DzActiviste.info Publié le mer 27 Mar 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-03-27 22:48:00

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Offensive globale contre les peuples du monde arabe et du Sahel 

 

 

Hocine Belalloufi

Mercredi 27 Mars 2013


Les peuples du monde arabe et du Sahel font face à une offensive impérialiste de grande envergure. Des résistances locales s’organisent, qui s’avèrent indispensables. Mais l’élaboration d’une réponse à l’échelle régionale s’impose afin de renforcer chaque résistance particulière et de contrer victorieusement l’offensive impérialiste.



Offensive globale contre les peuples du monde arabe et du Sahel
L’intervention solitaire de la France au Mali et le double refus des Etats-Unis et de l’OTAN d’armer les rebelles syriens et de répondre favorablement à leur demande d’installation d’un parapluie de missiles dans la « zone libérée » du Nord du pays ne doivent pas masquer le fait que nous assistons à une offensive impérialiste majeure contre les peuples du Sahel et du monde arabe.
On note certes quelques différences d’approche entre puissances de l’OTAN, des tactiques parfois divergentes et des initiatives distinctes. L’intervention française au Mali n’a pas drainé derrière elle les armées d’autres pays de l’OTAN. Paris a néanmoins bénéficié d’une aide logistique et financière non-négligeable des Etats-Unis. Peut-on envisager que le renversement du président centrafricain se soit fait contre la volonté de Paris dont le contingent militaire basé traditionnellement à l’aéroport de Bangui a d’ailleurs été renforcé depuis par la venue de 200 soldats français ? Qui peut croire que Paris n’a pas donné son feu-vert aux insurgés ? Le fait que l’Elysée n’ait pas appelé ses ressortissants à quitter la Centrafrique en dit long quant à l’ampleur des informations dont la France disposait.

Plus va-t-en-guerre que jamais, le socialiste François Hollande et le conservateur David Cameron effectuent un forcing auprès de leurs 25 collègues de l’Union européenne (UE) pour les inciter à armer les rebelles syriens. Paris et Londres ont même prévenu qu’un éventuel désaccord ne les dissuaderait nullement d’assumer leurs responsabilités… Qui peut douter un seul instant que des armes et une assistance militaire sont déjà fournies aux rebelles depuis belle lurette ?

Du côté diplomatique, la stratégie d’étranglement progressif du régime de Damas se poursuit. N’hésitant pas à violer ses propres charte et résolutions, la Ligue arabe a fini par s’aligner sur la position du fondé de pouvoir arabe des grandes puissances, le Qatar. Elle a accordé le siège de la Syrie au sein de l’organisation fantoche à la Coalition nationale syrienne (CNS). Le forcing des Etats-Unis a également permis de mettre fin à ce qui n’aura finalement constitué qu’une brouille dans l’alliance stratégique de la Turquie et d’Israël. Les excuses verbales de Netanyahu ont suffi à calmer les velléités anti-israéliennes d’Erdogan et de son Parti pour la Justice et le développement (AKP). Et tant pis pour les victimes du bateau Marmara qui ont sombré dans l’oubli au même titre que la population palestinienne de Gaza…

Ayant apparemment choisi d’adopter un profil bas au cours des deux premières années du conflit syrien, Tel-Aviv change son fusil d’épaule et exhorte désormais les pays arabes à intervenir militairement en Syrie ! Cette mauvaise nouvelle pour Damas a cependant l’immense avantage de clarifier la donne politique. Même si elle n’a pas forcément été provoquée par les occidentaux, la démission du gouvernement Mikati au Liban constitue une autre mauvaise nouvelle pour Bachar El Assad. Enfin, un accord entre Ankara et la rébellion armée kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) serait susceptible de permettre à la Turquie d’accroître sa pression sur la Syrie.



L’impérialisme à l’offensive

Il y a une quinzaine d’années à peine, on tentait encore de nous vendre, en dépit des agressions de l’Irak et du Liban, le discours sur la paix universelle, la fin de l’histoire, l’avenir radieux des lendemains qui chantent, version bloc de l’ouest. Avec la transformation de la Chine en son contraire et la disparition de l’URSS, l’humanité entrait triomphalement dans sa séquence post-historique. Finies les idéologies, les guerres, la lutte des classes… Le temps de la grande harmonie, chère à tous les réactionnaires du monde qu’ils soient islamistes, évangélistes, laïcs, athées…, prenait son envol.
Mais cette harmonie s’est crashée sur le World Trade Center, un matin du 11 septembre 2001. Depuis, l’impérialisme (ce terme que l’on n’osait plus prononcer tant il ressemblait à un gros mot) a jeté son masque de cire pour nous montrer son véritable visage, particulièrement hideux : agressions militaires de l’Afghanistan, de l’Irak, du Liban par le biais du principal sous-traitant local (Israël), de la Libye, de la Syrie (de façon encore indirecte), du Mali. La liste reste ouverte.

Le récent voyage en Israël d’Obama – l’homme à qui le Nobel de la paix fut attribué à crédit alors même qu’il s’alignait sur le colonisateur –, a confirmé que les puissants du Nord soutiennent la poursuite de la colonisation de la Palestine par l’Etat sioniste ainsi que le principe d’un Etat ethniquement pur donc raciste. Ces mêmes dirigeants participent comme un seul homme à l’étranglement financier, commercial et diplomatique de l’Iran, travaillent à déstabiliser le Liban qui a eu la mauvaise idée d’accorder une majorité au Hezbollah et au Courant patriotique libre (CPL) de Michel Aoun et ne cessent de comploter contre le régime soudanais, même si ce dernier porte l’entière responsabilité de la situation ayant mené à l’éclatement de l’ex plus grand pays d’Afrique.

Ces attaques militaires et politiques visent en vérité à achever la mise au pas des régimes qui ne sont pas encore totalement alignés sur les grandes puissances du G7. Les régimes irakien, libyen, soudanais, syrien… considéraient assez naïvement que la fin du « Front du refus », le retournement de la Chine, la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS ainsi que leurs multiples reniements les mettraient à l’abri. Mais le camp impérialiste, lui, ne comptait pas en rester là. Il ne se satisfaisait pas d’une victoire globale, mais entendait pousser son avantage jusqu’au bout en faisant payer intégralement l’addition du passé à ceux qui avaient eu l’outrecuidance, à un moment ou à un autre, de lui résister quelque peu. Kadhafi, qui pensait sincèrement être devenu l’ami des Sarkozy, Cameron, Berlusconi et autres Obama et Merkel en aura été pour ses frais. L’impérialisme entend détruire définitivement le moindre vestige de régime non-aligné. Il exerce actuellement d’énormes pressions sur Bagdad en vue d’amener l’Irak à lâcher le régime syrien.



Récupérer et dévoyer les révoltes populaires arabes ou les briser

Contrairement à ce que soutient une certaine vision policière de l’histoire qui contribue fortement à dépolitiser les citoyens, les insurrections populaires qui ont touché les pays du monde arabe à compter de décembre 2010 n’ont pas été pensées, conçues et mises en œuvre à partir de Washington, Londres ou Paris. Elles sont d’abord et avant tout le fruit de la révolte de peuples qui ne supportaient plus l’oppression politique exercée par les valets locaux des grandes puissances occidentales (Ben Ali, Moubarek, Saleh, Cheikh Hamad bin Isa El Khalifa  …) et la misère sociale découlant de l’application par ces mêmes valets d’une politique néolibérale.
L’importance stratégique des intérêts impérialistes dans la région (contrôle des hydrocarbures, maintien de la suprématie absolue en faveur d’Israël donc de la paix entre ce pays et l’Egypte et la Jordanie, encerclement de la Russie et dissuasion de la Chine de devenir un acteur politique qui compte localement…) n’a pas laissé le temps aux dirigeants américains et européens de faire dans le sentiment. Ayant assez vite saisi l’ampleur du mécontentement et de la détermination des peuples des pays du monde arabe, ils ont changé leur fusil d’épaule en sacrifiant leurs anciens alliés, au nom du « printemps arabe » dont ils se mirent à chanter les louanges et dont ils devinrent les farouches défenseurs. N’hésitèrent-ils pas à faire la guerre à Kadhafi pour sauver le peuple libyen de son terrible tyran ? François Hollande ne vient-il pas de réitérer cette opération de sauvetage des peuples en envoyant son armée libérer le Mali ?  Chacun sait qu’il n’existe aucune richesse au Mali et que la France n’y dispose d’aucun intérêt économique. Son action est exclusivement motivée par son attachement indéfectible à la liberté dont Paris est le légataire universel depuis 1789. Rappelons-nous avec quelle constance la France s’est acharnée, en Algérie de 1830 à 1962, à nous inculquer les principes des droits de l’Homme et, surtout, à nous les appliquer…

Le soutien exprimé par Obama, Cameron, Hollande et autre Merkel à l’intention du « printemps arabe » ne vise qu’à gagner du temps. Dans les coulisses, les grandes puissances poursuivent inlassablement leur entreprise de colmatage des brèches en vue de rassembler toutes les forces susceptibles de préserver les immenses intérêts économiques et sociaux en présence ainsi que le statuquo politique local et régional. Elles aident les armées à se maintenir et se renforcer, militent en faveur d’un compromis politique entre ces dernières, les Frères musulmans et les secteurs des anciens régimes qui tentent de se recycler. Elles « aident » financièrement les gouvernements par le biais du FMI (accords avec la Tunisie et l’Egypte) pour mieux les ligoter et les étrangler demain. Pour mieux continuer également à exploiter les peuples de ces pays à qui l’on demande, dans la grande tradition néolibérale, de nouveaux sacrifices.
L’objectif est de faire obstacle à leur véritable adversaire : les peuples de la région et leurs organisations syndicales, sociales et politiques. Soutenir le « printemps arabe » pour mieux récupérer la révolte populaire et dévoyer la révolution constitue l’axe central de cette tactique impérialiste.

Ailleurs, là où cette révolte menace un fidèle allié (Bahreïn, Qatar, Oman…), les grandes puissances soutiennent sans état d’âme aucun la répression du pouvoir local et des monarchies amies du Conseil de coopération du Golfe (CCG).



Résister ensemble

Est-il possible de faire échec à cette offensive d’envergure en luttant chacun dans son coin ? Cela est peu probable. Il s’avère certes primordial que les peuples résistent partout. Mais il devient indispensable qu’ils pensent globalement – à tout le moins à l’échelle de la région – et qu’ils se dotent d’une stratégie de résistance commune. Confrontés au même ennemi qui applique, lui, une stratégie globale, les peuples ne s’en sortiront que s’ils situent leur réponse au même niveau.

La concertation entre forces politiques et sociales de la région, à l’occasion de l’actuel Forum social mondial (FSM) de Tunis ou des réunions régulières de la gauche arabe à Beyrouth, constitue l’occasion d’impulser et d’élaborer des réponses et des démarches communes. La multiplication des forums et la construction d’outils unitaires de coordination devrait progressivement contribuer à doter toute cette mouvance démocratique, anti-impérialiste et sociale d’une vision globale unifiée à même de donner une perspective commune aux peuples de la région. De la fondation de l’Etoile Nord-africaine (ENA), à la Conférence de Tanger regroupant l’Istiqlal, le FLN et le Néo-Destour en 1958, en passant par la mise sur pied de l’Association des étudiants musulmans Nord-Africains (AEMNA), il existe de nombreuses tentatives de rassembler les forces politiques et sociales luttant pour l’émancipation des peuples de la région. Il suffit de s’inscrire dans cette tradition et d’en élargir la pour s’atteler à répondre aux défis du temps présent.

Les forces sociales et politiques algériennes peuvent jouer un rôle charnière dans ce processus car elles agissent dans un pays qui constitue un point de jonction entre deux zones géostratégiques de toute première importance : le Monde arabe ou, plus globalement, le Grand Moyen-Orient (GMO), d’une part, et le Sahel, d’autre part. C’est peut-être pour cette raison que les délégations de militants qui se rendaient à Tunis ont été bloquées à la frontière.


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