DzActiviste.info Publié le sam 6 Juil 2013

Egypte: Entre Dinocratie et brutes galonnées…

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     par DB
          

Les généraux égyptiens n’auront pas failli à la triste réputation des chefs des armées arabes. Tous pareils décidément. Ils ont confirmé, encore une fois, qu’entre deux périls qui menacent leur nation, ils tombent toujours du côté où ils penchent naturellement, en optant immanquablement  pour le pire.
En Egypte, ils auraient pu jouer un rôle qui les aurait immortalisés à jamais, dans l’histoire de leur pays, comme de véritables sauveurs. Ils n’ont pas été à la hauteur du défi.

La situation avait gravement dégénéré, mais elle restait gérable, s’ils avaient pesé de toute leur force, pour une solution qui soit dans le même temps légitime et consensuelle. Au lieu de cela, plutôt que de se servir de la conjoncture particulièrement inquiétante, pour imposer une solution de juste milieu, qui tienne compte en même temps de la légitimité du Président Morsi, et de la forte opposition populaire à ce dernier, et à ses mentors, les Généraux égyptiens ont juste perpétré un coup d’Etat, en jurant leurs grands dieux que ce n’en était pas un, comme tout bons putschistes dignes de ce nom.

La situation était mûre pourtant, cuite à point, pour faire comprendre aux Frères Musulmans que même élus, ils devaient s’imprégner de l’idée, désormais, que l’islamisation de la société ne peut être menée au pas de charge, qu’il n’était plus pensable de faire table rase des aspirations de ceux et celles qui refusent d’abdiquer leurs libertés individuelles, au sens où ils les perçoivent en tant que telles.

Les Frères Musulmans égyptiens, qui avaient accédé au pouvoir de la façon la plus légitime, et la plus démocratique qui soit, en tout cas dans toute l’histoire des pays arabes, par l’élection de Mohamed Morsi, avaient présumé de leur force, et ont voulu mettre les bouchées doubles. Le pouvoir les a grisés. Ils ont perdu le sens de la mesure, et ils ont cherché à islamiser la société égyptienne en faisant signer des oukases à leur Homme lige, à tour de bras, sans tenir compte ni des aspirations de la jeunesse, ni de la sensibilité ds non-musulmans, ni des immenses problèmes que rencontrent de nombreux Égyptiens, dans leur quête d’une vie digne.
Révolution dévoyée ? 
Aussitôt au pouvoir, ces Frères Musulmans avaient juste inversé leur discours islamisant révolutionnaire, pour en faire une panacée universelle, abrutissante et anesthésiante. Les mêmes qui demandaient aux gens de se révolter contre l’oppression, au nom de Dieu, leur demandaient, au nom du même Dieu, de glisser leurs prétentions sous le tapis de prière. Comme s’il suffisait d’un prêche pour mettre fin à la misère et tuer les rêves d’une vie meilleure.
Ces gens, qui savaient pourtant ce que patience veut dire, et qui avaient su, dans une traversée au long cours, plus de 80 longues années, garder la tête froide, ont pensé que la priorité des priorités, dans un pays où la majorité des gens ne parvient même pas à se nourrir convenablement, était d’islamiser les dehors, les discours et les attitudes des uns et des autres, d’imposer un nouvel ordre moral, un politiquement correct imprégné d’ambre et de musc.
Le Président Morsi, qui aurait pu se refuser à une telle mission, s’est inscrit dans cette dynamique avec un enthousiasme qui allait le perdre, et plonger tout le pays dans l’impasse.
Il n’a pas compris que l’islamisme, lorsqu’il est mis au pied du mur n’est plus aussi facile à pratiquer qu’à dire. Il a oublié que ceux qui l’ont élu n’attendaient pas que des bondieuseries, que des dizaines de millions de gens vivaient dans des conditions infra-humaines, et il n’a pas entendu les grondements d’impatience d’une jeunesse branchée sur l’altermondialisme, qui chevauche des souris, pour communier avec le monde, une jeunesse qui avait réussi à chasser le précédent régime, parce qu’elle rêvait d’un pays libre et prospère.

Et ainsi, il s’est passé ce qui s’est passé.
Les Frères Musulmans, et leur représentant le plus visible, et néanmoins Président de tous les Égyptiens, ont finalement compris leur douleur. ils ont compris, un peu tard, qu’ils avaient dépassé la dose prescrite. Ils ont vite renoué avec la prudence et la pondération qui avaient forgé leur réputation. Devant la formidable montée au créneau de millions de leurs compatriotes, le Président Morsi a reconnu, avec une admirable honnêteté, ou du moins avec beaucoup de réalisme, qu’il avait commis des erreurs, qu’il était prêt à un vrai dialogue, avec toutes les forces du pays, sans aucune exclusion, ni condition préalable, hormis celles de sa légitimité et des dispositions constitutionnelles qui touchaient aux Institutions du pays.
Et ainsi, il est passé, avec un art consommé de la prudence politique, du stade du Chef partisan intégriste à celui de Président pondéré, qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, de tous les Égyptiens. Un  Chef de l’Etat ouvert à toutes les propositions raisonnables, légales, qui pouvaient s’inscrire dans un cadre démocratique. Encore que tout ce qui peut lui être reproché doit être relativisé. Personne, de quelque courant que ce soit, n’aurait pu mieux faire en une seule année de présidence, au regard des immenses défis qui attendent d’être relevés. .

A ce stade de la crise, l’Armée aurait pu jouer sur du velours, pour imposer des lignes rouges aux uns et aux autres, sans violer ni la légitimité du Président, ni étouffer les aspirations de ceux qui refusaient l’islamisation galopante de leur vie. Les généraux égyptiens auraient pu devenir, de facto, les arbitres de la situation, et ses modérateurs, sans sortir du cadre légal et républicain. Il n’était plus besoin pour eux, de prêcher à des convertis, puisque les Frères musulmans avaient compris que la prise du pouvoir n’était décidément pas une panacée en soi, pour créer leur Cité de Dieu, et que le Dinocratie n’était possible que dans les monarchies pétrolières. Pour les raisons triviales que l’on sait.

Les petits calculs des uns et des autres…
Dans un tel contexte, et avec un si grand nombre d’opposants dans la rue, le Président Morsi et les Frères musulmans s’étaient imprégnés de la conviction que le temps du réalisme était venu, et que leurs chimères devaient atterrir. Ils étaient prêts à des concessions d’importance, qui auraient pu satisfaire tout le monde. L’Egypte aurait pu accéder à un consensus de grande qualité, qui aurait pu la mener à bon port, jusqu’aux prochaines élections, dans un climat apaisé  et responsable, ou tout un chacun aurait compris qu’il n’était plus possible pour quiconque de mener le pays comme on dirige une exploitation agricole.

Mais un tel scénario n’était pas dans les visées de ces brutes galonnées, qui voyaient enfin, dans cette crise, l’occasion de remettre le pied à l’étrier, et de reprendre les rênes du pouvoir, l’air de rien, sous le prétexte de sauver le pays. Des sauveurs de la république de contrefaçon, contre un péril obscurantiste supposé. Des sauveurs d’eux-mêmes. Mais plus vernis que leurs homologues algériens, parce que la copie est souvent meilleure que l’original, ils ont su utiliser la formidable mobilisation de la rue, pour sembler plus crédibles, juste des héros.

Mais comme toutes les complexions brutales, les généraux égyptiens ne peuvent pas évaluer de telles situations à leur vraie gravité. Ils ne se rendent pas compte que leur coup de force est susceptible de provoquer une tragédie dont on ne peut même pas imaginer les terrifiantes conséquences.
Il n’est pas trop tard cependant, si les passions s’apaisent, et que ces généraux reviennent à de meilleurs sentiments..
Il est encore possible de restituer à l’Egypte son Président et ses Institutions.
Il est encore possible de relancer un débat de fond, sur tout ce qui concerne le destin de ce grand pays. Il suffirait de rien pour épargner un carnage de masse à ce grand peuple. Comme il suffirait juste de s’obstiner dans cette démarche suicidaire, pour provoquer un immense incendie.

DB


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