DzActiviste.info Publié le mer 23 Jan 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-01-23 19:03:00

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Questions 

 

 

 

Hocine Belalloufi

Mercredi 23 Janvier 2013


Comment interpréter le refus du pouvoir de s’impliquer directement dans la guerre au Mali alors qu’il soutient officiellement le bien-fondé de l’intervention française et autorise les avions militaires de l’ancienne puissance coloniale à survoler le territoire national pour jouer une nouvelle fois au gendarme chez notre voisin du Sud ?



Questions
La crise malienne et les préparatifs de guerre de la France sous couvert de la Cédéao ont amené à maintes reprises nos gouvernants à réaffirmer, ces derniers mois, l’opposition de l’Algérie à toute intervention de l’Armée nationale populaire (ANP) hors de nos frontières. L’exécutif a rappelé ce principe pour justifier le refus clair et net d’envoyer des hommes et du matériel militaire chez notre voisin du Sud. Les plus hautes autorités du pays ont dans le même temps donné instruction aux services de sécurité de boucler les frontières avec le Mali et d’installer un dispositif militaire afin de parer à toute remontée belliqueuse des groupes armés islamistes en retraite face à l’offensive des troupes françaises, de leurs alliés de la Cédéao et de l’armée de Bamako en phase de reconstruction. La tragique prise d’otages d’In Amenas a confirmé qu’un tel danger n’était pas seulement potentiel. Elle a dans le même temps mis en évidence la nécessité de se protéger par un maillage aussi serré que possible de la région sans prétention aucune à atteindre un état d’étanchéité absolue.
Cependant et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le principe de non-intervention des troupes algériennes au-delà des frontières nationales n’est pas absolu. La principale mission militaire dévolue à l’ANP sur le plan constitutionnel consiste effectivement à défendre le peuple algérien et l’intégrité territoriale face à une agression extérieure. Mais l’armée est déjà intervenue, avec raison, à l’extérieur du territoire, en 1967 et en 1973, lorsque le gouvernement de Houari Boumediene expédia des soldats de l’ANP et du matériel (avions, blindés…) en Egypte pour prêter main-forte à l’armée de ce pays en guerre contre Israël.



A propos du principe de non-intervention à l’extérieur des frontières

Le principe de non-intervention doit donc être entendu, du point de vue de l’Etat algérien, comme un refus d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain, comme un rejet de toute agression d’un pays tiers ou de participation à une opération de répression d’un peuple par son gouvernement et non comme un refus de soutenir une cause juste, celle d’un peuple en lutte pour sa libération ou celle d’un Etat agressé par une puissance coloniale, raciste et expansionniste comme ce fut le cas lors des guerres menées par l’Egypte contre Israël. Le principe de non-intervention extérieure ne relève pas d’une démarche béatement pacifiste, mais du respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et du refus de l’ingérence dans les affaires d’un Etat ou d’un groupe d’Etats tiers. Il ne doit pas s’agir d’un principe formel étroitement juridique ni d’une soumission à une trompeuse « légalité internationale » à sens unique et qui relève en vérité de la loi du plus fort, mais d’un principe découlant d’une vision d’un monde marqué par l’opposition entre oppresseurs et opprimés et d’une subordination aux impératifs de lutte pour un monde qui, à défaut d’être juste, serait moins injuste. De même qu’il existe des guerres justes et des guerres injustes, il existe des interventions étrangères justes et des interventions étrangères injustes.
Il s’agit-là, en l’occurrence, d’une position de principe tout à fait correcte.



Ambigüité

Le problème et l’ambigüité, car il y a problème et ambiguïté, résident dans le fait que l’Algérie officielle soutient politiquement et militairement la guerre déclenchée par François Hollande au Mali et autorise en conséquence le survol du territoire national par les avions militaires français, tout en refusant d’envoyer l’armée chez le voisin. Or, si l’on considère que cette guerre est juste, parce qu’elle a été déclenché par un président malien légitime à qui l’on reconnaît le droit de demander une intervention militaire étrangère dans son pays pour protéger son peuple et son Etat de la menace islamiste, il aurait fallu que l’armée algérienne intervienne directement elle aussi pour venir au secours de ce peuple frère et de ce président légitime. Pourquoi refuser alors de faire montre de solidarité active avec le peuple malien ? Pourquoi abandonner le beau rôle à François Hollande ? Surtout qu’en sauvant le peuple malien et son Etat des groupes armés islamistes, l’Algérie se protégerait elle-même de la menace effective qu’ils font peser sur sa sécurité et sur le bien-être de ses habitants. 
 
Comment, dans ces conditions, interpréter le refus de faire intervenir l’ANP au Mali autrement que par la conviction du pouvoir que la guerre déclenchée dans ce pays voisin par la France n’est pas, en réalité, si juste qu’on le proclame officiellement ? Qu’il s’agit en réalité d’une nouvelle intervention néocolonialiste du gendarme de l’Afrique ? Cette attitude ambiguë ne découlerait-elle pas alors du refus ou de l’incapacité du pouvoir à assumer un affrontement politique avec l’impérialisme français en s’opposant à lui à propos de cette guerre ? Que ne s’appuie-t-il pas, dans ce cas, sur les mobilisations populaires spontanées dont il a le génie de l’organisation ? Quelqu’un peut-il douter que le peuple algérien répondrait présent en ce cinquantième anniversaire du recouvrement de l’indépendance nationale face au colonialisme français ? Cette contradiction entre une affirmation du caractère juste de cette guerre et l’appui réel apporté à l’intervention française, d’un côté, et le refus d’intervenir directement, de l’autre, n’est-elle pas plutôt l’effet de divergences politiques au sein du pouvoir lui-même entre partisans et adversaires de cette guerre ? A moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un alignement direct découlant d’un partenariat stratégique entre Paris et Alger, alignement que le pouvoir n’est pas en mesure d’assumer vis-à-vis de son propre peuple ?

Il ne faut certainement pas attendre du pouvoir qu’il nous livre clairement une explication. C’est dans l’évolution de ses prises de position et de ses actions et en filigrane de ses déclarations que l’on pourra progressivement décrypter le sens de son orientation. Ce qui s’avère certain en revanche, c’est que la crise économique mondiale pousse les puissances dominantes à être de plus en plus agressives dans le Sud de la planète et à y intervenir militairement. A la croisée de deux zones géostratégiques de toute première importance – le Grand Moyen-Orient et le Sahel – région qui forment une nouvelle « zone des tempêtes », l’Algérie se trouve en première ligne dans l’affrontement qui oppose les grandes puissances impérialistes et leurs relais aux peuples. Le pouvoir ne pourra rester longtemps dans l’ambigüité et sera inexorablement contraint de choisir clairement son camp.


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