Pour une fois, la proposition paraît constructive. Après avoir systématiquement contré toutes les tentatives occidentales pour avancer sur le dossier syrien, la Russie a appelé Damas à déposer les armes, tout au moins chimiques. Pour éviter les frappes occidentales, préparées par les Etats-Unis, Moscou incite son allié Bachar al-Assad à coopérer. « Nous appelons les dirigeants syriens à non seulement accepter de placer sous contrôle international leur stock d’armes chimiques, et ensuite à le détruire, mais aussi à rejoindre pleinement l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques», a déclaré lundi soir Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russes, à l’issue d’une rencontre avec son homologue syrien, Walid Mouallem. Ce dernier a répondu qu’il saluait «l’initiative russe, fondée sur les inquiétudes des dirigeants russes concernant la vie de nos citoyens et la sécurité de notre pays».

Pour Barack Obama, qui attend que son plan de frappes aériennes en Syrie soit validé par le Congrès, cette proposition représente une «percée importante» dans les relations diplomatiques avec le camp adverse, mais doit être considérée avec prudence. Le président américain préfère «rester sceptique» face à cette bonne foi subite tant du côté de Moscou que de Damas, totalement inflexibles et opposés au compromis depuis le début de la guerre civile en Syrie. Mais Obama a également assuré qu’il envisagerait de revenir sur le calendrier des frappes si Bachar al-Assad acceptait de coopérer. Le chef des rebelles syrien n’est pas dupe, lui. Selim Idriss a traité de menteurs Assad, Poutine et leurs alliés qui, pour lui, auraient simplement trouvé un moyen de gagner du temps.

 
 

«Un des arsenaux les plus importants au monde»

Quoi qu’il en soit, le projet semble effectivement très, voire trop ambitieux. La proposition russe suppose une coopération totale de la part d’un régime qui n’a jamais dévoilé son arsenal militaire. Il faudrait que Damas accepte ce qu’il a toujours refusé : adhérer à l’Organisation de la convention sur l’interdiction des armes chimiques (OIAC). L’arsenal syrien, estimé à plus de 1 000 tonnes, est considéré, par les services de renseignement français, comme «l’un des plus importants du monde». Pour le neutraliser, il faudrait d’abord en dresser l’inventaire en missionnant des inspecteurs sur le terrain, tout en assurant la sécurité de ces derniers et des produits chimiques. Ce qui serait infaisable dans les conditions imprévisibles et dangereuses d’une guerre civile, s’accordent les experts. Qui plus est, la destruction d’armes chimiques est bien plus longue et coûteuse que leur fabrication, et même dans les meilleures conditions, prendrait un temps que la Syrie ne semble plus avoir.
Nikolaï Zobine, le directeur du Centre d’information sur la défense américaine, ne compte pas sur la coopération honnête de Damas. L’expert est convaincu que «les Syriens vont commencer à raconter que certains stocks ont disparu, ne sont pas pris en compte, sont tombés aux mains des rebelles. Et quand on exigera qu’ils laissent inspecter tout le pays, le Russie comme Assad refuseront».
Avec la proposition russe sur les armes chimiques, c’est peut-être l’idée même d’une intervention militaire occidentale dans un conflit qui dure depuis plus de deux ans et a fait déjà plus de 100 000 morts qui est enterrée. Reste l’issue diplomatique : Damas s’est dit prêt, hier à Moscou, à participer à la prochaine conférence internationale sur la Syrie, dite Genève 2, dont la date n’a pas encore été fixée. 

Veronika DORMAN correspondante à Moscou