DzActiviste.info Publié le mar 14 Mai 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-05-14 17:15:00

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Les pays musulmans asiatiques : Différents chemins vers le progrès

 

 

 

iran-islam-jameh-mosque

«Quand les rois pénètrent dans une cité, ils la pervertissent et font, des nobles qui l’habitent, des misérables. C’est ainsi qu’ils agissent»

Le Coran, Sourate 27, Les Fourmis, Verset 34,


Le XXe siècle, disait Jean-François Liotard, a vu la disparation des grands récits de légitimité à l’instar du communisme, du socialisme, voire du «socialisme de la mamelle spécifique» à la gabegie algérienne. Le XXe siècle est, par excellence, celui de la jouissance, l’homme prométhéen entend tirer profit de tout. Dany Robert Dufour a justement touché du doigt cette perversion du capitalisme à la fois perverse et puritaine. Nous l’ écoutons: «L’objectif du philosophe est assez simple. Il entend démontrer comment la libération des passions – autrement dit le triomphe absolu de l’égoïsme, l’impératif de jouissance, le besoin de domination – a transformé toutes les économies où interagissent les hommes: l’économie marchande, l’économie politique, l’économie esthétique, voire symbolique. Le libéralisme selon Dufour, possèderait donc au moins deux faces: une face puritaine, représentée par Adam Smith, et une face perverse, représentée par le divin Sade. Il serait l’accoucheur d’un monde où les individus obéissent avant tout à ce commandement suprême: jouis!» (1)
Ce monde de la «guerre de tous contre tous à pour fondement», l’égoïsme: «(…) Le principe d’égoïsme absolu qui est révélé par Sade écrit le philosophe Dany Robert Dufour, c’est celui qui est en jeu dans la crise. Et c’est le principe, cette fois, de la défense à tous crins de l’intérêt personnel à tel point que cela s’est nommé la cupidité. Donc, c’est une forme de l’égoïsme absolu que cette cupidité et ce n’est pas moi qui le dit au fond, quand on réfléchit un instant, c’est l’économiste en chef de tout le tournant libéral, celui qui a été interrogé par la commission fédérale, que l’on appelle le Maestro, qui a été le président de la Réserve fédérale, quand on lui demandait ce qu’il pensait de la crise, il disait: «Je pensais que la cupidité – c’est Alain Greenspan, bien, vous l’avez deviné – des banquiers était la meilleure garantie qui soit pour chacun et je m’aperçois que je me suis trompé.» C’est ce principe de la cupidité, d’égoïsme absolu, de la défense à tous crins de l’intérêt personnel, de la jouissance absolue dans tous les domaines où cela peut se manifester, dans les trois libidos que j’ai repris dans la philosophie classique…» (1)
Au XXIe siècle, pour pouvoir mener à bien cette «jouissance multiforme» il faut faire disparaitre les autres. Après la disparation du communisme, l’Islam est (re)devenu le nouveau Satan de rechange. De ce fait, sa diabolisation a précipité dans la tourmente les pays musulmans principalement arabes. Pourquoi? Est-ce que les peuples arabes ne sont pas dignes? Est-ce que ce sont des sous-hommes. Nous allons montrer a contrario que ce n’est pas l’Islam qui est en cause, c’est l’Islam arabe du fait des dirigeants dont la légitimé est tout sauf être légitime du fait qu’ils ont jailli du néant. A l’inverse, l’Islam asiatique ne semble pas concerné par les convulsions. Les peuples musulmans d’Asie avancent dans le domaine économique, scientifique et culturel sans que l’Islam ne soit un frein; au contraire, c’est un puissant stimulant. Nous citerons trois pays, l’Indonésie, la Malaisie et l’Iran dont la croissance est permanente.

L’Indonésie: le plus grand pays musulman
L’Indonésie est un pays musulman à 85% avec 240 millions d’habitants, 19.000 îles dont 6000 habitées; 6000 langues locales. C’est une République avec un régime présidentiel.. La liberté de la presse dans le pays s’est considérablement améliorée avec la démocratisation du pays. Des centaines de nouveaux magazines, journaux et tabloïds sont apparus. Il existe également 10 chaînes de télévision nationales qui concurrencent la chaîne nationale. Dans un esprit de tolérance dont devraient s’inspirer les Européens,. Les cours de religion (agama) sont obligatoires dès l’école primaire. Ils correspondent à la religion de chacun, les Musulmans étudiant par exemple l’Islam et la langue arabe. La plupart des Indonésiens parlent l’une des langues parmi plusieurs des centaines de langues locales (bahasa daerah) existantes, souvent comme langue maternelle. Les jours fériés en Indonésie, en dehors de la fête de l’Indépendance, reflètent la diversité religieuse et culturelle du pays et le respect des coutumes de celle-ci, indépendamment de la taille de la population concernée. Dans un esprit réel de tolérance pour un pays à 85% musulman, il existe des fêtes chrétiennes, chinoises hindouistes.
Dans les années 1970, les exportations étaient à 90% à partir des revenus des hydrocarbures. Trente ans plus tard, elles ne sont plus que de 14%.
L’Indonésie exporte son savoir et son savoir-faire. A titre d’exemple, l’Algérie a fait le chemin inverse. Dans les années 1970, les hydrocarbures représentaient 60% de nos exportations, actuellement ils représentent 98%. L’Indonésie exporte surtout des produits manufacturés pour 141 milliards de dollars (2008), des appareils électroménagers, des produits chimiques. Elle fabrique ses armes… elle s’est retirée de l’Opep, sa production pétrolière sur le déclin lui sert à son développement. Le pays est d’ailleurs devenu importateur net de pétrole en 2005. La part des produits manufacturés dans les recettes d’exportation de l’Indonésie bondit de 18% en 1986 à 52% en 1994. Inversement, le pétrole, qui en 1980 représentait 80% des exportations, ne représente plus que 15% en 1998. Entre 1999 et 2003, la croissance annuelle moyenne du PIB est de 3,3%.
L’Indonésie semble avoir renoué avec une certaine croissance, mais n’a pas encore retrouvé les taux des années 1990. Son PIB était en 2008 de 932,1 milliards de dollars (et la croissance du PIB est de 6,1% depuis plusieurs années malgré la crise de 1998 qu’elle a surmontée). En 2005, la balance commerciale de l’Indonésie était excédentaire avec 83,64 milliards de dollars américains à l’export. Le tourisme est une activité économique importante pour l’Indonésie avec 7,6 milliards de dollars de recettes en 2010. Le plus gros contributeur au tourisme indonésien est en fait le tourisme intérieur. Voilà donc un pays musulman tolérant qui avance et qui permet sans nul doute à son peuple de s’épanouir. C’est la quatrième démocratie au monde. (2)La Malaisie: un pays industrialisé
Au cours des dernières décennies, la Malaisie a joui d’un développement économique et social exceptionnel et a enregistré l’un des taux de croissance les plus élevés d’Asie. La population malaisienne est jeune et en expansion (elle a doublé entre 1970 et 2000). La religion d’État est l’Islam du courant sunnite et de l’école chaféite, observé principalement par la majorité malaise. La Malaisie est un pays volontariste dans sa politique de développement économique. C’est l’une des économies les plus ouvertes du monde et les plus dynamiques (croissance de 7,2% en 2010). (3)
Le parti au pouvoir en Malaisie depuis l’indépendance en 1957 a remporté les législatives, dimanche 5 mai, selon des résultats officiels publiés par la commission électorale. Le leader de l’opposition, durant la campagne, le parti de M.Razak, avait brandi le spectre du chaos en cas de victoire de l’opposition, tout en revendiquant la responsabilité du formidable boom économique du ´´tigre´´ malaisien, une nation musulmane de 28 millions d’habitants passée en 25 ans du stade de pays en développement à celui de pays développé. Le Premier ministre sortant a appelé l’opposition à ´´accepter le résultat´´ des élections ´´dans l’intérêt national´´.
lsa Lafaye de Micheaux nous résume les prodiges de ce pays: «Pays pauvre jusqu’à son indépendance en 1957, la Malaisie figure en ce début de XXIe siècle à mi-chemin sur l’échelle des revenus entre les nouveaux pays industriels d’Asie orientale et Singapour. Tigre? Miracle asiatique? Nouveau pays industrialisé? Pays émergent, l’auteure distingue trois parties: «La première partie décrit la mise en place, après les sanglantes émeutes raciales de 1969, de la New Economic Policy (NEP) en 1970 qui s’assigne deux objectifs: restructurer la société et éradiquer la pauvreté. Durant deux décennies, ce programme va permettre le quadruplement du PIB et la multiplication par six des exportations. La deuxième partie débute à l’aube des années 1990,. Si le principe de la planification est maintenu, une dose de libéralisation est introduite. La croissance malaisienne se poursuit à un rythme soutenu jusqu’aux crises qui vont secouer le pays à partir de 1997. La résilience de la Malaisie lui a permis, après la période qualifiée de rétablissement (2002-2005), de retrouver une croissance robuste, faisant d’elle «non seulement un pays émergent, mais un tigre asiatique de premier ordre dans la région la plus dynamique du monde». La troisième partie éclaire sur les spécificités du «modèle malaisien» que les seules analyses économiques ne suffisent pas à caractériser. Le rôle de l’État et l’insertion dans la division internationale du travail en constituent les deux axes majeurs. «Ainsi sont liées dans une dialectique inédite la force des logiques internes – exprimées par des choix de politique nationale, voire nationaliste – et les contraintes extérieures associées à l’extraversion économique du pays.» (4)L’Iran: une vieille civilisation, une nation d’avenir
Voilà un pays fort de près de 80 millions de musulmans chiites, qui a fait de son développement une priorité quels que soient les gouvernants. Ces huit dernières années, l’Iran a volé de succès en succès technologique. On se souvient de son obstination à traiter son uranium, diabolisé malgré des centaines d’inspection de l’Aiea. Elle a réussi à enrichir l’uranium en construisant des milliers de centrifugeuses. On se souvient du satellite iranien Omid (espoir) lancé le 5 février 2009, l’Iran rentrait dans le club fermé des nations spatiales. Malgré tous les empêchements de l’Occident, notamment une attaque informatique de grande ampleur, selon le site Mardomak. Pour rappel, il y a deux ans, l’Iran avait déjà fait face au virus Stuxnet, qui avait visé ses installations nucléaires. Selon le Guardian, Flame est bien plus complexe que Stuxnet et est un logiciel d’espionnage incroyablement.
Le secret? «Le taux d’alphabétisation était de moins de 50% (avant la Révolution islamique) tandis que grâce à la révolution, il est maintenant de plus de 86%.» De nos jours, l’Iran est une puissance technologique de loin plus performante que les autres pays musulmans. En 2003, les responsables du département d’«Electronical Engineering» de l’Université de Stanford, constatent que les meilleurs étudiants aux difficiles épreuves d’admission à leur cycle Ph.D. proviennent d’un même pays et d’un même établissement: la «Sharif University of Science and Technology» en Iran. Sharif dispense, selon de nombreux spécialistes, l’un des meilleurs programmes «undergraduate» (niveau licence) du monde en electronical engineering en compétition avec le MIT, Caltech, Stanford, du fait d’un excellent corps enseignant avec une priorité donnée aux sciences dans les programmes scientifiques des lycées. Un succès certes, surprenant, mais qui -c’est certain- ne doit rien au hasard. Enfin, le rapport du FMI de 2011- malgré l’embargo occidental, fait un constat de bonne gouvernance en Iran. On mesure sans peine ce lourd aveu d’un pays qui n’a jamais cessé d’être diabolisé. Ce qui est à retenir de la lecture du rapport du FMI c’est le «constat» de la remarquable réussite, à l’étonnement des experts eux-mêmes, portant sur la profonde rénovation en cours du système économique de l’Iran.
En août 2011, l’Iran a créé et a mis en orbite la maquette de son premier satellite sans assistance russe, a déclaré, à Moscou, un responsable de l’industrie spatiale russe. Un scoop délibérément ignoré: l’Iran annonce le lancement d’un ´´Google Earth islamique´´. L’Iran a annoncé la création d’un ´´Google Earth islamique´´, qui proposera des cartes en 3D conformes à la vision du monde selon Téhéran (…) Mohammad Hassan Nami, le ministre iranien de la Communication, a déclaré que la version islamique de Google Earth, baptisée Basir (c’est-à-dire ´´spectateur´´), ´´orienterait les peuples du monde vers la réalité´´. (5)
Dans la guerre de l’ombre contre Washington, la République islamique se sent désormais en position de force. Le point de vue d’un spécialiste anglo-iranien. Le 18 décembre dernier, les autorités iraniennes présentaient Amir Hekmati à la télévision d’Etat. L’arrestation de cet homme, soupçonné de travailler pour la CIA, est un succès de plus à l’actif des services de renseignements de Téhéran. Ce succès du contre-espionnage s’ajoute à la capture d’un drone américain RQ-170 Sentinel ultrasecret le 4 décembre. L’Iran affirme que ses unités de guerre électronique sont parvenues à prendre le contrôle de l’appareil et l’ont contraint à se poser. Le fait que le ministère iranien parvienne systématiquement à trouver la parade aux méthodes toujours innovantes de la CIA prouve que ses capacités en matière de contre-espionnage ne cessent de s’améliorer. La capture du RQ-170 Sentinel vient encore compliquer la tâche de la CIA en confortant l’image de l’Iran comme acteur incontournable du contre-espionnage et de la guerre électronique et informatique.» (6)

La Turquie un pays  musulman laïc
C’est là encore à l’instar de l’Empire perse de Darius ( actuel Iran) un autre empire qui a duré plus de sept siècles avant que les accords de Sykes Picot ne le démantèlent avant même la fin de la première guerre mondiale. Ce fut alors la fin du califat en 1924 et Mustafa Kémal institua une République où la religion fut séparée du pouvoir.. On ne le répétera jamais assez, mais en Turquie, les femmes votèrent dès 1930 bien en avant que le général de Gaulle « n’octroie » ce privilège aux françaises après la seconde guerre mondiale. L’actuel gouvernement de teinte islamique – l’équivalent des démocrates chrétiens en Allemagne..-  respecte la constitution et mène lui aussi une Turquie forte de 80 millions avec un taux de croissance supérieur à 5% au moment où les autres pays d’Europe qui lui ferme la porte à l’intégration européenne sont en récession..
Curieusement les autres pays musulmans , arabes, connaissent à des degrés divers des tourments Les pays arabes non encore « normalisés » se tiennent le ventre et attendent patiemment leurs printemps . Ils ont acquis  la certitude qu’ils ne sont plus maîtres de leur sous-sol et que le Nouvel ordre mondial permettra la répartition mondiale des ressources uniquement à l’avantage et entre les seigneurs de la science et de la technologie. Les exemples arabes sont ceux des pays rétrogrades qui bâillonnent les espérances de leurs peuples On s’étonne que des musulmans soient capables d’orbiter des satellites? Inacceptable! Inimaginable, dirait-on en Occident et même chez les défaitistes qui sont légion en terre d’Islam puisque leur religion est incompatible avec la science!
Les  pays décrits  qui, a bien des égards, peuvent servir d’exemple, tout n’est pas rose, loin s’en faut, les mêmes maux de corruption, de népotisme, gangrènent la société comme dans toute société humaine. Le fait est là, l’Islam ne semble  pas freiner la marche vers le progrès au contraire, c’est un garde fou contre les excès du néolibéralisme notamment avec la moralisation de l’argent avec les banques islamiques et leur philosophie qui interdit l’usure
Ce sont des pays musulmans (sunnites et chiites) qui avancent et qui misent sur leur intelligence. Ils ne singent pas  l’Occident- appartenant à des civilisations prestigieuses-  ils, avancent  avec leur propre cinétique sans que l’Islam ne soit pour eux un horizon indépassable, au contraire ils y puisent leurs valeurs.
Il est donc mal venu, de notre point de vue, de diaboliser une religion dont l’Occident  et ses médias mains-stram, ne s’évertuent  à n’en diffuser, en boucle, que les extrêmes. Ces extrêmes- à titre d’exemple, les fondamentalistes juifs et chrétiens  nous les retrouvons d’ailleurs dans toutes les religions, mais seul l’Islam fait l’objet d’un « traitement spécial » . On amalgame tout la religion avec la  gabegie de certains dirigeants arabes notamment du Golfe, qui font de l’Islam un fond de commerce pour asseoir leur pouvoir , tout ceci pour le plus grand bien du « choc de civilisations » que des idéologues comme Samuel Huntington et Bernard  Lewis avaient théorisé. Ce qui a permit la mise en œuvre par les idéologues qui ne veulent pas de l’Islam, « ce tiers exclus de la révolution abrahamique », idéologie qui a pris son essor dans les années soixante  dix du siècle dernier avec ce que l’on appelle le judéo-christianisme..
Ce qu’ont fait les hommes des  religions  est une autre histoire. Il est à espérer que l’on rende justice,  à cette espérance de centaines de millions d’humains. Puissent aussi, les dirigeants arabes musulmans  passer la main autrement que par Darwin ou l’émeute,  et permettre  l’alternance. Nous aurons alors, un islam apaisé, un ressourcement  de chacun en solitaire,  avec des dirigeants fascinés par l’avenir dans cette marche forcée vers le savoir et tourner le dos à  la fatalité qui a fait le malheur de leur peuple. (7)

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. http://www.fabriquedesens.net/La-fabrique-de-l-humain-Naissance
2. L’Indonésie, information tirée de l’encyclopédie Wikipédia
3. La Malaisie: la coalition au pouvoir remporte les législatives. Le Monde. 05.05.2013
4 l sa Lafaye de Micheaux: La Malaisie, un modèle de développement souverain Ed. ENS 2012
5. http://www.courrierinternational.com/article/2013/05/06/teheran-va-lancer-un-google-earth-islamique?page=all
6. http://www.courrierinternational.com/article/2012/01/04/une-serie-de-succes-regonfle-teheran
7. C.E. Chitour : http://www.geostrategie.com/4169/le-developpement-technologique-de-l%E2%80%99iran-un-resistant-contre-le-nouvel-ordre-mondial.


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