DzActiviste.info Publié le mer 16 Jan 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-01-16 09:55:00

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Mali : Comment l’Algérie a construit son fiasco diplomatique.

 

 


La coopération sera donc totale : L’Algérie a fermé sa frontière avec le Mali, où une intervention militaire française est en cours, a annoncé lundi 14 janvier le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Amar Belani. Dimanche soir, c’était le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui précisait que les discussions se poursuivaient avec l’Algérie, après avoir annoncé qu’Alger avait «  »autorisé sans limite, le survol de son territoire aux Rafale français » ».

Le soutien d’Alger à Paris n’a pas manqué de surprendre en Algérie, tant il s’apparente à un «fiasco» pour la diplomatie algérienne, du moins pour l’éditorialiste, Faycal Métaoui, du quotidien El Watan: «  »Ce n’est pas une humiliation, mais tout de même : apprendre qu’Alger coopère pleinement et participe donc à une offensive militaire par la bouche du ministre des affaires étrangères français, c’est un peu fort » » juge ce spécialiste des questions internationales, joint mardi après-midi par téléphone. «  »Jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement ou le président Bouteflika ne nous ont fourni aucune explication » ».

Quelle était l’ambition algérienne au Nord-Mali ? Dès le mois d’avril 2012, les Algériens ont cherché à dissocier l’enjeu régional en deux situations distinctes. D’un côté, le problème touareg, veille épine dans le pied d’Alger; de l’autre, la nouvelle situation créée par l’émergence des groupes islamistes.

Les Touaregs se divisent en deux groupes : le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qu’Alger considère comme étant proche de la France, et Ansar-Dine, un groupe islamiste. Les Français considèrent Ansar Dine comme un mouvement islamiste allié à AL Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et au Mouvement pour l’unicité et le jihad, en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Les Algériens souhaitent de leur côté traiter Ansar Dine avant tout comme un mouvement « targui » (touareg en arabe), car ils ont peur de la réaction de leurs propres touareg. Au Sud algérien, nombre d’entre eux possèdent plusieurs passeports et, avant de se considérer comme Algériens, ils sont avant tout, touareg. Leurs réactions à une offensive algérienne contre leurs « frères » d’Ansar Dine est imprévisible, et Alger se doit d’en tenir compte, ce qui complique singulièrement sa stratégie diplomatique.  «  »Il n’y a pas de cohérence de la politique algérienne, juge un haut diplomate français. Chez eux, ils adoptent une réponse sécuritaire au terrorisme, mais à l’extérieur de leurs frontières, ils ont une approche politique » ». En 2012, et malgré ses doutes, Paris a cependant laissé Alger entamer les négociations avec Ansar Dine – qui s’est rendu plusieurs fois à Alger – pour pousser le mouvement à rompre avec AQMI et le MUJAO. L’ultime rendez-vous a eu lieu au mois de décembre. En parallèle, l’Algérie est parvenue à convaincre un temps la Mauritanie et le Burkina Faso, auparavant alignés sur la position française, de prêter main forte pour faciliter les négociations. Le Burkina a même reçu une délégation d’Ansar Dine pour négocier avec elle.

A Alger, il se murmure aussi que l’ultime but de la stratégie du gouvernement algérien est d’associer MNLA et Ansar dine pour les utiliser contre les groupes islamistes et les chasser du Nord Mali. Chasser les islamistes en unissant les Touaregs, pour ensuite régler le problème touareg, telle était sans doute l’ambition des autorités algériennes. Mais à la fin 2012, cette idée ne paraît plus réaliste. «  »Nous avions senti venir l’impasse » », nous explique Lounes Guemache, directeur de la rédaction du site Tout sur l’Algérie (TSA) qui a suivi de près les négociations. Nous avions interrogé plusieurs fois les responsables d’Ansar Dine, ils avaient été clairs : “AQMI et le MUJAO sont des musulmans, ce ne sont certes pas nos amis mais ce sont nos frères, nous ne prendrons jamais les armes contre eux.”»

La crainte… ou l’espoir d’un enlisement

Sans doute lassée et peu convaincue par l’issue des négociations en cours à Alger, la France a fini par prendre l’Algérie de vitesse. Pour les autorités algériennes, c’est une double défaite. «  »Elle est d’abord diplomatique – analyse le directeur de TSA.  L’Algérie s’est engagée en affirmant avoir de l’influence sur les Touaregs et Ansar Dine. Cet échec est réel, mais en diplomatie, les échecs sont nombreux et récurrents. Il n’y a qu’à voir la Syrie… L’autre échec qui lui, par contre, n’est pas acceptable, c’est celui de la défense d’un principe de non-ingérence de l’Algérie chez ses voisins. Principe que l’Algérie a mis en avant pour justifier ses positions scandaleuses, car anti-démocratiques, tout au long du printemps arabe. L’Algérie s’est en outre toujours opposée à toute forme d’intervention militaire étrangère. Et là, du jour au lendemain, elle ouvre son espace aérien aux avions français » ».

Si à Alger, l’amertume est aujourd’hui réelle, elle demeure contenue. Aucun responsable de premier plan, hormis une intervention minimaliste du premier ministre, n’est venu commenter l’offensive ni donner de détail sur la position algérienne. Et Paris a obtenu de l’Algérie tout ce dont elle avait besoin : le survol le territoire algérien comme bon lui semble, un soutien en matière de renseignements… et une fermeture des frontières pour limiter le repli des combattants islamistes en Algérie.

Pourquoi ce soutien si soudain ? Essentiellement pour des motifs de politique intérieure. La visite de François Hollande l’a bien montré : le pouvoir algérien a besoin du soutien de la France, dans la perspective de l’élection présidentielle prévue en 2014, et qui s’annonce aussi incertaine que la santé du président Bouteflika. C’est d’ailleurs pour conduire la majorité à ces élections en limitant la casse que les autorités algériennes se sont dotées fin 2012 d’un nouveau premier ministre présenté comme un bureaucrate discret et efficace. «  »C’est très clair depuis la visite de Hollande – glisse Lounes Guemache, de TSA – ordre est donné de multiplier les contrats en faveur des entreprises françaises en 2013. Aujourd’hui, le pouvoir algérien n’a absolument pas les moyens ni la volonté de s’opposer à la France » ».

Et puis, dans l’esprit de certains responsables algériens cités en off dans la presse, se dessine l’espoir d’un enlisement. «  »La France dans un bourbier » », titre ainsi le quotidien Liberté ce mardi : «  »La France s’est lancée dans la guerre anti-terroriste au Mali, dont il est très difficile de prévoir les conséquences – juge le quotidien algérien dans son éditorial du jour. Si pour l’instant, c’est l’aviation qui se charge de bombarder des positions des rebelles islamistes dans le nord du Mali dans le but de les affaiblir, il faudra bien un jour lancer l’opération terrestre sur un terrain accidenté, aussi vaste que la France et la Belgique réunies. Il ne fait aucun doute qu’il sera à l’avantage des terroristes, qui en connaissent tous les coins et recoins, en plus du fait qu’ils sont plus rodés à la guérilla » ».

La France aura alors besoin d’Alger et de son expérience de la région. Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, ne répète-t-il pas à l’envie : «  »L’Algérie, c’est une grande partie du problème du Nord-Mali, mais c’est aussi une partie de la solution » ». Enlisé, Paris ne pourrait plus se passer d’Alger et imposer ses vues comme elle vient de le faire.


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