DzActiviste.info Publié le mer 24 Oct 2012

ELWATAN-ALHABIB 2012-10-24 08:57:00

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VIVA MARIAM !
 
 
 
par M. Saadoune
 

Quand on dispose d’Al-Jazira, le geste émiral d’aller à Ghaza sus-cite une couverture massive. L’argent ne manquant pas, on met la main au portefeuille pour montrer que l’on n’oublie pas la cause principale des peuples arabes. Du côté de l’Autorité palestinienne, cette préférence du Qatar pour le Hamas – qui comme tous les groupes liés à la confrérie des FM s’est positionné contre Damas – suscite quelques aigreurs que l’on évite de trop exposer. Après tout, l’Autorité palestinienne n’a rien de cohérent, non plus, dans ses positionnements.

Mais si Al-Jazira – que l’on dit plutôt en perte d’audimat au Maghreb – défend bien son vibrionnant émir, rien ne doit nous empêcher de parler d’une jeune fille de Bahreïn, pays à la révolte populaire et majoritaire boudée par Al-Jazira et ses consœurs, qui a choisi de boycotter une rencontre organisée par l’Unesco à l’université du Connecticut pour rendre hommage à son père, emprisonné à Bahreïn. Pourquoi ? Parce que dans une remarquable démonstration de l’art manipulatoire du mélange des genres, on a décidé, dans une «vente concomitante» grossière, de rendre également hommage au président israélien Shimon Peres. Mariam Al-Khawaja qui était censée prononcer, hier, un discours au nom de son père, Abdelhadi Al-Khawaja, embastillé «à perpétuité» par le pouvoir bahreïni (sa sœur Zineb a été à son tour brutalement arrêtée ces derniers jours et emprisonnée pour crime de «lèse-majesté»), a refusé d’accréditer la combine. Dans une lettre ouverte adressée à l’Unesco, elle se dit «flattée» que son père ait été choisi mais elle a dit sa déception de voir qu’on lui rend hommage «avec une personne responsable de nombreuses violations des droits de l’homme, et qui doit être traduite en justice, au lieu d’être honorée».

Il faut en parler car le refus courageux de cette instrumentalisation, au plan humain et politique, a beaucoup plus de valeur que la visite, sans risque et publicitaire, de l’émir du Qatar à Ghaza. Et il n’est pas inintéressant de souligner que cet acte éminemment politique de la jeune Mariam a été quasi totalement ignoré par les médias arabes. En Algérie, les médias ne sont pas limités dans l’expression sur Bahreïn, il reste qu’on ne parle pas beaucoup de la situation de ce pays. Pas autant qu’il le faudrait en état de cause. On le sait, pour les militants des droits de l’homme en lutte contre les autocraties et les dictatures, obtenir l’attention et le soutien des opinions publiques à l’étranger est un axe vital de leur action militante. C’est une démarche que le verrouillage et la répression interne justifient amplement, mais elle n’est pas sans risque. Comme celui d’être amené à taire ou à minimiser les situations où, par exemple, les Occidentaux sont très largement responsables ou coresponsables.

 Il faut être vigilant pour ne pas succomber à ce mélange des genres. Il faut être aussi courageux et accepter de renoncer à des tribunes et des soutiens où l’on perd le fil de son propre combat. Shimon Peres, aussi nobélisé qu’il soit, reste un colonialiste, un raciste et n’a aucun magistère moral en matière de droits de l’homme. C’est la couleuvre que l’on a tenté de faire avaler dans le Connecticut. C’est la rançon obscène que Mariam Al-Khawaja, malgré l’immense adversité dans laquelle se déroule la lutte pour les droits de l’homme à Bahreïn, a refusé de payer. «Mon père disait toujours que lorsqu’il s’agit des droits de l’homme, il n’y a pas de région grise. Soit tu soutiens les droits de l’homme, partout, et tu t’opposes aux agresseurs de ces droits, soit tu ne le fais pas», a déclaré Mariam Al-Khawaja. Clair, net et à méditer par ceux qui voudraient nous imposer l’agenda de leurs indignations très sélectives…


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