DzActiviste.info Publié le lun 3 Juin 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-06-03 19:32:00

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Au seuil de la catastrophe : Israël s’engage dans la guerre impérialiste contre la Syrie

 

 

 

impérialisme syrie

Généralités
Ainsi que nous l’eûmes annoncé auparavant et qu’il fut confirmé la veille et que nous en recevrons la nouvelle peut-être dans les jours à venir, Israël s’engagea directement dans la guerre impérialiste contre la Syrie, et ses forces aériennes frappèrent des positions militaires de l’armée syrienne dans les environs de Damas, démasquant par conséquent l’impérialisme occidental, le sionisme mondial, le despotisme arabique et l’obscurantisme wahhabite, qui se rassemblèrent dans une Sainte-Alliance, face à « l’axe de la résistance », soit l’Iran, la Syrie, l’Irak, le Liban, et derrière eux la Russie et la Chine ; pendant ce temps, et sur le territoire syrien, l’armée arabe syrienne s’avançait à plusieurs fronts, au rif de Damas, au rif de Homs et à Alep, et la crise syrienne entra dans un cul-de-sac ; il n’y a que deux voies pour la résoudre :
ou la Sainte-Alliance abandonne l’option militaire et cesse d’entraîner, d’armer et d’infiltrer les groupes takfiris dans le territoire syrien, pour que le dialogue s’établisse entre la prétendue « opposition » et le gouvernement syrien ;
ou une guerre régionale se déclenche, dont le feu brûlerait non seulement les pays impliqués, mais bien plutôt tout le Moyen-Orient.
Nous ne le dissimulons pas : le conflit qui a surgi en Syrie n’est pas un conflit entre un régime despotique et une foule de moines méditant, tel que le présentent les médias monopoles, mais un conflit entre l’impérialisme occidental, le sionisme mondial, le despotisme arabique et l’obscurantisme wahhabite d’un côté, qui, pour la première fois, se posent en une Sainte-Alliance, et l’Iran, la Syrie, l’Irak, le Liban, voire le soi disant « l’axe de la résistance », appuyés par la Russie et la Chine, de l’autre côté.
Tout tourne autour de cette démarcation ; et tout autre discours, qui pourrait voir dans la crise syrienne une bataille contre un régime despote, est en effet qu’un discours de misère ou une misère de discours.


Kerry à Moscou
Or, les longs pourparlers avec les responsables russes, d’abord au Kremlin ensuite au ministère des Affaires étrangères, lors de la visite du secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, à Moscou, ont permis d’aboutir à la déclaration suivante : les approches de la Russie et des États-Unis dans la question syrienne « n’on jamais été vraiment différentes. C’est sur le règlement en Syrie que les parties ont « réellement convenu de coopérer (…) Moscou et Washington œuvreront en commun au respect intégral du Communiqué de Genève », a notamment déclaré le ministre des Affaires étrangères de la Russie, Sergueï Lavrov [1]». Kerry, qui avait atterri à l’aéroport de Moscou-Vnoukovo, a effectué sa première visite en Russie en tant que chef de la diplomatie américaine, un de ses déplacements les plus délicats après la forte dégradation des liens bilatéraux l’an passé [2]. Selon lui, les parties ont réellement pu « sortir de l’impasse ».
« Les États-Unis pensent que nous partageons des intérêts très importants sur la Syrie, notamment la stabilité dans la région et le fait de ne pas avoir d’extrémistes qui créent des problèmes dans la région et ailleurs », a déclaré M. Kerry.
« Nous nous sommes mis d’accord pour que la Russie et les États-Unis encouragent le gouvernement syrien et les groupes d’opposition à trouver une solution politique », a déclaré Sergueï Lavrov, à l’issue d’entretiens à Moscou avec son homologue américain, John Kerry.
La Syrie est l’une des pommes de discorde entre les deux pays, la Russie étant le principal défendeur de la Syrie et du peuple syrien, alors que les États-Unis  « bénissent » la transportation des groupes takfiris, à travers la Turquie et certains pays arabes, pour « guerroyer » contre le gouvernement syrien. 
Il faut attendre la conférence internationale sur la Syrie qui aurait lieu en juin, ainsi que la rencontre Poutine – Obama, pour savoir dans quelle des deux directions mentionnées ci-devant la crise syrienne se dirigerait [3]. Pour rappel, Moscou et Washington ont convenu de tenir dans les plus brefs délais une conférence internationale sur la Syrie. À preuve, Dmitri Peskov, porte-parole du chef de l’État russe, avait déclaré que la prochaine rencontre entre les deux présidents pourrait se tenir dans le cadre du sommet du G8, en Irlande du Nord [4]. Tel est le bilan principal de la visite en Russie du secrétaire d’État américain John Kerry [5].

Israël renonce  à sa « neutralité »
À l’inverse de l’optimisme qu’avait créé la visite de John Kerry à Moscou, le président américain, Barack Obama, ne voulant que montrer ses biceps, a indiqué que les États-Unis se réservaient le droit de prendre des mesures diplomatiques et militaires pour régler le conflit en Syrie, mais ils désiraient régler ce problème ensemble avec la communauté internationale.
Sur un autre plan, Israël s’implique directement dans la guerre impérialiste contre la Syrie, et renonce à sa « neutralité » en estimant que la chute de Bachar el-Assad affaiblirait aussi l’Iran. Au début de la guerre impérialiste contre la Syrie, la discrétion israélienne restait de rigueur, mais cette prudence n’est plus de mise. Il y a un an, le président israélien, Shimon Pérès, avait déclaré qu’il souhaitait la victoire des rebelles syriens qu’il admirait pour leur courage [6]. Cette petite phrase du M. Pérès se traduit, il y a quelques mois, en aides militaires et logistiques aux groupes armés qui combattent l’armée syrienne dans des villages proches de la frontière israélo – syrienne [7]. L’implication d’Israël dans la guerre en Syrie se fait d’ores et déjà sur deux plans, logistique et tactique.

Sur le plan logistique
Sur le plan logistique, Israël a ouvert les hôpitaux aux blessés des groupes armés. La preuve en est qu’en mois de mars, onze combattants blessés ont été soignés en Israël, selon un bilan officiel israélien. Huit d’entre eux ont été rapatriés en Syrie et les deux derniers restaient hospitalisés dans le nord d’Israël, l’un à Nahariya et l’autre à Safed [8]. Il suffit de faire le parallèle avec la révélation de Moti Kahana, pour le quotidien israélien Yediot Aharonot, à propos de la création d’un fond pour financer les insurgés syriens, pour déterminer jusqu’à quel point Israël est impliqué dans la guerre en Syrie. Durant son intervention dans l’Institut de Washington pour la politique du Proche Orient « Think Tank », M. Kahana avait dévoilé que son frère Steeve était un réserviste de l’armée israélienne dans les services médicaux qui soignaient les blessés syriens qui passaient au Golan. Il avait signalé entre autre s’être rendu en Syrie, comme s’il se rendait à Tel-Aviv : « Nous avons recueilli des centaines voire de milliers de dollars dans les deux dernières années et je suis chargé de transférer des dons à des organisations libérales en Syrie », ajouta-t-il, signalant avoir lui-même accordé à ce fond une somme s’élevant à 100.00 dollars [9]. Mieux encore, le site Web israélien Debka File a confirmé qu’Israël avait déjà construit un hôpital de campagne tout près de la frontière avec la Syrie et la Jordanie, pour soigner les blessés des insurgés « syriens » :

“Israel has set up a large field hospital near the Tel Hazakah observation and military post on Golan which overlooks southern Syria and northern Jordan. There, incoming Syrian war wounded are vetted and examined by Israeli army medics who decide whether to patch them up and send them back, or judge them badly hurt enough for hospital care. The seriously hurt are moved to one of the nearest Israeli hospitals in Safed or Haifa [10]”.


Sur le plan tactique
Sur le plan tactique, Israël avait décidé de changer les « règles du jeu » en menant des frappes tactiques contre des cibles militaires de l’armée syrienne. Israël avait prévenu que le transfert d’«armes stratégiques» au Hezbollah libanais pourrait justifier des frappes préventives.
Premier raid : dans la nuit du 30 au 31 janvier, l’aviation israélienne avait mené plusieurs raids aériens contre des cibles situées dans la zone frontalière entre la Syrie et le Liban. Les appareils auraient pris pour cible un «centre de recherches militaires» à Jamraya, dans les faubourgs de Damas. Deux personnes travaillant sur le site auraient été tuées et cinq autres blessées. La Syrie a reconnu qu’une attaque avait eu lieu contre son territoire [11]. Le lendemain des raids, Amos Harel a écrit dans le quotidien israélien Haaretz  « Israël s’engage dans la guerre civile syrienne [12] » (t.d.a.).
Deuxième raid : dans la nuit du 2 au 3 mai, l’aviation israélienne aurait lancé un nouveau raid aérien en Syrie. Selon des sources officielles américaines citées par la chaîne CNN, les appareils israéliens ont pris pour cible un ou plusieurs convois transportant des armes destinées au Hezbollah libanais. Une source officielle israélienne a confirmé le raid à l’agence AP. Selon cette source, qui a requis l’anonymat, les armes visées ne seraient pas chimiques. Le lieu précis du raid n’est pour l’heure pas connu. Cependant, la Syrie n’a pas confirmé ces raids [13].
Troisième raid : dans la nuit du 4 à 5 mai, l’aviation israélienne avait mené un deuxième raid en Syrie en 48 heures, affirmant vouloir empêcher un transfert d’armes au Hezbollah libanais, mais pour Damas ceci avait ouvert la porte à toutes les options et avait rendu la situation dans la région plus «dangereuse». Selon la Syrie, l’État hébreu avait frappé dans la nuit de samedi à dimanche trois positions militaires au nord-ouest de Damas avec des missiles tirés par des avions venus d’Israël via le Liban. Un responsable israélien a confirmé la frappe, affirmant qu’elle «visait des missiles iraniens destinés au Hezbollah» [14].
Parallèlement à ces frappes, les responsables israéliens ne cessent pas de proférer des menaces contre la Syrie ; il suffit de suivre les déclarations de Tel-Aviv à propos des missiles russes S-300 qui auraient été livrés à Damas récemment pour déterminer jusqu’à quel point Israël s’implique dans le conflit syrien. À titre d’exemple, le chef du Conseil de Sécurité d’Israël, Yaakov Amidror, avait averti les responsables européens qu’Israël était déterminé à détruire les missiles S-300 une fois déployés sur le territoire syrien [15].
Pour sa part, le colonel Zvika Haimovich a déclaré qu’Israël avait déjà déterminé, en trois points, sa « ligne rouge » pour que son armée détruise les missiles S-300 :
1.      que les missiles soient pointés vers l’espace aérien israélien ;
2.      que les missiles soient transférés au Hezbollah ;
3.      que les missiles tombent dans les mains des groupes takfiris [16].
Pourtant, une question pertinente s’impose ici : jusqu’à quel point les menaces de Tel-Aviv ainsi que les récentes frappes aériennes sont-elles efficaces à freiner le déploiement des missiles S-300 sur le territoire syrien, ainsi que leur transfert au Hezbollah libanais ? Or, nous devons avouer ici qu’il se trouve des moments dans la vie où il vaut mieux faire recours à la sagesse des fous qu’à la folie des sages. Lisons ensemble ce que mullah Djeha Nasreddin aurait dit dans une situation pareille.
  
La gifle du Hodja Djeha Nasreddin
Hodja Djeha Nasreddin sort sur le pas de sa porte en tenant une cruche, mais se rendre à la fontaine par cette chaleur est une corvée. Il avise une petite fille qui passe par-là et lui demande d’aller lui chercher de l’eau.
-Surtout ne casse pas la cruche, lui recommande-t-il et là-dessus lui donne une paire de gifles.
La petite se met à pleurer et son voisin qui a vu la scène, est furieux d’une telle brutalité :
– Qu’Allah te maudisse, Nasreddin ! Il n’y a pas d’être plus vil que toi !
– Dis-moi, toi qui fais le censeur : à quoi servent les gifles quand la cruche est cassée ?


Si Tel-Aviv craint plutôt que la Syrie ne transfère au Hezbollah des systèmes d’armes sophistiquées, susceptibles de changer le rapport de forces avec le mouvement libanais à sa frontière nord, nous ne pourrions alors que parodier l’anecdote du mullah Nasreddin mentionné ci-dessus : à quoi servent les frappes préventives israéliennes contre la Syrie quand les missiles S-300 ont été déjà déployés sur le territoire syrien et transférés au Hezbollah libanais ? Il fallait voir, dans ce sens, le président syrien Assad faisant allusion à ce point-ci pendant un entretien à la chaîne libanaise al-Manar [17].  
Ce qui revient à dire qu’à Tel-Aviv l’audace ne manque sûrement pas, mais la prudence, la prudence !

Fida Dakroub, Ph.D

Blog officiel de l’auteur : www.fidadakroub.net

Notes
[1]La voix de la Russie. (8 mai 2013). « John Kerry à Moscou : pas de divergences Russie-USA sur la Syrie ». Récupéré le 12 mai 2013 de
http://french.ruvr.ru/2013_05_08/La-visite-de-John-Kerry-a-Moscou-il-nest-jamais-tard-pour-sentendre/

[2] Libération. (7 mai 2013). « John Kerry à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine ». Récupéré le 14 mai 2013 de
http://www.liberation.fr/monde/2013/05/07/john-kerry-a-moscou-pour-rencontrer-vladimir-poutine_901428

[3] Russia Today. (7 mai 2013). “Russia, US to push for global Syria conference to bring conflicting sides to table”. Récupéré le 12 mai 2013 de
http://rt.com/news/kerry-lavrov-putin-syria-958/

[4] La voix de la Russie. (8 mai 2013). « Poutine espère rencontrer bientôt Obama ». Récupéré le 12 mai 2013 de
http://french.ruvr.ru/2013_05_08/Poutine-espere-rencontrer-bientot-Obama/

[5] La voix de la Russie. (8 mai 2013). « John Kerry à Moscou … », loc. cit.

[6] Le Figaro. (11 juin 2012). « Israël prend position en faveur des insurgés syriens ». Récupéré le 22 mai 2013 de
http://www.lefigaro.fr/international/2012/06/11/01003-20120611ARTFIG00751-israel-prend-position-en-faveur-des-insurges-syriens.php

[7] Henry, Marc. (29 mars 2013). « Un hôpital israélien sur le Golan pour soigner les rebelles anti-Assad ». Publié dans Le Figaro. Récupéré le 22 mai 2013 de
http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2013/03/29/10001-20130329ARTFIG00585-un-hopital-israelien-sur-le-golan-pour-soigner-les-rebelles-anti-assad.php

[8]Huffington Post. (27 mars 2013). « Un insurgé syrien blessé sur le Golan soigné en Israël est décédé ». Récupéré le 22 mai 2013 de
http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/03/27/un-insurg-syrien-bless-_n_2964141.html

[9] Benhorin,Yitzhak. (10 mai 2013). « Israeli raising funds to help Syrians ‘dying near us’ ». Publié dans Yediot Aharonot. Récupéré le 22 mai 2013 de
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4378562,00.html

[10] Debka File. (8 mai 2013). « Israeli- and Hizballah-controlled enclaves inside Syria ». Récupéré le 22 mai 2013 de
http://www.debka.com/article/22959/

[11] Le Figaro. (31 janvier 2013). « Syrie : le raid israélien aurait visé un convoi d’armes ». Récupéré le 23 mai 2013 de
http://www.lefigaro.fr/international/2013/01/31/01003-20130131ARTFIG00584-syrie-le-raid-israelien-aurait-vise-un-convoi-d-armes.php

[12] Harel, Amos. (31 janvier 2013). “Israel enters the civil war in Syria”. Publié dans Haaretz. Récupéré le 23 mai 2013 de
http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-enters-the-civil-war-in-syria.premium-1.500437#

[13] Le Figaro. (4 mai 2013). « L’aviation israélienne a lancé un nouveau raid aérien en Syrie ». Récupéré le 23 mai 2013 de
http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/04/01003-20130504ARTFIG00303-l-aviation-israelienne-a-lance-un-nouveau-raid-aerien-en-syrie.php

[14] Libération. (5 mai 2013). « Syrie: nouveau raid israélien, Damas garde toutes les options ouvertes ». Récupéré le 23 mai 2013 de
http://www.liberation.fr/monde/2013/05/05/israel-a-mene-un-raid-en-syrie-contre-des-armes-iraniennes_900962

[15] The Jerusalem Post. (30 mai 2013). “Analysis: Israel could hit S-300 missiles in Syria”. Récupéré le 31 mai 2013 de
http://www.jpost.com/Middle-East/Analysis-Israel-could-target-S-300-missiles-in-Syria-314919

[16] loc. cit.

[17] SANA. (30 mai 2013). « Le président al-Assad : Les batailles que déclenche l’armée arabe syrienne visent à préserver l’unité de la Syrie ». Récupéré le 31 mai 2013 de
http://sana.sy/fra/51/2013/05/30/485040.htm
Docteur en Études françaises (The University of Western Ontario, 2010), Fida Dakroub est écrivain et chercheur en théorie bakhtinienne. Elle est  aussi militante pour la paix et les droits civiques.


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