DzActiviste.info Publié le jeu 8 Mai 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-05-08 08:31:00

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L’Algérie vue de Paris: la «banalisation silencieuse» 
 
 
 
 

par Kamel Daoud

Lieu Paris et ciel gris. Il est difficile de regarder la France sans penser à l’Algérie. Et d’aller en Algérie sans traîner la France en lunettes et longues-vues. Sujet du jour ? Ce que une célèbre animatrice TV a résumé au chroniqueur avant-hier : «La banalisation silencieuse du cas algérien». Comprendre ce silence immense et consensuel dans les médias français après le 17 avril. Après nos élections uniques au monde, les plus singulières depuis l’élection de l’empereur romain Claude. Les médias français semblent s’être contentés d’un devoir de critique, sans la tradition de l’effet de loupe sur un pays du monde «arabe» où les dictatures tombent ou renaissent inexplicablement. On est venu, on a parlé puis on est parti et il n’y a rien à dire. En gros, l’Algérie n’est pas intéressante. Et c’est vrai du point de vue médiatique. Les vies politiques des pays, autant que leurs révolutions, ont des esthétiques et des attraits. La politique algérienne est d’une décevante obscurité et d’une routine qui n’attirent plus personne : le régime joue et y gagne toujours. Ce n’est pas un match, mais repassage de chemise froissée. Autant s’occuper de la Birmanie ou du Congo. Donc, l’Algérie, en France des médias, ne vend et n’intéresse pas. Grand coup de maître des nôtres qui ont réussi à banaliser la plus singulière élection au monde. Au point de la rendre invisible, «normale» comme diraient les Algériens, standard, admissible même. Des cercles d’Algériens, dans le pays ou en Europe, tentent tant bien que mal d’attirer l’attention sur ce qui s’y passe ou ne passe pas, rien n’y fait. Pour le moment. Et c’est une réussite du pouvoir chez nous : obtenir le deal de «je vous aide, vous regardez ailleurs».

Car, pour beaucoup d’Algériens, la position tiède et désintéressée des médias français, malgré le rush durant les élections, est l’expression d’une sourde et ténébreuse alliance d’intérêts aux plus hauts sommets.

Il y a complicité et la propension à croire l’occulte et à soupçonner le pire sert d’engrais à cette théorie du complot franco-algérien sur le dos des Algériens. L’Europe a besoin d’une Algérie stable, d’une sécurité de l’approvisionnement et a été refroidie par le «printemps arabe» et cherche de gros contrats et n’aime pas irriter un gros client. Ce genre d’explications est désormais du domaine public et les Algériens y croient fermement. Hollande aime Bouteflika et le soutient. Les deux roulent en deux roues, avait dessiné le HIC, le caricaturiste d’El Watan. Et leurs deux pays sont en panne et cherchent du sens et des explications.

Donc, vue de Paris, l’Algérie n’intéresse pas le marché éditorial. Sauf quand elle fait la guerre, veut la refaire ou s’en souvient à sa manière polémique. Autrement, rien. C’est soit la bataille d’Alger, soit rien à Alger.


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