DzActiviste.info Publié le ven 24 Mai 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-05-24 08:03:00

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Une centaine de cas de mandats à vie qui président le pays 
 
 
 
 

par Kamel Daoud

Comment ne pas parler de Bouteflika ? En parlant des mandats qui sont plus longs que le sien, qui ne sont élus mais subis et contre qui on ne peut rien. Les dictatures algériennes sont pluralistes, paradoxalement. Les mandats à vie sont dans le secteur des services, de la haute administration, de la rente et des holdings. Un PDG de Sonelgaz y est depuis presque une décennie et demie. Le patron de l’hôtel Aurrassi y est avant Bouteflika et depuis le dernier Souk El Fellah. Hadj Raouraoua est empereur depuis des décennies et jusqu’en 2017, le patron du Club des Pins Melzi est un Président à vie depuis plusieurs vies. La liste est longue et on peut y ajouter des directeurs de banques publiques, des patrons de fédérations, le patron de l’UGTA…etc. Curieusement la rotation est plus rapide dans certains secteurs et pas dans d’autres : la Présidence, Air Algérie, le ministère de la Communication, la Chefferie du gouvernement, Sonatrach. Elle est lente là où il y a du vrai argent et du vrai pouvoir et là où la visibilité publique est moindre : moins le peuple de la rue et des cafés connait un responsable, plus ce responsable dure. L’autre règle est d’écraser les siens, de les acheter ou de s’entourer de semelles ou d’être soutenu par un centre de décision majeur qui use de vous comme extension alimentaire ou de lobbying. A la fin, cela donne cet équilibre rare dans le monde entre une essence de régime qui contrôle l’essentiel et laisse élire l’accessoire. On peut élire Bouteflika ou pas (presque), mais on ne peut pas toucher aux conseils d’administrations des caisses d’argent, des grandes banques, des grandes chancelleries…etc. Le régime laisse le peuple avoir l’illusion de la décision sur la façade mais pas sur la cuisine.

Le pire est que même cette assertion n’est pas vraie absolument. Les petits dictateurs algériens, les mandats à vie dans certains postes sont dues à une cooptation intéressée au début mais finissent par s’autonomiser : même les parrains d’un PDG ne peuvent rien contre lui au bout de dix ans s’il est malin. Au bout de trois mandats à vie, un bon PDG, ou SG, qui sait comment il est arrivé au poste, s’arrange pour assurer ses arrières, créer d’autres circuits de soutiens et acquérir le pouvoir de résistance qu’il faut pour durer. Cette tendance est devenue majeure avec Bouteflika qui, volontairement ou pas, a affaibli le régime encore plus qu’on ne le croit. Les Deys sont plus puissants que le Bey et connaissent les faiblesses de sa psychologie et celle du système : c’est ce qui explique pourquoi jamais la corruption n’a atteint des proportions aussi alarmantes en Algérie : certains peuvent aujourd’hui s’acheter des pavillons en France, s’octroyer des prêts dans les banques qu’ils gèrent comme directeur général délégué adjoint, acheter les membre du CA, effacer le prêt et imposer des pourcentages sur les lignes de crédits et toucher des salaires de 40.000 euros par mois dans l’impunité totale, nous dit-on. La raison ? Bouteflika est malade depuis un mandat et narcissique depuis deux autres : il ne voit que sa personne ou ses adversaires ou ce qu’il veut voir. C’est sa faiblesse et la force de ceux qui l’entourent ou ceux qui en profitent. L’Algérie c’est 9000 émeutes par an contre zéro révolution parce qu’il existe neuf mille petits dictateurs contre zéro Moubarak. C’est notre drame : on n’a même pas une dictature à abattre mais un énorme système impersonnel difficile à cerner.


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