DzActiviste.info Publié le mer 17 Oct 2012

ELWATAN-ALHABIB 2012-10-17 21:17:00

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Impuissances 

 

 

Abed Charef
Mercredi 17 Octobre 2012


Croissance en berne, inflation en hausse, crédibilité des institutions en chute libre: l’Algérie ne réussit décidément pas à produire grand chose, à part de fausses promesses et des discours creux.



Impuissances

Les alertes se multiplient, les opposants dénoncent, les amis attirent l’attention, les institutions internationales insistent, les courtisans eux-mêmes font semblant de protester. Mais cela ne semble, hélas, servir à rien. Le gouvernement algérien se comporte en autiste. Il n’entend rien, ne voit rien, alors qu’il a, devant lui, le tableau de bord de l’économie nationale.
 
Pour l’heure, le gouvernement ne réussit ni à relancer la croissance, ni à maitriser l’inflation. A ce niveau d’incapacité, il ne semble guère utile de mentionner les autres thèmes sur lesquels le gouvernement a montré son incapacité à influer sur le cours des choses. Il n’a pas réussi à réorganiser une économie qui part en lambeaux, ni à introduire des règles primaires dans son fonctionnement, ni à réguler le marché, ni à organiser un tant soit peu la vie dans les cités.
 
Ce ne sont pas des mauvaises langues ou des opposants qui le disent, ce sont ses propres ministres qui font ces aveux. Et d’abord le premier d’en entre, Abdelmalek Sellal. Il faut nettoyer les villes et assurer la performance du service public, a-t-il fixé comme tâches prioritaires à sa nouvelle équipe. Sous-entendu: les villes algériennes sont sales, et le service public défaillant. Des vérités, des évidences qui sautent aux yeux pour tout algérien, mais encore fallait-il attirer l’attention d’un chef de gouvernement sur la question, l’amener à reconnaitre un état de fait, puis à proposer de vraies solutions pour changer les choses.
 
Cela donne, pour le moment, ce qui prend l’allure d’une campagne ponctuelle, destinée à donner le change plutôt qu’à apporter de vraies solutions. On organise des campagnes de nettoyage des cités, on annonce qu’un million de tonnes de déchets ont été collectés, on insiste sur une « action de sensibilisation ». Sans plus. Mais on oublie l’essentiel: d’une part, les institutions et les structures chargées de cette tâche son inopérantes, et d’autre part, que l’hygiène, la citoyenneté, le vivre en commun ne sont pas des valeurs très répandues au sein de la société algérienne. Et elles ne le seront pas, tant que l’exemple ne viendra pas d’en haut.
 
Sur le terrain économique, le ratage du gouvernement est si évident que personne ne le conteste. Alors que le pays, au vu de ses besoins et de es moyens, a la possibilité de faire une croissance à deux chiffres, celle-ci sera d’à peine 2.6% en 2012, selon le FMI, après des résultats encore plus faibles en 2011, où elle a atteint 2.11 pour cent. Comment un pays qui dispose de financements très importants, d’un marché très gourmand, comment un pays dont un habitant sur vingt cinq est à l’université, peut-il faire une croissance aussi faible? Comment un pays qui importe un demi-million de véhicules réussit-il, non seulement à n’en produire aucun, mais aussi à échouer dans toutes les négociations destinées à lancer un embryon d’industrie automobile?
 
Après une décennie d’atermoiements, il semblait que la situation était mûre pour entamer une nouvelle étape. Le pays avait touché le fond, pensait-on, il ne pouvait que remonter. Mais les informations provenant de différents ministères laissent perplexes. Elles montrent plutôt que le pays va encore patauger pendant des années. Ainsi, après tous les textes, projets, documents, et autres études stratégiques sur le sujet, on apprend que le nouveau ministre de l’industrie vient d’installer un nouveau groupe de travail pour élaborer une stratégie industrielle! Ce qui signifie que le secteur va continuer à tourner en rond pendant quelque temps, et à produire des mots et des discours sans effet. 
 
Il n’est pas le seul. Faut-il rappeler ce qui se dit dans le domaine du tourisme, du logement ou de l’agriculture? Mais l’économie suffit pour offrir tous les exemples de ce fonctionnement absurde: au moment où le patronat, qui a obtenu toutes les facilités théoriques possibles, appelle à de nouvelles relations entre les banques et les entreprises, comment admettre que les seules banques, non étatiques, appartiennent à des étrangers? Comment expliquer que les Algériens soient, de fait, interdits de lancer des banques privées?
 
A côté de ces résultats qui relèvent de « l’aberration », selon la formule de M. Omar Ramdane, les autres indicateurs économiques suivent la même dérive. L’inflation explose. Elle frôle les huit pour cent, et menace de dépasser les dix pour cent à fin décembre. Des économistes estiment d’ailleurs que le taux d’inflation a atteint les deux chiffres, car le taux officiel est calculé sans tenir compte de l’économie informelle, qui occupe une place non négligeable dans la société.
 
Depuis le début de l’année pourtant, le gouvernement a été alerté sur cette poussée inflationniste qui dévaste tout sur son passage. Mais M. Karim Djoudi s’est contenté de regarder, impuissant, défiler les chiffres, tous les mois, indiquant tous que la courbe monte, monte, monte encore et encore. En quelques mois, il a ainsi perdu une de ses rares réussites de ces dernières années, le contrôle de l’inflation, contenue jusqu’en 2011 sous la barre des cinq pour cent.
 
Le Gouvernement a-t-il eu connaissance de ces alertes? Assurément. A-t-il tenté de répondre? Peut-être. Le gouvernement s’est-il trompé de solution? Assurément, puisque la situation s’est encore détériorée. Une autre certitude s’impose alors: le pays ne dispose plus des instruments nécessaires pour faire face à la dérive. Avant de penser à régler les problèmes, l’Algérie doit d’abord se créer les moyens institutionnels pour le faire. C’est-à-dire créer de vrais ministères, qui élaborent de vraies politiques, en débattant avec de vrais députés, les exécutent avec une véritable administration, de vraies banques et de vraies entreprises, pour servir de vrais citoyens.


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