DzActiviste.info Publié le ven 8 Fév 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-02-08 20:26:00

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Poutine, prix Nobel de la Paix 2013.

 

 


Vladimir_Putin_11_March_2008-1On peut rêver. Mais ça restera un rêve. Le prochain prix Nobel a plus de chances de se retrouver  chez un certain émir du golf ou entre les mains  de certaines stripteaseuses qui adorent chanter dans les églises.  Un chien qui mordrait Poutine aurait toutes ses chances. C’est dire… Prix Nobel pour Poutine ? Même pas en rêve. Pourtant…
Pourtant, s’il est un défenseur de la paix mondiale aujourd’hui, un parmi peu, c’est bien lui. Bien obligé. Question de vie ou de mort. Non pas pour lui, mais pour la Russie. Oui, aujourd’hui la Russie est cernée de toutes parts et la meute se  rapproche. Le dispositif d’encerclement, débuté à la chute du Mur de Berlin, s’est fait de manière insidieuse, par une annexion douce et progressive des anciens états de l’Union Soviétique. Tant qu’aucune  résistance ne s’opposait à cette dynamique, l’encerclement se faisait sans coup férir, renforcé par une présence active de divers organismes à l’intérieur même de la Russie. Les choses  se déroulaient donc normalement dans l’euphorie générale du bloc atlantiste, qui n’en finissait pas de célébrer sa « victoire » contre le Communisme, oubliant, au passage, que  le pays le plus prospère au monde est un pays communiste, géré par un parti communiste.
Mais mêmes les meilleures choses ont une fin. L’ours russe, après une longue période d’hibernation, sort de son sommeil, bien décidé à ne pas se laisser dépecer. Ceux qui avaient déjà vendu sa peau en seront pour leur frais. De par son Histoire, la Russie se serait réveillée tôt ou tard. Seuls les naïfs et les aveugles – l’euphorie aveugle, c’est bien connu – pouvaient croire le contraire. Elle n’a pas attendu longtemps. Juste le temps d’une présidence, celle de Boris Eltsine, le réveil est là, avec Poutine.
Ce que Poutine représente pour les russes, je ne saurai le dire. L’Histoire future de la Russie l’encensera ou le démolira selon les besoins de ceux qui l’écriront. Je ne me risquerai donc pas à porter des jugements qui n’ont d’ailleurs aucun intérêt. Je me contenterai seulement  de tenter d’analyser ce qui se passe sous nos yeux, le plus simplement possible, laissant  aux experts, dont je ne suis pas, le soin de plonger dans des finesses qui, souvent, brouillent plus qu’elles n’éclairent.
En simplifiant les choses, on se rend compte que la Russie de Poutine évolue selon un plan très structuré, et ce depuis 2000, date de son arrivée au pouvoir. Avant d’examiner ce plan, faisons un petit tour en arrière, à la fin de la guerre froide avec la chute de l’empire soviétique. Toutes les guerres se terminent toujours de la même façon : chaos et désorganisation du vaincu, pillage systématique de tout ce qui peut l’être, et ensuite seulement, reconstruction du pays dévasté. La guerre froide n’échappa pas à la règle. La période de chaos et de pillage couvrit toute la présidence de Boris Eltsine. Dans un contexte de privatisation forcenée et du démantèlement de tout vestige du communisme, on assista à une vaste braderie par l’état de toutes les richesses du pays. Des pans entiers de l’industrie et du secteur énergétique se retrouvèrent  entre les mains de prédateurs de toute sorte avec des capitaux étrangers le plus souvent. Grâce au Russian Privatization Center, financé par la Banque Mondiale, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et par le Département d’Etat Américain, le gouvernement put mener à bien son programme au point que, en 1994, un peu plus de 60 % du PIB provient du secteur privé. Comme pour aggraver la situation, une bonne partie des cadres de l’ancienne administration, de l’armée et du KGB furent démobilisés. Pour survivre, toute cette masse de nouveaux chômeurs n’avaient d’autres choix que de se servir de leur ancienne position pour participer au pillage. Certains, particulièrement les anciens du KGB, profitèrent de leurs compétences et de leurs relations internationales pour aller grossir les rangs de ce qu’on appelle globalement la mafia russe. Cette dilapidation des richesses doublée d’une fuite systématique des capitaux vers des paradis fiscaux, achevait de démolir une Russie qui déjà, au temps soviétique, était au plus mal.
Dans un tel contexte, l’arrivée d’un sauveur était plus que nécessaire et urgent. Urgent au point qu’il fallait écourter, au plus tôt, le mandat de celui qui était la principale cause du problème.  Démission de Boris Eltsine, élections présidentielles, Poutine au pouvoir. Le travail peut commencer. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce que ferait, en pareille situation, n’importe quel dirigeant ayant à cœur de redonner à son pays son lustre d’antan. D’abord, redresser l’économie. Sachant que l’effondrement de l’Union Soviétique fut avant tout du à un effondrement économique, la priorité des priorités  était de remettre de l’ordre dans ce domaine. Arrêter l’hémorragie des capitaux, récupérer ce qui avait été volé à l’Etat, arrêter la gabegie, lutter prudemment mais fermement contre la corruption, furent les chantiers auxquels il fallait s’atteler. Poutine s’y attela. Chaque coup qu’il fit pour avancer dans son agenda fut perçu en occident comme un coup bas, une attaque contre la Liberté, un pas vers la dictature. Et pour cause : il démolissait brique par brique tout l’édifice  savamment construit par ce même occident pour s’accaparer des ressources russes.
De 2000 à 2008, Poutine, sourd à la grogne atlantiste, consacra son énergie à remettre son pays à flot. Puis ce fut l’intermède Medvedev.  Ce que certains ont vu comme une sorte de récré, en fait n’en fut pas. Medvedev travaillait dans la continuité. Avec une personnalité aussi déterminée que celle de Poutine, qui peut penser que le choix de son complice soit le fait du hasard ? Car il s’agit bien d’une complicité renforcée par une complémentarité rare qui fit de Medvedev Premier Ministre, successeur (intérimaire), Premier Ministre à nouveau. Devant ou derrière, Poutine est toujours là. Le plan peut suivre son cours sans interruption. Un travail long et ardu, mais facilité par les énormes potentialités du pays. Outre son sous-sol qui regorge de richesses, la Russie était aussi, certains l’avaient  oublié, une puissance géopolitique. Restaurer cette puissance, c’est la deuxième phase du plan. Economie maitrisée, ressources contrôlées, il n’y avait plus qu’à se dégager du carcan d’étouffement dans lequel se trouvait la Russie. Dès son retour à la tête de l’Etat, il donne le La, en annonçant clairement son intention de redonner à son pays la place que l’Histoire lui a octroyée. Pour ce faire, la bataille va se porter sur deux fronts, intérieur et extérieur.
Sur le plan intérieur, il met en place une politique tendant à ranimer la flamme russe autour de l’orthodoxie religieuse, son passé historique et de ses spécificités culturelles. Il engage des réformes tendant à contrecarrer toute influence déstabilisatrice étrangère, surtout d’ordre financier. Enfin, il réorganise l’appareil de l’état  pour instituer une sorte de démocratie à la Russe, dans un pays où  ce mot même est un anachronisme. A l’international, il commence d’abord par se chercher des alliances chez ceux qui ont les mêmes intérêts économique que la Russie (toujours cette hantise économique), ensuite auprès de ceux qui ont les mêmes préoccupations vis-à-vis de l’impérialisme occidental. Pendant qu’il œuvre à ces rapprochements, il  consolide son système de défense et de dissuasion militaire.
Cherchant à devenir, par nécessité, le porte-parole d’une sorte de fédération des opprimés, la Russie, pourtant une puissance mondiale, apparaît comme un pays ayant une mentalité tiers-mondiste, c’est-à-dire humaine, gouvernée par des humains avec leurs travers et leurs qualités, par opposition au monde occidental qui lui, parait être gouverné par un système où l’humain n’a plus sa place. Face à un tel système, une seule arme : le droit international. Le droit, c’est l’arme du pauvre et du petit. Le puissant n’en a que faire et passe outre chaque fois qu’il le peut. Seuls les faibles se réfugient derrière la barrière fragile du droit. Il faut donc, coûte que coûte amener les grands à respecter la légalité internationale, seule capable de garantir la paix mondiale. Quitte à parfois fermer les yeux sur certaines transgressions de la loi sans trop de conséquences, permettant ainsi de temporiser et d’éviter le clash frontal que tous les humains redoutent, mais dont le système n’a que faire des conséquences.
Accepter quelques entorses au droit international, mais fermeté sur l’essentiel. C’est ce qui semble être la ligne de conduite de Poutine. On a déjà vu cette fermeté en Ossétie du Sud (sous la présidence de Medvedev), on la voit aujourd’hui en Syrie, elle se manifestera  demain en Iran si jamais ce pays était attaqué. Le combat pour la paix a désormais un porte-drapeau. Quelles que soient les raisons qui le guident, l’Humanité toute entière devrait lui en être reconnaissante. Et quel meilleur moyen de manifester sa reconnaissance que le Prix Nobel de la Paix, si ce prix a encore un sens ?


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