DzActiviste.info Publié le dim 27 Avr 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-04-27 08:22:00

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Crise ukrainienne : Le dessous des cartes 
 
 
 
 
 

par M’hammedi Bouzina Med : Bruxelles

Bruits de bottes aux frontières de l’Ukraine et annonce de nouvelles sanctions économiques contre Moscou. A la veille d’un scrutin présidentiel voulu par Kiev, pro-occidental, et un référendum prévu par les pro-russes, le climat ne prêche pas pour la paix en Ukraine.

Ainsi, les dessous de la crise ukrainienne mettent au grand jour les vrais acteurs (adversaires ?) que sont les Américains et les Russes qui s’affrontent autour d’enjeux géostratégiques majeurs : la maîtrise et le contrôle de toute la zone du Caucase et de ce qu’elle renferme comme ressources énergétiques et comme porte d’entrée principale des pays asiatiques. Du coup, sur le terrain ce sont les Américains et les Russes qui montrent leurs «muscles» et déploient quelques forces militaires ça et là dans le voisinage de l’Ukraine : 750 soldats américains sont arrivés en Pologne et en Lituanie, alors que Moscou est à la manœuvre aux frontières ukrainiennes. Pendant ce temps, les Européens se contentent de suivre les USA en multipliant les menaces de nouvelles sanctions économiques contre la Russie et en se réunissant régulièrement à différents niveaux de responsabilités pour donner une cohérence à leur démarche politique commune. Les nouvelles autorités de Kiev, elles, brandissent la menace d’une «troisième guerre mondiale» qui risque d’être provoquée par Moscou. D’une manière générale, le discours politique distillé par Kiev et amplifié par les médias occidentaux met toute la responsabilité de cette crise et les risques d’une guerre mondiale (c’est l’affirmation du chef du gouvernement ukrainien, Arseni Iatseniouk) sur le dos des Russes. Autrement dit, les Occidentaux sous la conduite des Américains sont exempts de toute responsabilité dans les événements qui secouent l’Ukraine depuis la fin de novembre 2013. A y voir de près, depuis le début de cette crise en novembre dernier, nous assistons à un défilé de hauts responsables occidentaux à Kiev : ministres, délégués des droits de l’Homme, missions diplomatiques de l’OSCE et jusqu’au vice-président américain, Joe Biden, sans compter les délégués d’ONG occidentales, alors que la Russie s’est gardée de ce genre de présence ou de pression diplomatique directement dans les terres ukrainiennes. Dans ces conditions marquées par une offensive diplomatique et politique des Occidentaux en Ukraine, c’est-à-dire aux frontières russes, peut-on accuser la Russie de vouloir défendre ses intérêts au seuil de sa maison ? Certes, le régime de Vladimir Poutine n’est pas un modèle de démocratie, mais lui est-il interdit de défendre les intérêts géostratégiques de son pays ? Les perdants dans cette crise sont en réalité, en plus du peuple ukrainien, les Européens dont l’échange commercial et la sécurité énergétique sont tributaires d’une coopération «tranquille et équitable» avec la Russie. Les Américains, eux, sont indépendants au plan énergétique et loin au plan géographique. Et pourtant, immédiatement après les annonces du président américain de nouvelles sanctions contre Moscou, à partir de Séoul (Corée du Sud) et de Kuala Lampur (Malaisie) où il était en visite vendredi et samedi, les Européens, par la voix de la chancelière allemande, Angela Merkel, annoncent une réunion (encore une) des ministres des Affaires étrangères de l’UE pour décider d’un nouveau train de sanctions contre la Russie. Là encore la nature des sanctions est laissée au libre choix de chaque pays membre de l’UE. Cela traduit bien l’embarras des Européens à s’entendre sur une stratégie commune et cela ne les empêche pas de rentrer dans la logique de «l’escalade» qu’ils dénoncent par ailleurs. C’est toute l’ambiguïté à la fois de la diplomatie européenne et de la nature de cette crise. Ce jeu d’annonces, de menaces et de bruits de bottes aux frontières ukrainiennes fait grimper la tension en Ukraine même où se prépare un autre affrontement politique décisif : l’élection présidentielle anticipée voulue par Kiev pour le 25 mai prochain, précédée par le référendum sur l’avenir des provinces de l’est de l’Ukraine, voulu par les populations russophones pour le 11 mai. Ce sont deux événements politiques cruciaux qui trancheront aussi bien l’avenir de l’Ukraine et l’issue de l’affrontement géostratégique entre Moscou et Washington essentiellement. Les Européens se rangeront, comme à l’accoutumée, derrière le «mot d’ordre» des Américains. Quant aux Ukrainiens «pro-européens» et «pro-russes», ils n’ont et n’auront d’autre avenir qu’en Ukraine pour peu qu’ils se libèrent des tutelles politiques de Moscou et de Washington mais pensent et agissent d’eux-mêmes. Si cela est possible.


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Crise ukrainienne : Le dessous des cartes 
 
 
 
 
 

par M’hammedi Bouzina Med : Bruxelles

Bruits de bottes aux frontières de l’Ukraine et annonce de nouvelles sanctions économiques contre Moscou. A la veille d’un scrutin présidentiel voulu par Kiev, pro-occidental, et un référendum prévu par les pro-russes, le climat ne prêche pas pour la paix en Ukraine.

Ainsi, les dessous de la crise ukrainienne mettent au grand jour les vrais acteurs (adversaires ?) que sont les Américains et les Russes qui s’affrontent autour d’enjeux géostratégiques majeurs : la maîtrise et le contrôle de toute la zone du Caucase et de ce qu’elle renferme comme ressources énergétiques et comme porte d’entrée principale des pays asiatiques. Du coup, sur le terrain ce sont les Américains et les Russes qui montrent leurs «muscles» et déploient quelques forces militaires ça et là dans le voisinage de l’Ukraine : 750 soldats américains sont arrivés en Pologne et en Lituanie, alors que Moscou est à la manœuvre aux frontières ukrainiennes. Pendant ce temps, les Européens se contentent de suivre les USA en multipliant les menaces de nouvelles sanctions économiques contre la Russie et en se réunissant régulièrement à différents niveaux de responsabilités pour donner une cohérence à leur démarche politique commune. Les nouvelles autorités de Kiev, elles, brandissent la menace d’une «troisième guerre mondiale» qui risque d’être provoquée par Moscou. D’une manière générale, le discours politique distillé par Kiev et amplifié par les médias occidentaux met toute la responsabilité de cette crise et les risques d’une guerre mondiale (c’est l’affirmation du chef du gouvernement ukrainien, Arseni Iatseniouk) sur le dos des Russes. Autrement dit, les Occidentaux sous la conduite des Américains sont exempts de toute responsabilité dans les événements qui secouent l’Ukraine depuis la fin de novembre 2013. A y voir de près, depuis le début de cette crise en novembre dernier, nous assistons à un défilé de hauts responsables occidentaux à Kiev : ministres, délégués des droits de l’Homme, missions diplomatiques de l’OSCE et jusqu’au vice-président américain, Joe Biden, sans compter les délégués d’ONG occidentales, alors que la Russie s’est gardée de ce genre de présence ou de pression diplomatique directement dans les terres ukrainiennes. Dans ces conditions marquées par une offensive diplomatique et politique des Occidentaux en Ukraine, c’est-à-dire aux frontières russes, peut-on accuser la Russie de vouloir défendre ses intérêts au seuil de sa maison ? Certes, le régime de Vladimir Poutine n’est pas un modèle de démocratie, mais lui est-il interdit de défendre les intérêts géostratégiques de son pays ? Les perdants dans cette crise sont en réalité, en plus du peuple ukrainien, les Européens dont l’échange commercial et la sécurité énergétique sont tributaires d’une coopération «tranquille et équitable» avec la Russie. Les Américains, eux, sont indépendants au plan énergétique et loin au plan géographique. Et pourtant, immédiatement après les annonces du président américain de nouvelles sanctions contre Moscou, à partir de Séoul (Corée du Sud) et de Kuala Lampur (Malaisie) où il était en visite vendredi et samedi, les Européens, par la voix de la chancelière allemande, Angela Merkel, annoncent une réunion (encore une) des ministres des Affaires étrangères de l’UE pour décider d’un nouveau train de sanctions contre la Russie. Là encore la nature des sanctions est laissée au libre choix de chaque pays membre de l’UE. Cela traduit bien l’embarras des Européens à s’entendre sur une stratégie commune et cela ne les empêche pas de rentrer dans la logique de «l’escalade» qu’ils dénoncent par ailleurs. C’est toute l’ambiguïté à la fois de la diplomatie européenne et de la nature de cette crise. Ce jeu d’annonces, de menaces et de bruits de bottes aux frontières ukrainiennes fait grimper la tension en Ukraine même où se prépare un autre affrontement politique décisif : l’élection présidentielle anticipée voulue par Kiev pour le 25 mai prochain, précédée par le référendum sur l’avenir des provinces de l’est de l’Ukraine, voulu par les populations russophones pour le 11 mai. Ce sont deux événements politiques cruciaux qui trancheront aussi bien l’avenir de l’Ukraine et l’issue de l’affrontement géostratégique entre Moscou et Washington essentiellement. Les Européens se rangeront, comme à l’accoutumée, derrière le «mot d’ordre» des Américains. Quant aux Ukrainiens «pro-européens» et «pro-russes», ils n’ont et n’auront d’autre avenir qu’en Ukraine pour peu qu’ils se libèrent des tutelles politiques de Moscou et de Washington mais pensent et agissent d’eux-mêmes. Si cela est possible.


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