DzActiviste.info Publié le sam 17 Août 2013

Égypte : l’armée ou le chaos !

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Le massacre annoncé à eu lieu. A l’aube du 14 août, l’armée égyptienne a donné l’assaut des places occupées, au Caire, par les Frères Musulmans (FM) et leurs partisans. La fracture est désormais consommée, le sang a coulé… Et continuera de couler. Bilan : 2 200 morts selon la chaîne qatarie Al-Jazeera contre 258 selon le ministère égyptien de la Santé. L’état d’urgence a été officiellement décrété. Un couvre feu instauré dans 11 des 27 provinces, où les gouverneurs ont été remplacés par des militaires. L’heure est au rétablissement de l’ordre par la force, ce qui n’empêche pas les manifestations de se poursuivre dans différentes grandes villes du pays où des églises ont été incendiées -sans que l’on sache exactement par qui- accentuant ainsi le chaos qui semble s’installer. Car, un point de non retour vient d’être atteint. La répression sanglante des manifestants met un terme à toute possibilité de dialogue politique. Désormais, une logique des camps est prévisible, entre partisans de la légitimité des urnes (Frères Musulmans et plus largement pro-Morsi) et partisans du coup d’état militaire. Les Égyptiens sont maintenant sommés de choisir leur camp, malgré la tentative de création d’une « troisième voie » (ni dictature militaire, ni islamistes) par des militants se réclamant de « la révolution du 25 janvier ».
La tournure des événements est telle que le vice-président et Prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei vient de donner sa démission, se désolidarisant ainsi de la répression. «  Il m’est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je suis en désaccord et dont je crains les conséquences », a-t-il écrit au président par intérim, Adly Mansour, pour expliquer sa décision. Sa principale mission -à savoir servir d’interface entre le gouvernement mis en place par l’armée et la communauté internationale- est, en effet, désormais intenable. Et ce, d’autant que plusieurs pays, dont les États-Unis et la France, ont condamné le recours à la force contre les manifestants, et que le Secrétariat général de l’ONU a été saisi.
Bref, la destitution du Président Mohamed Morsi par l’armée, l’éviction des Frères musulmans du jeu politique et leur diabolisation, en cours, laisse en effet augurer le pire… Y compris un scénario à l’algérienne quelque peu égyptiannisé ! Car, même si le rapport de force n’est pas objectivement en leur faveur, les Frères Musulmans vont continuer à mobiliser leurs partisans, accusant le général Sissi, dont ils demandent la démission, de vouloir précipiter l’Égypte dans la guerre civile. Précisons que la mort des filles respectives des leaders FM Kheirat El-Shater et Mohamed El-Beltagui durant l’assaut de la place Rabaa El-Adawiya, ne risque pas de calmer les esprits ! Un radicalisme qui rappelle celui des partisans du Front Islamique du Salut, le 12 janvier 1991, au lendemain du coup d’état militaire qui avait mis brutalement fin aux premières élections démocratiques en Algérie et précipité le pays dans une décennie sanglante. Le fait est qu’entre l’armée et la menace d’un « chaos organisé », les Égyptiens vont malheureusement être contraint de renoncer à leurs aspirations démocratiques !
Rabha Attaf, Grand reporter, spécialiste du Maghreb et du Moyen-Orient
Auteure de Place Tahrir, une révolution inachevée, éditions workshop 19

Distimed.FR


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