DzActiviste.info Publié le mar 20 Mai 2014

ELWATAN-ALHABIB 2014-05-20 15:04:00

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Le choix dicté par son désert 
 
 
 
 
 

par Kamel Daoud

Retour sur le choix des hommes. Pourquoi Bouteflika garde les  mêmes pour faire du service après- vente, après les élections ? Vus d’ailleurs, certains choix semblent très douteux. Choisir Ouyahia comme patron des consultations pour la prochaine Constitution est une erreur. L’homme est politiquement marqué, il a mauvais souvenir dans le souvenir du peuple, il est dur, tranchant, sans chaleur humaine et peu charismatique. Ce n’est pas un portrait méchant car l’homme a aussi ses qualités : rigueur, volonté de fer dans un pays de plastique, visionnaire et mécanique comme une machine, administrateur brillant parfois. Sauf que pour manager une sorte de noces entre un vieux président et une opposition chétive et éparpillée, il fallait quelqu’un d’autre. Un homme politique transcendant les méfiances algériennes, les écoles, les reproches. Chinois ou un diplomate international aurait été plus indiqué.

D’où la question : pourquoi Bouteflika choisit ses hommes ainsi ? A cause du désert. Celui qu’il a traversé selon sa biographie mystique. A l’époque du désert, Ouyahia, diplomate à New York, savait accueillir avec chaleur le Bouteflika de cette époque. Avec politesse, signes de respect et sollicitudes. Contrairement à d’autres. Et Bouteflika a la mémoire de la rancune et des hommes. Beaucoup de ses choix de nominations pour ses rouages d’empire dépendent de ses souvenirs. Cette subjectivité est à l’origine de beaucoup de ses décisions et choix. Les postes sont pourvus en fonction d’un état d’émotion, de l’affect, plus que de l’Etat. Cela se voit et se fait ailleurs mais chez nous, le tabou est formel sans être réel et ne s’assume. C’est ce qui explique la contradiction et ces alliances étranges, parfois au détriment des résultats et du bénéfice entre ce président et les hommes qu’il a choisis. En gros, on reste Algérien même au sommet de l’Algérie : émotif, avec une mémoire du sentiment, dans l’économie tribale de la dette, sensible à la généalogie du geste et du don. Bouteflika a gardé souvenir. Se souvient. Et gère son Etat selon cette mémoire.

La mémoire est à l’origine du pays. La mémoire déteint sur le présent. Elle en commande le rythme et le portrait. On est un peuple qui descend de la mémoire mais qui y reste assis. Ce Président ne déroge pas à la règle de la sanction et de la récompense en fonction du temps d’autrefois. Ouyahia ? C’est un mauvais choix pour mener un dialogue. Mais c’est un choix de l’affect


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