DzActiviste.info Publié le ven 11 Mai 2012

ELWATAN-ALHABIB 2012-05-11 18:02:00

Partager

Carnaval fi dechra en Kabylie : témoignage

 

 

Radjef Saïd
Du boycott massif à la fraude massive.
Aux environs de midi pendant qu’on faisait le tour des bureaux de vote au Djurdjura, le taux de participation ne dépassait pas encore les 7% dans la plupart des communes. Panique chez l’administration qui ne tardera à faire sortir la grosse artillerie. Mais également chez les partis qui ont pris part à cette élection. Vives inquiétudes et vives irritations que les candidats peinent à dissimuler. Le désaveu ici pas aussi insurmontable. Les uns et les autres, sans le moindre scrupule, sortent des moyens plus persuasifs pour casser le boycott. Aux environs de 13 heures de retour de la commune des Ouadhias ou certains villages ont décidé de « punir » un tête de liste d’un parti politique, nous nous arrêtâmes dans la commune de Maatkas. Une commune aux paysages splendides qui défie de sa hauteur les cimes majestueuses du Djurdjura. Le taux de participation ne décolle toujours pas au grand désarroi des partis en lice. Les urnes ne comptaient que quelques bulletins. De même dans la ville des Genets ou le taux de participation n’a pas encore franchi à cette tardive le seuil des 4 %. Mais quelle fut notre surprise lorsque de retour de Draa Ben Kheda , nous découvrîmes des bandes de délinquants qui prirent d’assaut les bureaux de vote dans la vallée du Djurdjura. Certains parmi ces délinquants ivres morts, exhortent leurs concitoyens à faire barrage au boycott. Ils parlent en termes confus de la menace de l’OTAN en expliquant aux présents que l’Algérie compte plus de patriotes que la Tunisie et la Libye.
Aux environs de 14 heures, c’est la chasse aux électeurs qui commence. La récompense c’est le selon le nombre d’électeurs ramenés. Le taux de participation coincé dans les 7 %, grimpe soudainement pour gagner la barre des 12 %. Les candidats se réjouissent et donnent quelques explications par téléphone aux journalistes. Pendant ce temps ci, la bière coule à flot ; les billets de 1000 dinars aussi. Au milieu de la ville, en face d’un café, un jeune délinquant brandissant des plaquettes de kif, crie : « Vive Bouteflika. Bouteflika d argaz. La zetla aujourd’hui est gratuite. » Gênés, les policiers font semblant de regarder ailleurs. Nous sommes à moins de cinquante mètres du bureau de vote qui compte plus de 25000 électeurs. Deux militants d’un parti politique accourent et prient le délinquant de quitter les lieux. De l’urne au bar, semble être aujourd’hui la devise en Kabylie. Mais aux environs de 17 heures, de petites escarmouches éclatèrent entre le FFS qui veut signifier qu’il est maitre des lieux au Djurdjura, le FLN et le RND. Il n’y a pas de doute, la police, la gendarmerie et les chefs de bureaux ont reçu des directives pour aider les partis a frauder massivement. Mais ces petites escarmouches ont vite éveillé les soupçons des autres partis, les petits qui vont encombrer la scène au Djurdjura.
« La fraude est endémique ; elle est dans les gènes du régime algérien », ironise le frère d’une candidate au passage de la presse et des officiers de police. Et d’ajouter : « He, vous les journalistes, est ce que vous allez écrire ce qu’on va vous dire ? Est-ce qu’ils vous ont payé pour ne rien dire ? Nous, nous n’avons que vous, venez voter pour la liste 14. Nous sommes pauvres et nous changer de régime. » Embarrassés, les officiers de police et le chef de bureau font semblant de ne l’entendre.
A 17 heures, candidats FLN, RND et FFS se retranchent dans leurs permanences respectives en présence de leurs militants. Notre présence les excite cependant. Les militants FLN vont droit sur le journaliste d’El Watan. « Djaballah est un salopard. Il est financé par les monarchies arabes. Il a même une chaine de tv avec des spots publicitaires que les grandes chaines ne peuvent pas se permettre. On ne va pas le laisser passer. » Les militants FFS approuvent, mais ne supportent pas la présence du RND et du parti de Amara Benyounes. Le taux de participation annoncé sur air triomphal par le candidat FFS, dépassé les 20 %. A 18 heures, la guerre du dépouillement s’annonce rude. Tout le monde s’apprête a jouer le jeu de l’administration, mais pour arriver le 1er et avoir le siège tant convoité depuis plusieurs semaines au parlement. Quoi, une élection à l’algérienne !


Nombre de lectures: 318 Views
Embed This