DzActiviste.info Publié le mer 14 Mai 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-05-14 09:30:00

Partager
Le ministère du «seuil» 
 
 

par M. Saadoune


Des écrits puants ont accompagné la désignation de la nouvelle ministre de l’Education et ont fait diversion sur des questions infiniment plus essentielles. Dans un pays jeune où les administrations et les entreprises se plaignent d’une baisse de la qualité de la formation des ressources humaines, c’est un poste stratégique. Plus important que celui de la Défense nationale si l’on considère que des Algériens bien formés qui innovent et créent constituent le meilleur des systèmes de défense. On peut même faire le raccourci et dire que le vrai ministère de la Défense nationale, c’est la qualité de son système éducatif.

Dans un pays «normal» et encore plus dans un pays inquiet pour son proche avenir sans hydrocarbures, l’éducation nationale doit être continuellement en débat. A plus forte raison quand on constate que les pays développés ou émergents – dont nous ne faisons pas partie – se basent de plus en plus sur une croissance liée à ce qu’on appelle l’économie du savoir. En Algérie, on a bien eu la fameuse commission Benzaghou dont les résultats n’ont pas été soumis à un débat public et dont personne ne sait quel usage en a été fait. La nouvelle ministre faisait d’ailleurs partie de cette commission qui a planché en 2000 sur les réformes à apporter au système éducatif. La manière dont se mènent les débats en Algérie ne permet même pas de faire un bilan de ce qui a été fait ou pas. Les ministres de l’Education se contentent de gérer les flux humains et les examens.

De quoi parle Nouria Benghebrit, la nouvelle ministre de l’Education ? Pas de la stratégie mais de la «ataba», ce fameux «seuil» des cours à réviser pour le baccalauréat qui revient régulièrement chaque année. Et comme chaque année, il fait «débat», les élèves et leurs parents voulant réduire le «seuil» le plus bas possible… Et cela devient, en définitive et de manière caricaturale, le «seuil» absolu de la mission du ministre de l’Education. Il n’est pas question de stratégie, de réflexion sur la manière d’être dans «l’économie de la connaissance» qui est, ce n’est pas une mode, l’avenir même des nations. Le ministre de l’Education gère donc les flux et les grognes récurrentes des enseignants sur les conditions de travail ou sur les salaires. Certes, il faut bien s’occuper du quotidien d’une grosse machine qui concerne globalement près de dix millions de personnes entre élèves et enseignants. Le problème est que l’on se contente de faire cela même si le ou la ministre dispose d’une administration qui fait cette gestion et dispense d’y plonger totalement au point de ne pas voir plus loin.

Le système éducatif connaît des difficultés inextricables et des bugs majeurs alors qu’aucune évaluation n’a été faite de la « réforme» qui lui a été administrée durant deux décennies, notamment durant le long règne de Benbouzid. On continue de mettre en avant le nombre important d’élèves inscrits et le budget de l’éducation nationale. On évite de débattre de la qualité de la formation des enseignants, des programmes… Et encore moins de vision. Mais un ministre de l’Education dans un gouvernement de «gestionnaires» et non de politiques peut-il faire autre chose que de rester dans la «ataba», dans ce fameux seuil qu’il doit surveiller pour que tout reste «calme» ?


Nombre de lectures: 114 Views
Embed This