DzActiviste.info Publié le lun 26 Nov 2012

ELWATAN-ALHABIB 2012-11-26 20:09:00

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La « guerre mondiale à l’antisémitisme » à l’ère de l’islamophobie

 

 

Anti_semitism

Oubliez l’islamophobie galopante et la diabolisation des Arabes. Haaretz rapporte que le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor (Office de la démocratie des droits humains et du travail) du département d’État des États-Unis a « institutionnalisé la lutte contre l’antisémitisme mondial », même si depuis plus d’une décennie l’armée étasunienne et ses alliés détruisent des pays peuplés majoritairement de musulmans. Ou est-ce précisément pour appuyer la guerre contre l’islam et le monde arabe – connue également sous le nom de « guerre au terrorisme » — qu’est lancée la « guerre mondiale à l’antisémitisme »? (Leaving post, U.S. official reflects on a new definition of anti-Semitism, Haaretz, 17 octobre 2012.)
Le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, qui se présente comme « le leader des efforts étasuniens dans la promotion de la démocratie, la protection des droits humains et de la liberté de religion, et l’avancement des droits du travail dans le monde » exige maintenant que les représentants du département d’État suivent « une formation de 90 minutes sur l’antisémitisme au Foreign Service Institute, l’école des diplomates ». (Ibid.)
Pour les besoins de la cause, « une définition d’antisémitisme de 341 mots a été formulée, « laquelle comprend non seulement les formes traditionnelles, comme les accusations de meurtre rituel et les stéréotypes, mais aussi de nouvelles formes comme le déni et le relativisme de l’Holocauste », explique Hannah Rosenthal ancienne surveillante de l’antisémitisme au département d’État. (Ibid.)
Mme Rosenthal, qui a été à la tête du Jewish Council for Public Affairs et est maintenant PDG de la Milwaukee Jewish Federation, a par ailleurs indiqué que son équipe « a été en mesure d’inclure [dans la définition] à quel moment la critique légitime d’Israël devient de l’antisémitisme ». (Ibid.)
Cette initiative démontre encore une fois le « monopole juif de la victimisation ». Dans le monde post 11-Septembre, où les musulmans et les Arabes sont victimes de profilage racial et religieux dans les pays occidentaux, une telle décision est logiquement injustifiable. La chasse au « islamistes radicaux », présentés comme l’ultime menace par le département d’État étasunien, peu importe le parti au pouvoir, a fait de tous les Arabes et musulmans des suspects et des ennemis potentiels. La « guerre mondiale à l’antisémitisme » n’est rien d’autre qu’un instrument trompeur de la « guerre au terrorisme » des États-Unis dont Israël tire indubitablement profit.
Ce nouveau cours sur l’antisémitisme pour les représentants étasuniens est également une goutte d’eau dans l’océan que constitue l’« industrie de l’Holocauste ». Les lobbies projuifs et pro-israéliens sont déterminés à éradiquer toute critique légitime d’Israël. Mme Rosenthal a toutefois essayé de se faire rassurante en affirmant que « la critique d’Israël semblable à celle ciblant tout autre pays ne peut pas être qualifiée d’antisémite ».
Même si cette déclaration semble juste et équitable, elle ne l’est pas et elle n’est pas logique non plus. Non seulement il n’est pas possible de niveler les critiques entre les pays, mais en plus les États-Unis et Israël sont les champions de la critique injuste. Leurs critiques à l’endroit de l’Iran en est le meilleur exemple. Contrairement à Israël et aux États-Unis, l’Iran n’occupe pas d’autre pays à l’heure actuelle, n’utilise pas sa force militaire contre une autre nation et rien ne prouve qu’il possède des armes nucléaires. Malgré ces faits, on présente l’Iran comme la pire menace de la planète.
Nivellement de la critique et normalisation de l’islamophobie
Qu’elle ait été employée volontairement ou non, l’expression leveled against countries* traduit un désir de minimiser la critique envers Israël. Le « nivellement de la critique » joue un rôle important relativement à son occupation de la Palestine : justifier l’injustifiable, donner l’impression qu’Israël se protège d’un ennemi luttant avec des moyens égaux et mettant sa survie en péril. Cela sert à justifier une occupation décennale, la punition collective des Palestiniens, un crime de guerre en vertu des Principes de Nuremberg, élaborés dans la foulée des procès des nazis. Lorsqu’il est question d’Israël et de la Palestine, on ne peut pas logiquement critiquer les deux pays de manière égale : comment peut-on critiquer un pays occupé, sans armée, auquel on refuse l’autodétermination et des droits humains fondamentaux autant que son occupant brutal et lourdement armé?
Il existe une phrase creuse toute faite utilisée trop souvent par les commentateurs soi-disant neutres afin de « niveler la critique » : « Le conflit israélo-palestinien est complexe. » D’abord et avant tout, il ne s’agit pas d’un conflit, mais d’une guerre. Une guerre menée avec des moyens disproportionnés, où toute une population est punie et l’agresseur est transformé en victime. Ensuite, ce n’est pas complexe, mais très simple. Israël occupe un territoire et commet régulièrement des crimes de guerre alors que la « communauté internationale » ne fait rien soit parce qu’Israël est un allié ou par ce que leurs intérêts ne sont pas en jeu.
Ce nivellement de la critique fait partie d’un processus légendaire de légitimation de l’injustice et des crimes de guerre. Dans les années 1990, les accords d’Oslo ont banalisé l’occupation israélienne de la Palestine. Le joueur de football palestinien Mahmoud Sarsak est récemment devenu une icône de la lutte contre la normalisation. Il a été arrêté à un passage à la frontière, emprisonnée en Israël et libéré seulement après 96 jours de grève de la faim. Adie Mormech explique :

Le Dr Haidar Eid a appelé la lutte pour la libération de la Palestine au lieu de la normalisation avec Israël « la dés-Osloïsation de l’esprit palestinien [2] ». Il a qualifié l’attitude du joueur de football palestinien Mahmoud Sarsak contre la normalisation de lutte contre le « virus d’Oslo ». Ce dernier a refusé de se joindre à l’ancien soldat israélien Gilad Shalit pour animer un match du FC Barcelona.
Le « virus d’Oslo » fait référence à ce qu’il y avait derrière la série d’initiatives de normalisation entamées sérieusement en 1993, dans la foulée des accords d’Oslo, et de l’accord entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le gouvernement travailliste israélien de l’époque.
Edward Said, ayant vu immédiatement les périls de la normalisation sans justice, a écrit ceci en 1995 concernant la décision des dirigeants palestiniens d’appuyer les accords d’Oslo : « Pour la première fois au XXe siècle, un mouvement de libération anticolonial a non seulement abandonné des acquis considérables mais a également accepté de coopérer avec une occupation militaire avant que celle-ci n’ait pris fin. (Adie Mormech, De-Osloization and the fight against Normalisation, Scoop, 25 octobre 2012.)


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