DzActiviste.info Publié le mar 16 Juil 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-07-16 15:36:00

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Parlons-en donc de cette « régression féconde » M. Addi Lahouari ! 

 

 




En fait, le grand problème des philosophes des anthropologues et même des sociologues dits modernes, c’est leur prétention inouïe à vouloir saisir l’humain et le social dans leur totalité, dans leur complexité, avec les seuls outils de la perception et de l’entendement humains. Oubliant imprudemment que les spéculations intellectuelles, qu’elles fussent individuelles ou même collectives, sur les choses de l’esprit, comme la raison ou la conscience, ne sont pas additionnables, c’est-à-dire qu’elles sont insusceptibles de se potentialiser mutuellement par le nombre.


Abdelkader Dehbi

Mardi 16 Juillet 2013


Parlons-en donc de cette "régression féconde" M. Addi Lahouari !

Me souvenant de la violente polémique qui nous avait opposés, début des années 90, à propos de votre article sur la « régression féconde » – déjà ! – publié dans un hebdomadaire d’Alger, je me suis abstenu d’intervenir dans les débats en cours, à propos de votre article sur liberation.fr/ et repris dans Le Quotidien Algérie
http://lequotidienalgerie.org/2013/07/12/la-crise-egyptienne-le-choix-entre-le-compromis-sterile-et-la-regression-feconde/ , même si je brûlais d’envie de vous porter la contradiction d’un musulman ordinaire qui a une vision de l’Islam, pour le moins, différente de la vôtre.

Votre réponse à Kamal Bouras vient de me faire changer d’avis…

En effet, quand vous maintenez que : «  »les islamistes ont une vision très appauvrie de l’islam [et qu’] ils réduisent l’islam à des rites et à des règles juridiques d’un autre âge [et qu’] ils réduisent la shari’a à l’amputation des mains alors que la shari’a c’est d’abord l’ijtihad. » », vous faites une étrange impasse sur le dispositif juridique coranique, exprimé sans aucune ambigüité, en particulier dans le Verset 38 sur le châtiment du vol, suivi des Versets 44 à 47 de la Sourate Al’Almâaïdah traitant plus généralement de la Justice en matière pénale :

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«  » »وَٱلسَّارِقُ وَٱلسَّارِقَةُ فَٱقۡطَعُوٓاْ أَيۡدِيَهُمَا جَزَآءَۢ بِمَا كَسَبَا نَكَـٰلاً۬ مِّنَ ٱللَّهِ‌ۗ وَٱللَّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ۬ » » » – سورة المائدة – الآية رقم 38.

«  »Le voleur et la voleuse, coupez-leur la main, en sanction de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. » » – Sourate Al-Mâïdah – Verset n°38.

«  » »إِنَّآ أَنزَلۡنَا ٱلتَّوۡرَٮٰةَ فِيہَا هُدً۬ى وَنُورٌ۬‌ۚ يَحۡكُمُ بِہَا ٱلنَّبِيُّونَ ٱلَّذِينَ أَسۡلَمُواْ لِلَّذِينَ هَادُواْ وَٱلرَّبَّـٰنِيُّونَ وَٱلۡأَحۡبَارُ بِمَا ٱسۡتُحۡفِظُواْ مِن كِتَـٰبِ ٱللَّهِ وَڪَانُواْ عَلَيۡهِ شُہَدَآءَ‌ۚ فَلَا تَخۡشَوُاْ ٱلنَّاسَ وَٱخۡشَوۡنِ وَلَا تَشۡتَرُواْ بِـَٔايَـٰتِى ثَمَنً۬ا قَلِيلاً۬‌ۚ وَمَن لَّمۡ يَحۡكُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُوْلَـٰٓٮِٕكَ هُمُ ٱلۡكَـٰفِرُونَ (44) وَكَتَبۡنَا عَلَيۡہِمۡ فِيہَآ أَنَّ ٱلنَّفۡسَ بِٱلنَّفۡسِ وَٱلۡعَيۡنَ بِٱلۡعَيۡنِ وَٱلۡأَنفَ بِٱلۡأَنفِ وَٱلۡأُذُنَ بِٱلۡأُذُنِ وَٱلسِّنَّ بِٱلسِّنِّ وَٱلۡجُرُوحَ قِصَاصٌ۬‌ۚ فَمَن تَصَدَّقَ بِهِۦ فَهُوَ ڪَفَّارَةٌ۬ لَّهُ ۥ‌ۚ وَمَن لَّمۡ يَحۡڪُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُوْلَـٰٓٮِٕكَ هُمُ ٱلظَّـٰلِمُونَ (45) وَقَفَّيۡنَا عَلَىٰٓ ءَاثَـٰرِهِم بِعِيسَى ٱبۡنِ مَرۡيَمَ مُصَدِّقً۬ا لِّمَا بَيۡنَ يَدَيۡهِ مِنَ ٱلتَّوۡرَٮٰةِ‌ۖ وَءَاتَيۡنَـٰهُ ٱلۡإِنجِيلَ فِيهِ هُدً۬ى وَنُورٌ۬ وَمُصَدِّقً۬ا لِّمَا بَيۡنَ يَدَيۡهِ مِنَ ٱلتَّوۡرَٮٰةِ وَهُدً۬ى وَمَوۡعِظَةً۬ لِّلۡمُتَّقِينَ (46) وَلۡيَحۡكُمۡ أَهۡلُ ٱلۡإِنجِيلِ بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فِيهِ‌ۚ وَمَن لَّمۡ يَحۡڪُم بِمَآ أَنزَلَ ٱللَّهُ فَأُوْلَـٰٓٮِٕكَ هُمُ ٱلۡفَـٰسِقُونَ (47) » » » – سورة المائدة – الآيات 44 – 47.

«  » »Nous avons fait descendre la Thora dans laquelle il y a guide et lumière. C’est sur sa base que les prophètes qui se sont soumis à Allah, ainsi que les rabbins et les docteurs jugent les affaires des Juifs. Car on leur a confié la garde du Livre d’Allah, et ils en sont les témoins(2). Ne craignez donc pas les gens, mais craignez-Moi. Et ne vendez pas Mes enseignements à vil prix. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les mécréants. (44) Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion(3). Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. (45) Et Nous avons envoyé après eux Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui. Et Nous lui avons donné l’Evangile, où il y a guide et lumière, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et un guide et une exhortation pour les pieux. (46) Que les gens de l’Evangile jugent d’après ce qu’Allah y a fait descendre. Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont les pervers (47).
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La sanction du délit de vol est donc clairement indiquée dans le Coran, tout comme la sanction frappant le crime d’homicide. Bien entendu il se trouvera toujours des individus super-civilisés, super-humains et super modernes pour crier à la « barbarie » et porter des jugements de valeur sur des décrets d’ordre divin – du moins, aux yeux du musulmans – tout en restant totalement aveugles et sourds, face aux crimes de masse commis dans l’impunité la plus totale, quand ils sont commis par l’Occident ou par les régimes supplétifs qui sont à sa botte. L’existence des peines physiques – lesquelles ont préexisté à l’avènement de l’Islam – auraient pu avoir un effet dissuasif certain sur les grands criminels doublés de grands voleurs qui constituent le plus clair de l’effectif des classes politiques, aussi bien chez nous qu’à l’étranger.

Sur un autre sujet, vous accordez à l’ijtihad – en tant que Source du Droit musulman – une place qu’il n’a pas, puisque le protocole de l’ijtihad ne s’applique qu’en cas de silence du Coran et d’absence de Hadith sur tel ou tel sujet précis, et après consultation infructueuse des deux autres Sources du Droit musulman que sont Al-Ijmâ’ (le consensus) et Al-Quyyas (l’analogie ou jurisprudence).
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En fait, le grand problème des philosophes des anthropologues et même des sociologues dits modernes, c’est leur prétention inouïe à vouloir saisir l’humain et le social dans leur totalité, dans leur complexité, avec les seuls outils de la perception et de l’entendement humains. Oubliant imprudemment que les spéculations intellectuelles, qu’elles fussent individuelles ou même collectives, sur les choses de l’esprit, comme la raison ou la conscience, ne sont pas additionnables, c’est-à-dire qu’elles sont insusceptibles de se potentialiser mutuellement par le nombre.

Je vous reproche aussi, et amicalement, votre obstination d’adopter une posture intellectuelle purement occidentale dans votre approche socio politique et culturelle de nos sociétés, en adoptant le même vocabulaire occidental, particulièrement condescendant et truffé de jugements définitifs, où sont évoqués pêle-mêle, le caractère « médiéval » des thèses islamistes, le statut juridique mineur des femmes…, et tutti quanti, alors que nos sociétés – au moins dans l’aire géographique maghrébine – sont en droit d’attendre de leurs sociologues, censément imprégnés du Droit musulman – à défaut d’être eux-mêmes pratiquants, l’émergence d’une Ecole sociologique spécifiquement maghrébine et nationaliste, collaborant avec nos ‘Ulama et totalement dégagée de l’influence – souvent paternaliste et islamophobe – des auteurs occidentaux, et singulièrement des auteurs français sous influence de ce fidèle allié du colonialisme qu’est l’Ecole orientaliste française.

Chacun sait comment, depuis le XVIIIème siècle – surtout avec Wilhelm Dilthey puis, Max Weber – la philosophie occidentale, doublement grisée, à la fois par l’anticléricalisme politique triomphant de l’Europe « révolutionnaire » au sens maçonnique du terme et par les grandes découvertes scientifiques, a cru devoir décréter la « fin de la métaphysique » ; une métaphysique qui seule pourtant, tend à élever l’Homme vers la saisie d’une totalité qui semble constamment lui échapper. Comme pour lui signifier que malgré ses magnifiques découvertes scientifiques, malgré ses admirables réalisations technologiques, malgré ses immenses avancées institutionnelles, socio politiques, économiques et culturelles, l’Esprit de l’Homme, dans sa quête métaphysique et même scientifique, semble condamné ad vitam aeternam à une position asymptotique – comme diraient les mathématiciens – frôlant sans jamais l’atteindre, la totalité, c’est-à-dire la Vérité Ultime.

Que les différentes chapelles de la philosophie, de l’anthropologie ou de la sociologie rejettent dédaigneusement cette attitude, pourtant pleine de bon sens et d’humilité scientifique, dans la case de l’Ecole du « scepticisme » cela ne changera strictement rien au fait.

Pour en revenir à notre sujet, et concernant donc, le concept sociologique de « régression féconde » que vous avez forgé début des années 90 et que vous semblez vouloir ériger en théorie sociologique, permettez-moi de vous rappeler que l’expérience de la République Islamique d’Iran – en particulier aux plans de la stabilité institutionnelle du pays et de ses avancées prodigieuses dans les domaines des sciences et des hautes technologies – semble vous apporter un démenti sur toute la ligne, en établissant que la référence institutionnalisée à l’Islam en tant que trait culturel dominant dans nos société musulmanes, loin d’interférer négativement sur nos sociétés, constitue au contraire, à la fois un rempart contre la dégénérescence morale qui ronge l’Occident et un puissant stimulant dans leur marche vers le progrès.

Parallèlement, la Turquie de l’AKP a réalisé des prodiges en fait de développement économique et industriel, avec un taux de croissance du PIB de plus de 10 %, pendant que ses voisins européens surnagent dans la récession.

A l’inverse, dans la foulée de la presse égyptienne laïcarde et des médias occidentaux, vous faites le même reproche au gouvernement légitime des Frères Musulmans, d’avoir été incapables de résoudre – en à peine un an (!) – les graves problèmes socio-économiques accumulés par plus de 40 ans de gabegie du régime militaire égyptien qui vient de reprendre la main… En prenant le risque d’être comparé à l’économiste marxiste-maoïste, l’égyptien Samir Amin (cf : http://www.legrandsoir.info/samir-amin-la-chute-de-morsi-doit-etre-consideree-comme-une-victoire-du-peuple.html ) qui vient d’applaudir au Coup d’Etat, juste en vertu de son hostilité à l’Islam.

Vous parlez aussi, d’ « insérer les islamistes dans le jeu politique », comme par un grand geste de charité – je n’oserais dire chrétienne – comme si les islamistes n’étaient pas chez eux en pays d’Islam… Encore un aveu inconscient des dégâts causés chez nos intellectuels, même les plus avertis comme vous l’êtes, par un vocabulaire occidentalo-sioniste, sciemment choisi et distillé comme un poison, par leurs médias.

Plus loin, vous poursuivez : «  »L’objectif proclamé à atteindre [par les islamistes] est certes moderne, à savoir le développement économique et social pour rattraper le retard sur l’Occident, mais il est desservi par une conception morale du politique qui le met en porte-à-faux avec la culture de l’Etat de droit. » »
Encore une vision purement occidentale du concept de « pouvoir politique » en tant que les théoriciens de la politique en Occident, ont systématiquement prôné la séparation de de l’Etat et de l’Eglise – c’est-à-dire du religieux et partant, de la morale qui le sous-tend – alors que les principes de la morale sont consubstantiels à la vie des sociétés musulmanes que l’Occident sioniste cherche désespérément à découpler de leur religion.

Faut-il vous rappeler à cet égard, la règle morale dans le Fiq’h :
«  »لا طاعة لمخـلوق في معصية الخالق » » –
«  »Pas d’obéissance à un être créé ordonnant un pêché » »
Une règle du Fiq’h qui se réfère au Hadith :
«  »السمع والطاعة على المرء المسلم فيما أحب وكره ما لم يؤمر بمعصية فإن أمر بمعصية فلا سمع عليه ولا طاعة » »
Qui se traduit en substance comme suit : «  »L’obéissance et la soumission [à l’autorité légitime] sont un devoir pour le musulman, que les ordres lui plaisent ou non, sauf si ces ordres constituent la commission d’un pêché, auquel cas, il n’est tenu ni à l’obéissance ni à la soumission » »

Cette règle morale du Fiq’h, a ainsi fixé sans ambigüité aucune, la question si complexe, de la responsabilité pénale dans les cas relevant de l’Ordre de la Loi et/ou du Commandement de l’Autorité Légitime. C’est un véritable rempart moral contre les Lois scélérates et les Ordres moralement contestables, qui soulèvent à bon droit, des objections de conscience.

Combien de tragédies humaines et combien de désastres socio culturels et matériels auraient été évitées tout au long de l’histoire de nos sociétés musulmanes si cette règle morale avait été respectée ?

En face, dans le pays dit des Droits de l’Homme, nous venons d’assister en revanche, à la légalisation du dernier must de la modernité, dicté par la doxa sioniste et franc-maçonne, à savoir les mariages incestueux et homosexuels, comme pour mieux désagréger familles et société.

Sans oublier de mentionner un Droit International qui s’affranchit au grand jour, de toute règle morale, comme cela est manifeste par exemple avec un Conseil dit de « Sécurité » au double standard ou avec des instances économiques et financières internationales comme l’OMC ou le FMI, qui se livrent au pillage éhonté et systématique des pays faibles.
Il est vrai que ça fait un peu ringard perdu dans le siècle, de parler de ces choses-là…
Mea culpa donc.


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