DzActiviste.info Publié le jeu 15 Nov 2012

ELWATAN-ALHABIB 2012-11-15 20:06:00

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Toute une famille de Gaza endeuillée après le meurtre de son garçon qui jouait au foot

jeudi 15 novembre 2012 – 14h:00
Rami Almeghari


Muhammad Abu Daqqa, 13 ans, se rappelle terriblement bien le moment où son cousin et ami Ahmad Abu Daqqa a été tué près de sa maison pendant qu’ils jouaient au foot mardi dernier.
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Ahmad Abu Daqqa est tombé victime d’un tir dans le ventre alors qu’il jouait au foot près de sa maison familiale dans le sud-est de la bande de Gaza ce 15 novembre 2012. (Eyad Al Baba / APA images)

« Tout d’un coup, Ahmad est tombé à terre et j’ai été surpris de voir qu’il avait l’air de saigner juste en-dessous de son cœur. Un hélicoptère bourdonnait au-dessus de nous et on voyait d’autres jeeps militaires israéliennes et des chars près de la frontière » explique Muhammad.

Selon le Centre Palestiniens pour les Droits de l’homme (PCHR), « la vie de ce garçon de 13 ans fou de foot a été tranchée lorsqu’une balle tirée par des soldats israéliens stationnés dans les environs a pénétré son ventre » (« Nouvelle escalade contre la bande de Gaza : compte-rendu du 11 novembre en anglais).

Ahmad Abu Daqqa est né dans la ville d’Abbasan al-Kabira, une zone rurale à l’est de Khan Younis. Le garçon est l’un des enfants tués par le feu israélien ces derniers jours ; deux cousins adolescents, Muhammad Harara, 16 ans et Muhammad Harara, 17 ans, ont également été tués samedi par des balles israéliennes alors qu’ils jouaient au foot près de Gaza Ville, selon le PCRH.
Un moment déchirant

 
La maman d’Ahmad Abu Daqqa, qui s’appelle Oum Bilal, se trouvait dans la maison d’un parent pour accueillir des pèlerins qui venaient de rentrer de La Mecque, lorsque son fils fut tué.

C’est par les nouvelles données sur un poste de télévision dans cette maison qu’elle a appris qu’un membre de sa famille venait d’être abattu.

A travers ses larmes, Oum Bilal murmure :
 
« Le présentateur a annoncé la nouvelle et à ce moment-là mon neveu a crié. … A cet instant j’ai senti mon cœur arraché et je me suis précipitée pour vérifier la nouvelle, car j’avais le sentiment que c’était mon fils Ahmad.
 
Je suis allée directement à l’hôpital et j’ai trouvé mon mari Abou Bilal tenant Ahmad dans ses bras. Un moment tellement horrible et déchirant, alors j’ai éclaté en sanglots » dit-elle.
La mère en deuil soupire et rappelle combien son fils, très actif, était serviable pas seulement pour sa famille immédiate mais pour toute la famille étendue.
« Ses tantes et d’autres membres de la famille avaient l’habitude de lui demander service – comme aller chez l’épicier ou apporter de l’eau.
 
Ahmad était mon oeil pour voir, il était ma main pour faire des choses, il était ma jambe pour marcher » dit Oum Bilal, sa fille Nour âgée de 8 ans assise près d’elle.

« Il était tellement serviable – au point qu’un jour il m’a demandé de lui apprendre à cuisiner pour sa sœur aînée, Taghrid, qui étudie à l’université et passe tout son temps à étudier » ajoute Oum Bilal.

Des sœurs et un père en deuil

Nour étale fièrement une grande photo de son frère tué et se rappelle qu’ils regardaient Tom et Jerry ensemble et qu’Ahmad était supporter du club de foot Real Madrid.

Sa sœur Taghrid, qui étudie la chimie, dit qu’Ahmad était un excellent élève et qu’il rêvait de devenir ingénieur en informatique. Ahmad était un frère et un ami et il l’accompagnait dans ses visites à la famille ou au marché proche ; il l’aidait pour tout ce qui touchait à l’ordinateur, explique-t-elle.

Younis Abu Daqqa dit Abu Bilal, le père d’Ahmad, venait de rentrer de l’Hôpital Européen de Gaza où il travaille dans l’équipe administrative.
 
Cet homme largement quinquagénaire ne peut se retenir quand il évoque son fils, d’une voix tremblante.

« Ahmad était une partie de moi-même », dit-il, au milieu des voisins venus soutenir la famille endeuillée.
 
« Tout ce que je veux dire, c’est que j’en remercie dieu, et qu’il repose en paix avec les anges.
 
Que dieu le venge [des soldats israéliens]. Qu’est-ce que mon fils a fait pour mériter d’être tué ?
Est-ce que le ballon avec lequel il jouait était un missile ou une mitrailleuse ? ».
 
Trêve rompue
Depuis la mort d’Ahmad Abu Daqqa, une vingtaine d’autres Palestiniens ont été tués dans l’agression militaire israélienne montante contre la bande de Gaza, où la population civile n’a nulle part où fuir.

Hier Israël a rompu une trêve effective avec les groupes armés de Gaza en exécutant « extrajudiciairement » le commandant militaire du Hamas Ahmed al-Jabari. Israël dit que son action militaire à Gaza vise à stopper les tirs de roquettes artisanales à Gaza.
 
Depuis le début de l’année jusqu’au 6 novembre, 71 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes à Gaza tandis que 19 Israéliens étaient blessés par des tirs palestiniens depuis Gaza, pas un Israélien n’étant tué, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA – « Rapport hebdomadaire de la Protection des civils »).

Dans la maison familiale d’Abu Daqqa , Taghrid a le message suivant pour Israël :
 
« Faites tout ce que vous voulez, tuez qui vous voulez ; mais vous devez savoir que vous êtes des étrangers sur cette terre et qu’un jour vous partirez ».
 
 
* Rami Almeghari est journaliste indépendant et conférencier universitaire à temps partiel ; il vit dans la bande de Gaza.


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