dans le mercantilisme idéologique et les faux semblants. L’Algérie qui était classée durant les années 50 et 60 comme le phare culturel de la méditerranée, l’Algérie qui a produit Fanon, Camus, Mammeri, Dib, Djebbar, Feraoun, Haddad, Sahli, Benabi…est classée aujourd’hui derrière les pays du Sahel. Mais peut-il en être autrement lorsque dans un parti politique, neuf cadres supérieurs sur dix ignorent tout de la stratégie et de la doctrine de la formation à laquelle ils appartiennent ?


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