DzActiviste.info Publié le mar 22 Avr 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-04-22 07:39:00

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En Algérie : l’échec du Gaullisme, le fantasme du franquisme
 
 
 
 
 

par Kamel Daoud

La théorie Franco. Beaucoup, presque tous, d’Algériens n’en savent rien, de cet homme, sa vie, son œuvre, son crime ou ses dictatures. Mais on aime bien citer le nom pour illustrer un fantasme politique : celui de la dictature dure qui accouche d’un pays fort puis d’une démocratie stable. Version l’Espagne. Convaincus que la démocratie sans l’autorité est une erreur, les Algériens, beaucoup, ont opté pour ce mythe qui réconcilie, dans le verbe, poigne, droit et concept du guide. Conservatisme, clergés, nationalisme et dirigisme fort. Franco l’Espagnol est donc attendu en Algérie depuis des décennies. Mort ailleurs, il ressuscite ici, de temps à autre, pour occuper les discussions du café mauresque et unir les vœux autour de la figure messianique de l’homme fort qui mène un peuple saccageur et chaotique et difficile vers la prospérité au prix de la liberté, pour un moment.

De temps à autre, comme ces temps-ci. Après la réélection de Bouteflika, ce fantasme revient donc comme attendu. Des Algériens tièdes, d’abord hésitant, puis votant mollement, expliquent aujourd’hui que le 4eme mandat est celui du Franco attendu : Bouteflika y construira enfin la démocratie, posera la base d’une Espagne à venir qui vient vers nous au lieu qu’on y aille en chaloupe. Une sorte de mandat enfin débarrassé des DRS, des lobbys, des peurs, des équilibres et des statu quo. L’homme n’ayant plus rien à perdre pour son dernier mandat et ne craignant ni la balle dans le dos ni Annaba, va permettre de rajeunir le gouvernement, raffermir les centres de décisions légaux, faire élire une APN véritable, se débarrasser des caciques et mettre le cap sur un pays jeune, fréquentable, heureux et espagnol. « Il ne peut pas en être autrement », conclut-on avec trop d’espoir et d’illusions. Une formule, peut-être, pour se donner bonne conscience pour les consentants tièdes ou les convaincus de bonne foi. Ou peut-être l’expression d’un vieux rêve boumediénniste corrigé, sans les erreurs agraires ni le socialisme désastreux. Ce Mandat de trop serait ainsi celui de l’apothéose, de la consommation de la noce d’or. Le dernier virage pour asseoir le projet de « Lui ». Profonde illusion qui vient du fait qu’on manque d’eau dans un désert trop vaste.

Et sur le registre du fantasme, la théorie Franco est le contraire du fantasme Gaullien, dans l’imaginaire politique algérien. Dit cruellement, la première théorie explique qu’il s’agit de prendre ce peuple par les cheveux vers la démocratie et non pas de lui donner ou de négocier avec lui une indépendance comme le stipule le second fantasme. A creuser cette piste. Soudain, une perspective : relire l’histoire politique algérienne sous forme d’une collection d’images d’identification collectives et la gouvernance comme des formules de mimétismes inconscients. Mais revenons à la discussion du jour : le franquisme algérien rêvé. Sera-t-il réel ou juste une illusion ? Réponse : une illusion d’oisiveté, un sursaut de naïveté. La raison est qu’on se sent tellement orphelin et depuis si longtemps qu’on confond le Père de la nation, avec le beau-père de notre nation.


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