DzActiviste.info Publié le dim 15 Sep 2013

ELWATAN-ALHABIB 2013-09-15 08:37:00

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Des leçons qui ne servent pas
 
 
 
 
par M. Saadoune

Les leçons ne s’apprennent jamais dans le monde arabe. Les expériences mal-heureuses d’un pays voisin ne servent à rien. L’Egypte où l’état d’urgence vient d’être prolongé de deux mois est totalement dans une logique éradicatrice avec des médias qui font dans l’incitation à la délation et la haine. Le cardiologue humoriste Youssef Bassem qui avait été un héros de la liberté de la presse contre Morsi est aujourd’hui sans voix. Haï parce qu’il a marqué son hostilité aux appels au meurtre qui se développent dans les médias égyptiens. Il n’est pas dans la «ligne» fixée par le pouvoir égyptien que de zélateurs aveugles – dont certains écrivains présumés «libéraux» – relaient sans pudeur. Et, avec un humour noir très arabe, on apprend que le «parlement arabe» célèbrera, aujourd’hui, au Caire, la journée mondiale de la démocratie. Rien que ça !

L’éradication des Frères musulmans, leur bannissement de la vie publique sont désormais les «tâches nationales». Le débat politique en Egypte a cessé de parler de révolution, de droits, de liberté, la démocratie a cessé d’être à l’ordre du jour. Personne ne croit que l’état d’urgence cible les groupes djihadistes, ceux-là ont existé et agi sous les lois d’exception. En réalité, c’est bien la persistance de la contestation des Frères musulmans, malgré l’arrestation de leurs dirigeants et de milliers de cadres, qui l’explique. Et malgré la campagne répressive, les Frères musulmans sont restés dans une démarche de contestation politique pacifique. Les groupes qui ont commis des actions terroristes sont le plus souvent anciens et basés au Sinaï. Rien, hormis la propagande des médias locaux, ne relie les Frères musulmans aux actes terroristes. Pas même l’attaque contre le convoi du ministre de l’Intérieur, Mohammed Ibrahim, tenu pour directement responsable du carnage des sit-in du Caire.

Les autorités égyptiennes entretiennent le flou en essayant parfois de faire le distinguo entre l’organisation des Frères musulmans appelée à être dissoute et le Parti de la liberté et la justice qui en est l’émanation que certains se disent prêts à «tolérer». En pratique, la justice égyptienne est en train d’incarcérer à tour de bras en donnant des apparences juridiques à une répression politique généralisée. En réalité, les dirigeants des Frères musulmans savent que le recours à la violence serait suicidaire et n’apporterait aucune solution. Mais les autorités semblent faire le pari, dangereux, de priver les centaines de milliers de partisans des Frères musulmans de cadres et de dirigeants aptes à les canaliser dans une démarche politique. La stratégie d’étouffement menée actuellement et qui se drape d’un semblant d’habillage juridique constitue le plus grand des dangers pour l’Egypte. Et les voix qui appellent à la haine dans les médias font les recruteurs des mouvements djihadistes.

Le choix que font les militaires égyptiens n’a qu’une seule cohérence : remettre le pays pour longtemps sous le régime d’exception. On ne fait pas la démocratie en excluant du champ politique celui qui a emporté le plus de suffrages à toutes les élections post-Moubarak. On revient justement à Moubarak. Les démocrates «hurleurs» d’Egypte ne parlent plus de démocratie. Mais d’élimination, d’expulsion, d’éradication. La contre-révolution a gagné. Le «parlement arabe» peut célébrer, aujourd’hui, la journée mondiale de la démocratie au pays de Moubarak !


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