DzActiviste.info Publié le mar 21 Mai 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-05-21 07:55:00

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Incommunication
 
 
 

par M. Saadoune

« L’une des caractéristiques du système algérien quand viennent les turbulences est de gagner du temps. A tout prix. Il faut donc multiplier les diversions, lancer des rumeurs, convoquer les excellents relayeurs de rumeurs, distiller les fausses-vraies informations en attendant de trouver une solution qui arrange tout le monde». Le constat fait par notre confrère Akram Belkaïd a déjà été vérifié dans le passé. Il se vérifie aujourd’hui autour de l’étrange incommunication officielle de l’Etat algérien autour de l’état de santé du président.

L’autre caractéristique d’un «système» très faiblement institutionnalisé est que le pouvoir de communiquer n’est pas entre les mains des ministres ou même du Premier ministre. Tous les Algériens ne sont pas intéressés par la politique – celle qui prévaut jusqu’à ce jour n’y incite pas vraiment – mais l’absence d’information élémentaire a fini par devenir un souci. On pressent bien que le personnel «officiel» sent que les choses ne vont pas bien, qu’il faut faire un effort d’informer… mais on pressent aussi qu’il n’est pas plus informé que le simple quidam. Dans l’autisme général qui s’est manifesté au cours de ces dernières semaines, c’est moins la maladie d’un homme qui cause le trouble que celle de l’Etat. Dans un fonctionnement institutionnel réel – et non factice -, les accidents de santé d’un chef de l’Etat se gèrent dans une relative aisance. Mais on sait que dans la réalité ces institutions restent formelles et que tout le pouvoir est centralisé dans la présidence et l’arrière-cour de la présidence.

Le pouvoir présidentiel est l’apparence institutionnelle d’un pouvoir qui ne se trouve pas dans les institutions. Dans ce cas de figure, tout le système se grippe. Les ministres et le Premier ministre ont fait des efforts méritoires «d’animation» ces dernières semaines. Ils ont évoqué des sujets graves qui méritent des débats publics sérieux. Entre notre incapacité à réaliser des investissements malgré la disponibilité des moyens financiers et les inquiétudes lourdes sur l’avenir énergétique du pays, il y avait du pain sur la planche. Tout comme d’ailleurs le calvaire des usagers de la santé pris en tenailles dans un bras de fer entre ceux qui «vivent» du système de santé.

Les sujets ne manquent pas mais dans un pays où le système s’organise totalement autour de la présidence, la paralysie est automatique quand le chef de l’Etat accuse une baisse de régime. Et on est dans cette situation depuis des années déjà. L’Algérie est déjà gérée à minima de manière à assurer un statuquo mais non pas à aller de l’avant. Et si ce statuquo a pu être préservé sans trop de dégâts, cela tient surtout à la manne pétrolière. Dans l’état d’incommunication vécu par le pays, c’est une défaillance institutionnelle générale qui se manifeste. Et qui est source d’inquiétudes car la «manne» ne sera pas toujours là pour masquer le vide.


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