DzActiviste.info Publié le lun 14 Avr 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-04-14 12:29:00

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Algérie: étonnante campagne pour une présidentielle jouée d’avance

 

 

 

 

mediaSupporters du président algérien Bouteflika en campagne pour la présidentielle du 17 avril.REUTERS/Louafi Larbi
Dernière ligne droite en Algérie avant l’élection présidentielle. Six candidats sont en lice, dont le président Bouteflika qui brigue un quatrième mandat à 77 ans, pour le scrutin qui doit avoir lieu le 17 avril. La campagne s’est terminée dimanche. Une campagne étrange et inédite.
C’est une campagne inédite qui s’est déroulée en Algérie, car seulement cinq des six candidats en lice ont tenu des meetings. Le président Abdelaziz Bouteflika est très fatigué depuis son accident vasculaire cérébral d’avril dernier et ne peut plus se déplacer. Sa campagne a été menée par ses proches qui ont sillonné le pays, et cela a été très mal vécu par les Algériens.
C’est en tout cas le sentiment de Khaoula Taleb Ibrahimi. Elle est professeur de linguistique à l’université d’Alger II et s’est mobilisée ces dernières semaines avec d’autres universitaires pour demander un changement de système : « Ce que retiennent les Algériens et qui les fait parler dans la rue, c’est cette situation inédite d’un candidat qu’on ne voit pas et qui est porté par plusieurs personnes qui se chargent de le vendre à la population. Les Algériens, fiers comme ils sont, se sentent particulièrement humiliés. On n’a jamais vu ça dans aucun pays. »
Une candidature remise en cause
Pour la première fois aussi, la candidature du président sortant qui brigue un quatrième mandat a été contestée ouvertement et avec violence, comme si c’était la candidature de trop. A Bejaïa en Kabylie, un meeting a été annulé à cause de violentes manifestations, à Metili près de Ghardaïa où la situation est très tendue depuis des mois, les partisans du chef de l’Etat ont été accueillis à coups de pierre.
  A (RE)LIRE : Algérie: nouvelle flambée de violence à Ghardaïa
Un comportement nouveau, explique Mourad Goumiri, professeur associé de sciences politiques à l’université d’Alger : « Beaucoup de meetings sont annulés. Beaucoup ont donné lieu à des échauffourées voire des affrontements. C’est la première fois où les gens sont très mal accueillis, à coups de pierre. L’Algérie est vraiment divisée, ça, c’est quelque chose de grave à mes yeux. Elle est divisée entre les tenants du pouvoir et la population. Il y a toujours eu des frictions ou des espèces de révoltes de palais, mais ça se passait en haut de la société. Aujourd’hui, c’est descendu en bas et là, on voit des régions entières se révolter, des régions entières rejeter ce système ».
Cette violence a d’ailleurs entraîné des discours très durs de la part du camp présidentiel. Les membres du mouvement Barakat, qui s’oppose à un quatrième mandat, ont notamment été qualifiés de terroristes et de fascistes par le pouvoir.

Dans le camp présidentiel, on a fait campagne sur un thème principal, la stabilité. « Bouteflika, c’est le choix de la stabilité pour le pays », c’est l’argument que ses partisans n’ont pas cessé de répéter. Lui-même dans un communiqué a rappelé que c’est la paix qui a permis au pays de se développer. Opter pour le changement, c’est ouvrir la porte au chaos, et aux menaces qui planent sur le pays. C’est ce que sous-entendent les partisans du chef de l’Etat.
Un discours battu en brèche par les autres candidats, par les contestataires du quatrième mandat et aussi par des personnalités d’ordinaire prudentes telles que l’ancien président Liamine Zeroual. Sortant de sa réserve habituelle, ce dernier a mis en cause la capacité physique du président à gouverner le pays. Il a aussi vanté les mérites de l’alternance au pouvoir.

La campagne est donc terminée depuis dimanche soir. Le scrutin a lieu et l’on pronostique déjà une forte abstention. On sait que la participation réelle est en général dans le pays de moins de 20 %, c’est ce que disent les observateurs de la politique algérienne, et même certains cadres du FLN. La quatrième candidature du président Bouteflika ne devrait a priori pas drainer plus de foules que d’habitude.
Cela devrait être même le phénomène inverse selon Kamel Daoud, éditorialiste au Quotidien d’Oran : « Je crois que l’abstention sera très importante et ma conviction est que la fraude sur le taux de participation sera proportionnelle à cette abstention. S’il y a fraude, elle sera sur le taux de participation. Et cette abstention sera très importante pour cette fois-ci parce que les Algériens se retrouvent grosso modo face à un faux choix, c’est-à-dire soit choisir Bouteflika, soit on se pose la question de choisir « qui d’autre ?«  Et la réaction première de beaucoup de gens, c’est de ne voter pour personne. »
Beaucoup d’Algériens considèrent aujourd’hui que les jeux sont faits. Ce qui les préoccupe, c’est surtout ce qui va se passer après le 17 avril.


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