DzActiviste.info Publié le ven 5 Juil 2013

Egypte : affrontements entre pro-Morsi et militaires

Partager

      

 Le Caire (Egypte), jeudi. Plusieurs milliers de sympathisants des Frères musulmans, dont est issu l’ex-président Mohamed Morsi, ont exprimé leur colère. « Morsi, tu n’es pas seul », ont-ils clamé à l’unisson. 
(LP/Philippe de Poulpiquet.)

La confrontation entre partisans du président déchu Mohamed Morsi et l’armée a fait des morts au Caire ce vendredi. Des tirs entre militaires et pro-Morsi auraient fait  au moins trois morts dans la capitale.


Vingt-quatre heures après le renversement du président Mohamed Morsi par l’armée égyptienne, les islamistes radicaux sont entrés en scène. Des militants ont attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi des postes de police et militaire dans le Sinaï. Un soldat est mort et deux autres ont été blessés. Ces attaques interviennent alors que l’armée a appelé à l’unité. La transition politique, après la nomination d’Adly Mansour comme président intérimaire, est d’autant plus délicate que les partisans de Morsi appellent ce vendredi à une grande journée de manifestations, prélude à un nouveau bras de fer.
Le «vendredi du refus» des pro-Morsi. Les pro-Morsi sont rassemblés pour la traditionnelle prière musulmane, devant la mosquée de Nasr City, un faubourg du Caire, où des partisans du président déchu campent depuis plusieurs jours. Ils ont été rejoints en fin de matinée par de nombreux islamistes. Regroupées au sein du «Front national de défense de la légitimité», les principales forces islamistes ont appelé à manifester en masse et «pacifiquement» contre «le coup d’Etat militaire». Les Frères musulmans ont dénoncé «la terreur de l’Etat policier». Des avions de combat survolaient le Caire où de nombreux blindés étaient déployés, après que le ministère l’Intérieur a prévenu qu’il répondrait «fermement» à tout trouble.
La coalition de l’opposition à Mohamed Morsi a lancé un appel «urgent» à manifester en masse en Egypte «en soutien à la révolution du 30 juin». Le ministère de l’Intérieur a prévenu qu’il répondrait «fermement» à tout trouble, et la capitale égyptienne a été survolée par des avions militaires. Reste à savoir où et quand les cortèges opposés vont se rencontrer.
Un soldat tué et deux autres blessés au Sinaï. Un soldat égyptien a été tué dans des attaques simultanées de militants islamistes pro-Morsi qui ont tiré vendredi matin à la roquette et à la mitrailleuse sur des postes de police et militaire au Sinaï. Deux soldats ont été blessés dans l’attaque d’un point de contrôle de l’armée à al-Gura, dans le nord de la péninsule. Un poste de police et un bâtiment des renseignements militaires dans la ville frontalière de Rafah ont par ailleurs été attaqués à la roquette, selon des sources de sécurité. Les islamistes radicaux se servent de la région nord de la péninsule, peu peuplée, comme d’un tremplin pour attaquer les forces de sécurité et Israël.
L’Union africaine suspend l’Egypte. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a suspendu vendredi la participation de l’Egypte à l’organisation panafricaine. L’UA a pour politique de suspendre tout Etat membre où se produit un «changement inconstitutionnel de pouvoir». Cette mesure dure généralement jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel.
Inquiétudes en Israël. Le gouvernement qui est resté largement silencieux, jeudi, sur la crise dans le premier pays arabe avec qui il a signé la paix en 1979, compte sur l’armée égyptienne pour réprimer les groupes islamistes dans le Sinaï et assurer la stabilité du pays selon la classe politique et les médias. Tzahi Hanegbi, un député proche de Benjamin Netanyahu, s’est félicité de la destitution de Mohamed Morsi: «L’intérêt clair d’Israël, c’est que l’Egypte reste stable, orientée vers l’Occident et les Etats-Unis et ne se laisse pas entraîner par une vague d’extrémisme religieux», a estimé Tzahi Hanegbi, ancien président la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset (Parlement). «Durant l’année de pouvoir de Morsi, nous avons constaté des évolutions inquiétantes, c’est pourquoi le retour à une position dominante de l’armée et d’un pouvoir laïc capables d’assurer la stabilité du pays constituent de bonnes nouvelles pour Israël». Côté palestinien, le président Mahmoud Abbas a félicité le nouveau président égyptien «dans cette phase transitoire» et a «rendu hommage au rôle joué par les forces armées pour (…) empêcher (l’Egypte) de basculer vers un destin inconnu».
Les ONG dénoncent la répression contre les médias islamistes. Dans un communiqué commun, sept ONG condamnent l’interruption de la diffusion de Misr 25, la chaîne des Frères musulmans, le mouvement dont est issu Mohamed Morsi, et la saisie d’une édition de leur journal Horeyya wal Adala, alors qu’une vaste campagne d’arrestations a été lancée contre la confrérie. Les ONG «condamnent également la détention de personnel de ces chaînes dans des lieux inconnus», ce qui met en doute selon elles «la légalité des procédures».
Morsi toujours détenu, coup de filet contre les Frères musulmans. Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement du pays, et sa garde rapprochée sont détenus par l’armée. Un haut responsable de l’armée a confirmé la détention «de façon préventive» de Mohamed Morsi, laissant entendre qu’il pourrait être poursuivi, alors que la justice le convoque lundi à un interrogatoire pour «insulte à l’institution judiciaire». Le vaste coup de filet contre les plus haut responsables des Frères musulmans a permis l’arrestation du Guide suprême de la confrérie Mohamed Badie pour «incitation au meurtre de manifestants». Son numéro 2 Khairat al-Chater est sous le coup d’un mandat d’arrêt alors que le chef du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), vitrine politique du mouvement islamiste, Saad eL-Katatni a également été interpellé.
L’Occident appelle à relancer le processus démocratique. La communauté internationale, dans l’embarras, a appelé jeudi à un retour rapide au processus démocratique en Egypte après le renversement du président Mohamed Morsi par l’armée. Une des plus vives réactions est venue de l’Allemagne, dont le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a évoqué «un échec majeur pour la démocratie en Egypte». De Tunisie, où il fait une visite officielle, le président français François Hollande appelle à relancer le processus démocratique. «Nous devons tout faire pour que le processus puisse reprendre sur la base du pluralisme et du rassemblement», a-t-il déclaré. De son côté, Barack Obama s’est dit «profondément inquiet» de la situation: «J’appelle maintenant le pouvoir militaire égyptien à rendre toute l’autorité rapidement et de manière responsable à un gouvernement civil démocratiquement élu selon un processus ouvert et transparent».




Nombre de lectures: 325 Views
Embed This