DzActiviste.info Publié le lun 17 Mar 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-03-17 20:15:00

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  Va-t-on laisser le pays aux Dalton ? (1)

 

Par Mohamed Benchicou


Auteur d’une blague de mauvais goût sur les Chaouis qui aura fait sortir des Algériens dans la rue, Abdelmalek Sellal vient de nous apprendre qu’il y a pire que de ne pas avoir le sens de l’État : ne pas avoir le sens de l’humour ! La plaisanterie dans la bouche d’un esprit moyen devient aussi dangereuse qu’un revolver entre les mains d’un gamin. Dans son obstination à vouloir coûte que coûte rivaliser avec Boubegra, Sellal nous rappelle l’immensité de notre déchéance : nous dépendons de dirigeants qui ont pour seule ambition de ressembler un jour à Kaci Tizi Ouzou. On a les aspirations qu’on peut.

Du reste, notre Premier ministre, promu directeur de campagne d’un candidat impotent et aphasique, entend nous démontrer qu’il n’est pas utile d’avoir d’autres prétentions dans cette Algérie dont il s’obstine à répéter qu’elle est parfaitement gouvernable à partir d’un fauteuil roulant. Abdelmalek Sellal surpasse, ce faisant, l’ancien ministre de l’Intérieur Nourredine Zerhouni, autre imitateur de Boubegra et dont on pensait la réputation de gaffeur inégalable.

Mais non ! Le clan présidentiel, c’est comme le cirque Amar, il y a toujours un amuseur pour vous faire oublier l’autre ! La Famille qui nous gouverne a des réserves désopilantes aussi inépuisables que celle des Simpson. Le premier à avoir compris les potentialités hilarantes qu’il y a dans chaque mafia, fut Charlie Chaplin, dont on célèbre cette année le centenaire du début dans le cinéma. S’il a pu tant nous faire rire en pastichant Al Capone, Bugsy Siegel ou Lucky Luciano, c’est qu’il y avait, dans la guerre des gangs, un côté burlesque tout à fait insoupçonnable que seuls savent capter les artistes de talent. Aujourd’hui encore, Robert de Niro en campant dans Mafia blues, le rôle d’un caïd de la pègre dépressif et Sylvester Stallone, un parrain pas très dangereux aux prises avec les caprices de sa fille dans Oscar, finissent de nous convaincre que la grande famille du crime organisé pouvait, finalement, être aussi drôle que les Dalton. 

C’est d’ailleurs en Dalton qu’ils agissent. Une centaine de chefs d’entreprise, parmi les plus prospères du pays, viennent de se faire braquer dans une salle d’Alger, à l’insu de tous. Le pistolet sur la tempe, ils ont voté le soutien au quatrième mandat, c’est-à-dire à l’homme qui les a réduits au silence et à l’inertie durant 15 années. Il se raconte même que nos chers patrons, en plus de s’être fait hara-kiri, se sont faits dindons de la farce, se soulageant généreusement de la coquette somme de 20 milliards de centimes à celui qui leur promet déjà cinq autres années de déclin, voire de faillite pour certains. Il n’est un secret pour personne que Bouteflika leur préfère les gros importateurs, les seigneurs de l’informel qui n’ont rien de seigneurial, et contre lesquels les pauvres chefs d’entreprise pestent le soir, autour d’un verre, dans leurs villas cossues de Poirson, en veillant à n’être pas entendus par le voisin.

C’est que nos chers patrons tremblent à l’idée d’être exclus d’un marché public ou de recevoir l’inspecteur des impôts pour un contrôle fiscal. Pas un d’entre eux ne commettrait la folie de dire tout haut ce qu’il pense tout bas ou de passer des annonces publicitaires dans le Matindz ! Surtout pas ! En cela, nos chefs d’entreprise restent une force inorganisée, sans grande consistance, sans influence, peut-être même sans stratégie du futur. À peine entend-on quelques lamentations de l’équilibriste Reda Hamiani, désolé que l’État « persiste à nous refuser le statut de vrais partenaires », regrettant qu’il n’y ait pas « assez de symbiose entre les pouvoirs politiques et économiques ». Tant pis pour eux et pour nous. Que le diable nous emporte ! Le diable, la tempête, la misère, la guerre civile, la famine et même la disparition de la carte de ce monde qui n’est peut-être pas fait pour nous. Que le diable nous emporte, peuple et nation, nous disent-ils, le regard cynique, la bouche avide, eux les légionnaires du quatrième mandat, mercenaires sans scrupules au service de leur seule ambition, gouverner encore et encore, hier derrière un chef de clan, aujourd’hui derrière un homme invalide, aphasique, sans doute même hémiplégique, gouverner pour piller, pour falsifier, pour prospérer au milieu des désespoirs, gouverner pour échapper au jugement des hommes et qu’importe si, pour cinq ans encore, une éternité, un peuple tout entier sera livré au règne de l’absurde, toujours à deux doigts de périr. Ils préfèrent notre anéantissement à leur départ.

Qui ignore que le pays est au bord du gouffre après 15 années de prédation ? Ceux qui côtoient les hauts responsables des finances algériennes le savent : dans deux ou trois ans, le Trésor algérien pourrait faillir dans le versement des retraites et des prestations sociales ; dans deux ou trois ans, l’Algérie se remettra à emprunter sur le marché international pour assurer la nourriture…Qui ignore cela en dehors du milicien Sidi Saïd, chef de la centrale syndicale, qui avait imprudemment promis une augmentation de salaire pour le 24 février dernier, avant que les argentiers de l’État ne s’y opposent à la dernière minute : les caisses sont vides ! Le Bouteflika en pleine santé, avec un baril de pétrole à 140 $, a ruiné l’Algérie : l’argent, 700 milliards de dollars, a été dépensé pour les seules importations de biens de consommation qui enrichissent les seigneurs de l’informel, financer la paix sociale, engraisser les amis…  Que fera le Bouteflika impotent, avec un baril de pétrole en chute libre et des réserves qui s’épuisent ? Personne n’ose imaginer. 

Mais alors, va-t-on laisser faire sous prétexte qu’ils ont le gourdin et la prison et nous, notre seul cri de désespoir ? Va-t-on s’abriter derrière ce mouvement « Barakat ! » dont on mesure que son courage est à la hauteur de son impuissance ? Va-t-on confier à quelques citoyens aussi courroucés que nous mais moins lâches, la mission de sauver ce qui reste de notre honneur ? Personne n’aura le privilège de dire qu’il ne savait pas. Si le quatrième mandat venait à s’enclencher, nous aurons été tous complices de l’homicide national, tous, patrons investisseurs qui auront préféré l’indignité du silence au courage d’un dernier combat, intellectuels et journalistes qui auront oublié de dire et d’écrire en une époque peut-être sans vertu mais pas sans mémoire, soldats et officiers qui auront mis la force au service de l’injustice, hommes politiques qui attendez la fin de cette nuit noire pour reprendre à philosopher avec les bourreaux…

Non, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.


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